L’administration Trump se prépare à lancer une nouvelle guerre catastrophique contre l’Iran. «Une immense armada se dirige vers l’Iran », a déclaré Trump mercredi sur Truth Social. «Comme pour le Venezuela, elle est prête, disposée et capable d’accomplir rapidement sa mission, avec rapidité et violence, si nécessaire.» Citant la campagne de bombardements américano‑israélienne de juin 2025, qui a tué plus d’un millier d’Iraniens, il a menacé, dans le langage d’un parrain de la mafia: «La prochaine attaque sera bien pire!»
Le déploiement d'une armada massive dans le golfe Persique et ces menaces publiques montrent clairement que le cap a déjà été mis sur une action militaire majeure.
L’échelle de cette mobilisation militaire est immense. Le porte‑avions USS Abraham Lincoln est entré cette semaine dans les eaux du Moyen‑Orient accompagné de trois destroyers lance‑missiles, en provenance de la mer de Chine méridionale. Les États‑Unis disposent désormais de 40 000 soldats dans la région, de cinq escadres aériennes réparties dans cinq pays, de chasseurs F‑35 et F‑18, de missiles Tomahawk, et de systèmes supplémentaires de défense aérienne Thaad et Patriot. Deux destroyers ont été positionnés près du détroit d’Ormuz.
Jeudi soir, le New York Times a publié un article co-écrit par cinq des plus éminents journalistes écrivant sur la Maison-Blanche, le Pentagone et la politique étrangère, qui décrit les «nouvelles options militaires de Trump contre l'Iran». Le Times, qui parle pour le Parti démocrate, participe activement à la légitimation et à la préparation de l'opinion publique à un acte criminel d'agression.
L’article passe en revue en détail une «liste élargie» d’options militaires présentées à Trump, incluant des «forces américaines» menant des « raids sur des sites à l’intérieur de l’Iran » ainsi que des frappes aériennes contre les infrastructures nucléaires et de missiles. Parmi ces options, écrit le Times, figure une série de frappes qui « provoqueraient un tel tumulte qu’elles pourraient créer les conditions sur le terrain pour que les forces de sécurité iraniennes, ou d’autres forces, puissent évincer le guide suprême de 86 ans, l’ayatollah Ali Khamenei».
Le Times ne précise pas en quoi consisterait cette «éviction» ni qui pourraient être ces «autres forces», mais l’intention claire du langage utilisé ici est la menace d'assassinat par les forces américaines ou israéliennes.
Les auteurs écrivent que la posture de Trump envers l'Iran suit « une approche similaire à celle adoptée envers le Venezuela, où les États-Unis ont massé des forces au large de ses côtes pendant des mois dans le cadre d'une campagne de pression visant à renverser Nicolás Maduro ». Lorsque cette stratégie a «échoué», écrivent-ils, « les forces américaines [...] ont attaqué le pays et l'ont capturé. Lui et sa femme sont actuellement détenus dans un centre de détention fédéral à Brooklyn en attendant leur procès ».
Pour éviter une attaque militaire, l'administration Trump exige que l'Iran renonce à la technologie nucléaire civile qu'il a légalement le droit de posséder, remette tout son uranium aux États-Unis, abandonne ses alliés régionaux et élimine les missiles balistiques capables d'atteindre Israël, garantissant ainsi à ce dernier de pouvoir l’attaquer à volonté sans craindre de représailles. Dans un contexte où des décennies de sanctions ont déjà dévasté l'économie iranienne, l'acceptation de ces conditions réduirait l'Iran à un État vassal des États-Unis.
Ces « exigences » rappellent celles formulées par l'Autriche-Hongrie à l'encontre de la Serbie en juillet 1914, avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, conçues non pas pour être acceptées, mais pour servir de prétexte à une guerre déjà décidée.
L’évaluation socialiste de cette guerre n’est pas déterminée par la politique du gouvernement iranien — aussi répressive soit‑elle — mais par le caractère historique des deux pays. Les États‑Unis sont le pays impérialiste le plus puissant au monde. L’Iran est une nation historiquement opprimée, soumise en 1953 à un coup d’État parrainé par les États‑Unis qui a installé un régime tyrannique et à des décennies de sanctions économiques punitives et de menaces militaires. Il s’agit d’une guerre impérialiste contre un ancien pays colonial, dont le but est d’asservir le peuple iranien.
L’impérialisme américain cherche depuis des décennies à renverser le régime bourgeois‑clérical de Téhéran comme composante de son projet plus large de construction d’un «Nouveau Moyen‑Orient» sous hégémonie américaine. L’escalade militaire actuelle s’inscrit dans la continuité de la destruction de l’Irak, de la guerre en Syrie et du génocide des Palestiniens à Gaza mené par Israël avec le soutien des États‑Unis.
Au cours des 16 derniers mois, Israël a tué plus de 50 000 Palestiniens à Gaza. Il a également bombardé le Hezbollah au Liban et les Houthis au Yémen, dans le but de fragiliser l’Iran. Israël est actuellement prêt à rejoindre directement toute attaque américaine de l’Iran.
Les manifestations en Iran provoquées par les sanctions menées par les États‑Unis ont été exploitées par Washington et ses alliés comme justification pour un changement de régime, tandis qu’ils promeuvent cyniquement le fils du Shah, le prince héritier Reza Pahlavi, basé aux États‑Unis, comme le dirigeant potentiel d’un « nouvel Iran ». Les affirmations que 30 000 manifestants auraient été tués ont été relayées par les gouvernements et médias occidentaux malgré les sources extrêmement douteuses avançant de tels chiffres. Ces mêmes puissances impérialistes qui dénoncent l’Iran pour sa répression sont alliées à l’Arabie saoudite — qui décapite ses dissidents politiques — et à Israël qui commet un génocide à Gaza. L’hypocrisie est flagrante.
Pour sa part, le régime bourgeois‑clérical de Téhéran, hostile aux aspirations démocratiques et sociales des masses appauvries de la population, espère encore parvenir à un accord avec l’impérialisme afin de retrouver l’accès au marché mondial capitaliste et aux investissements internationaux.
Ce qui motive cette brutale explosion de violence impérialiste américaine c’est la tentative de résoudre une crise économique en pleine escalade et de maintenir l’hégémonie mondiale des États-Unis par la force militaire. Au cours de l'année écoulée, la valeur du dollar a chuté de 10 %. Le prix de l'or, qui sert de couverture contre le dollar, a dépassé les 5 500 dollars l'once, soit une hausse de près de 700 dollars en une seule semaine. La dette des États-unis s'élève à 38 400 milliards de dollars et augmente de 8 milliards de dollars par jour. Les trois principales agences de notation ont dégradé la dette souveraine américaine, et la Deutsche Bank a mis en garde contre «une crise de confiance dans la monnaie américaine».
L’Iran possède les troisièmes plus grandes réserves de pétrole prouvée du monde et les deuxièmes plus grandes réserves de gaz naturel. Comme pour le Venezuela, 90 % de ses exportations pétrolières vont à la Chine, ce qui représente une source d’énergie essentielle pour le principal rival de Washington. L’Iran contrôle le détroit d’Hormuz, par lequel transite quotidiennement 20 % du pétrole mondial. Un contrôle américain de l’Iran donnerait à Washington une emprise asphyxiante sur les approvisionnements énergétiques de la Chine, de l’Inde, du Japon et de l’Europe.
Le Groenland, dont Trump exige la cession par le Danemark et son gouvernement autonome, recèle des minéraux rares essentiels à l'industrie chinoise. La cible ultime est la Chine même, ainsi que la Russie qui, au vu de la guerre déclenchée par les États-Unis et l'OTAN en Ukraine, a renforcé ses liens militaires et stratégiques avec Téhéran.
Une nouvelle guerre ne se limiterait pas à l'Iran. Elle embraserait tout le Moyen-Orient. L'Iran pourrait réagir en fermant le détroit d'Ormuz, déclenchant ainsi une crise économique mondiale. Comment la Chine réagirait-elle à un tel acte d'agression, qui la vise clairement? Pour faire avancer son programme mondial prédateur, l'impérialisme américain met le feu à la région et risque de déclencher un embrasement mondial.
Au‑delà de la crise économique qui s’aggrave, l’administration Trump fait face à une crise sociale et politique croissante chez elle. Elle doit fait face à une opposition massive à ses efforts pour établir un État policier aux États‑Unis. Des millions de personnes ont été choquées, galvanisées et poussée à l’action politique par les meurtres de Renée Good le 7 janvier et d’Alex Pretti le 24 janvier à Minneapolis.
L'administration considère une nouvelle guerre comme un moyen de sortir de ces crises grandissantes. Elle entend utiliser la guerre non seulement pour poursuivre ses objectifs impérialistes à l'extérieur mais encore comme prétexte pour intensifier la répression à l'intérieur – en qualifiant ceux qui aux États-Unis s’opposent à la politique de Trump de « terroristes ».
Au cours de la dernière semaine, le Parti démocrate a intensifié ses efforts pour réprimer l'opposition à la dictature naissante de Trump et parvenir à un accord politique avec la Maison-Blanche. Jeudi, la Chambre des représentants et le Sénat ont adopté une loi bipartisane visant à éviter la fermeture des services publics. Celle-ci prévoit entre autre la prolongation du financement du département de la Sécurité intérieure (DHS) – l'agence qui supervise les opérations de l'ICE (La police de l’immigration) et du CBP (Douanes et protection des frontières) – pour deux semaines supplémentaires. L'accord donne également le feu vert à la poursuite des opérations militaires, dont celle dirigée contre l'Iran.
La préoccupation centrale des démocrates est de préserver la « stabilité » à l’intérieur au moment où les États‑Unis se préparent à lancer une nouvelle guerre impérialiste. L’ensemble de l’establishment politique soutient l’impérialisme américain et ses objectifs de guerre. La classe ouvrière ne peut compter pour défendre ses intérêts ni sur les Nations Unies, ni sur les tribunaux internationaux, ni sur aucune institution de l’État capitaliste.
La seule base viable pour s'opposer à la guerre est la mobilisation indépendante des travailleurs de tous les pays contre le système capitaliste et l'oligarchie financière qu'il sert.
La lutte contre la guerre doit être inextricablement liée à la lutte pour la défense des droits démocratiques, des emplois et du niveau de vie. Le gouvernement qui prépare une guerre criminelle à l'extérieur est aussi celui qui procède à des arrestations massives à l’intérieur, y démantèle les programmes sociaux et supervise des licenciements massifs. La guerre, la dictature, l'austérité et la répression sont autant d'expressions de la réponse de l'oligarchie financière à la profonde crise du capitalisme.
Une guerre contre l'Iran serait un crime non seulement contre le peuple iranien, mais aussi contre la classe ouvrière américaine. Il faut faire avancer la lutte contre la guerre impérialiste en mobilisant les travailleurs de tous les pays dans une lutte commune pour renverser le système capitaliste et instaurer le socialisme à l'échelle mondiale.
