Neuf jours après avoir lancé une offensive contre le Venezuela, qui a fait 100 morts, pour kidnapper le président Nicolás Maduro, l'administration Trump menace ouvertement de frappes l'Iran, utilisant comme prétexte les manifestations de masse qui ont éclaté dans tout le pays.
La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a déclaré lundi aux journalistes que Trump «n'hésiterait pas à utiliser la force létale et la puissance de l'armée américaine s'il le juge nécessaire. Et personne ne sait cela mieux que l'Iran».
Leavitt a déclaré que «les frappes aériennes seraient l'une des nombreuses options envisagées par le commandant en chef».
Trump devait recevoir un briefing militaire sur l'Iran mardi. Le Pentagone présente un large éventail d'options de frappes. «Parmi les cibles potentielles figurent le programme nucléaire iranien, au-delà des frappes aériennes américaines qui l'ont durement touché en juin, et les sites de missiles balistiques», rapportait lundi le New York Times.
En juin 2025, sept bombardiers furtifs américains B-2 avaient largué 14 bombes anti-bunker Massive Ordnance Penetrator sur les installations nucléaires de Fordow, Natanz et Ispahan, détruisant une grande partie de l'infrastructure nucléaire iranienne et ce, suite à une offensive israélienne de 12 jours contre l'Iran qui avait fait plus de 400 morts.
Lundi soir, Trump a annoncé sur Truth Social une taxe de 25 pour cent, «applicable immédiatement», sur tout pays faisant affaire avec l'Iran.
Les dernières menaces de Trump font écho à celles qu'il a proférées après sa rencontre avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à Mar-a-Lago fin décembre. Le Washington Post a rapporté que des frappes contre l'Iran avaient été un sujet majeur de discussion lors de cette réunion. « Si l'Iran tente de se renforcer à nouveau», avait déclaré Trump lors de cette rencontre, «nous les anéantirons».
Leavitt a ajouté lundi: «La vérité, c'est qu'en ce qui concerne l'Iran, personne ne sait ce que le président Trump va faire, sauf le président Trump lui-même.»
Ces déclarations font suite à l'affirmation par Trump, lors d'une interview au New York Times publiée la semaine dernière, de disposer de pouvoirs présidentiels illimités pour mener des guerres dans le monde entier. Il y déclarait: «Je n'ai pas besoin du droit international.» Interrogé sur l’existence de limites à son pouvoir en tant que commandant en chef, Trump a répondu: «Oui, il y a une chose. Ma propre moralité. Ma propre conscience. C'est la seule chose qui puisse m'arrêter.»
Le journaliste d'investigation Seymour Hersh, dans un article publié sur sa plateforme Substack, a souligné le lien existant entre l'opération du Venezuela et les menaces proférées contre l'Iran. «L'objectif de l'opération au Venezuela est de couper la Chine, rivale économique des États-Unis, de ses achats réguliers de pétrole brut lourd vénézuélien à bas prix», a écrit Hersh. La Chine est le premier importateur de pétrole vénézuélien.»
«La prochaine cible, m’a-t-on dit, serait l’Iran, autre fournisseur de la Chine dont les réserves de pétrole brut sont les quatrièmes plus importantes au monde», a poursuivi Hersh. Il a qualifié ces opérations de «premier coup de feu d’une guerre énergétique menée par les États-Unis contre la Chine».
Le gouvernement iranien a répondu aux menaces de Trump par des appels à la négociation. Le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré lundi: «Nous ne cherchons pas la guerre, mais nous y sommes préparés, encore plus préparés que lors de la précédente. Nous sommes également prêt à des négociations.»
Les médias d'État iraniens ont diffusé lundi des images de rassemblements pro-gouvernementaux dans plusieurs villes, ainsi que des cortèges funéraires pour les forces de sécurité tuées lors des troubles. Le Guardian rapporte que des dizaines de milliers de gens s'étaient rassemblée sur la place Enqelab de Téhéran pour un rassemblement organisé sous la bannière du «Soulèvement iranien contre le terrorisme américano-sioniste». La télévision d'État, qui avait initialement diffusé des images fortement censurées des manifestations, est passé à la diffusion d’images des manifestations pro-régime, affirmant qu'elles avaient été organisées pour promouvoir «l'unité nationale».
Le Parti démocrate n'a rien opposé de sérieux à l'escalade militaire internationale de Trump. «Le régime iranien est abominable et je soutiens le peuple iranien», a déclaré le sénateur Mark Warner dans une interview à Fox News.
En décembre, 115 démocrates de la Chambre des représentants, dont le chef de la minorité Hakeem Jeffries, la ‘whip’ de la minorité Katherine Clark et le président du caucus démocrate Pete Aguilar, avaient voté en faveur d'un projet de loi budgétaire de défense de 901 milliards de dollars, autorisant les dépenses militaires annuelles les plus importantes de l'histoire des États-Unis.
Les menaces de Trump interviennent dans un contexte de manifestations à travers l'Iran, déclenchées par l'effondrement du rial et une inflation galopante. Selon le Financial Times, l'inflation annuelle a atteint 42 pour cent en décembre, tandis que l'inflation alimentaire a grimpé à 72 pour cent, le prix du pain ayant augmenté de 113 pour cent. Le rial a perdu 45 pour cent de sa valeur par rapport au dollar rien qu'en 2025.
La crise économique est la conséquence directe de décennies de sanctions américaines. Entre 2000 et 2012, l'économie iranienne a connu une croissance annuelle moyenne de 4,4 pour cent. Depuis le rétablissement des sanctions, cette croissance a ralenti à seulement 1,9 pour cent. Les exportations de pétrole, pilier de l'économie iranienne, sont passées de 2,8 millions de barils par jour en mai 2018 à seulement 300 000 barils par jour suite au retrait de Trump de l'accord sur le nucléaire iranien durant son premier mandat.
Comme l'a écrit le WSWS dans une déclaration dimanche soir: en raison de la répression exercée par la République islamique — qui témoigne du rétrécissement constant de la base sociale du régime — et de l'hostilité implacable des médias occidentaux à l'égard d'un Iran non directement soumis à l'impérialisme, il est difficile de se faire une idée précise des manifestations en Iran.»
«Mais toute tendance progressiste en Iran doit désavouer immédiatement le ‘‘soutien’’ de Trump, dénoncer la menace d'une intervention militaire américaine imminente et exiger la levée immédiate des sanctions punitives qui étranglent l'économie iranienne.»
(Article paru en anglais le 13 janvier 2026)
