Les forces armées des États-Unis s’apprêtent à attaquer l’Iran après un redéploiement massif de plusieurs semaines de navires de guerre, de bombardiers et de troupes dans la région.
Les forces déployées contre l’Iran, un pays historiquement opprimé qui subit depuis des décennies l’agression impérialiste américaine, comprennent :
- Une « armada » équipée de missiles de croisière Tomahawk, d’avions de combat F-35 et F-18 et d’avions de guerre électronique EA18 Growler, assemblée autour de l’USS Abraham Lincoln, le plus grand porte-avions du monde, actuellement déployé dans la mer d’Oman au large de la côte sud de l’Iran ;
- Deux destroyers stationnés dans le golfe Persique, dans le détroit stratégique d’Ormuz, et trois autres navires de guerre plus au nord, au large des côtes du Qatar ;
- Des parcs supplémentaires d’avions de chasse et d’avions de surveillance, des batteries de défense aérienne et 40 000 soldats répartis dans plus d’une vingtaine de bases lourdement armées dans toute la région ;
- Et, presque certainement, un ou plusieurs sous-marins nucléaires. (Les informations sur la localisation de la force de frappe des sous-marins nucléaires du Pentagone sont hautement confidentielles.)
Les principaux alliés des États-Unis se préparent également à la guerre. Israël, qui a mené en juin dernier une guerre illégale et non provoquée de 12 jours contre l’Iran en collaboration avec les États-Unis, a placé ses forces militaires en « état d’alerte maximale ». Depuis le week-end dernier, la Grande-Bretagne a déployé six avions de combat furtifs F-35 à Chypre, où ils ont rejoint un parc d’avions de combat Typhoon actifs dans des opérations en Irak et en Syrie.
Alors que l’administration Trump est sur le point d’embraser tout le Moyen-Orient, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a devancé d’une semaine son prochain voyage à Washington. Il rencontrera désormais Trump ce mercredi pour discuter de leur projet commun visant à soumettre l’Iran. Selon le Jerusalem Post, des sources israéliennes de haut niveau ont déclaré que Netanyahou dira « aux Américains que nous frapperons seuls si l’Iran franchit la ligne rouge que nous avons fixée en matière de missiles balistiques ».
Dimanche, le gouvernement d’extrême droite de Netanyahou a procédé à des modifications législatives visant à faciliter l’achat de propriétés et la colonisation israéliennes en Cisjordanie occupée. Son ministre des Finances fasciste, Bezalel Smotrich, s’est vanté que cette mesure était destinée à « tuer l’idée d’un État palestinien ».
Le renforcement militaire et les mesures prises par Washington pour renforcer davantage l’application de sanctions économiques écrasantes sont des éléments clés d’une stratégie à plusieurs volets visant à soumettre l’Iran et à installer, quelle que soit la composition précise de ses dirigeants, un régime qui mettra les ressources énergétiques de l’Iran au service de l’impérialisme américain et rompra les liens stratégiques de Téhéran avec la Chine et la Russie.
Depuis la fin de l’année dernière, le président américain fasciste et dictateur en puissance Donald Trump a menacé à plusieurs reprises d’attaquer l’Iran, invoquant divers prétextes, allant de l’élimination de son programme nucléaire civil à la « défense » des manifestants contre la répression de l’État iranien.
Trump s’est vanté que la force navale américaine qui menace actuellement l’Iran est bien plus importante que celle que Washington a déployée le mois dernier au large du Venezuela avant d’attaquer ce pays d’Amérique du Sud, d’enlever son président, Nicolás Maduro, et de proclamer qu’il s’emparait des ressources pétrolières du pays.
Trump a également promis qu’une attaque américaine contre l’Iran serait bien plus importante et meurtrière que celle menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran il y a huit mois, où plus de 1 000 personnes ont trouvé la mort, la grande majorité étant des civils. Trump et ses conseillers ont également laissé entendre qu’une deuxième attaque américaine contre l’Iran pourrait impliquer une « frappe de décapitation » encore plus importante que celle lancée par Israël lors de la guerre de juin 2025, et pourrait potentiellement viser le guide suprême iranien âgé de 86 ans, l’ayatollah Khamenei.
Tout comme après la guerre de juin dernier, le régime nationaliste bourgeois iranien dirigé par le clergé chiite et en proie à la crise, a réagi à l’escalade de l’agression impérialiste en appelant l’administration Trump à des pourparlers. Téhéran s’est déclaré prêt à faire des concessions importantes sur son programme nucléaire civil en échange d’un assouplissement des sanctions économiques. Ces concessions incluraient notamment l’expédition hors du pays de la quasi-totalité de l’uranium enrichi iranien et le maintien d’un programme nucléaire civil réduit à sa plus simple expression, afin d’affirmer le droit souverain de l’Iran à le faire en vertu du Traité de non-prolifération nucléaire.
Washington, cependant, continue d’augmenter ses exigences, estimant la République islamique comme gravement affaiblie.
Avec l’aide des puissances impérialistes européennes, Washington a largement réussi à faire s’effondrer l’économie iranienne, alimentant la misère et la colère de la population à l’égard du régime qui fait peser tout le poids de sa confrontation avec l’impérialisme sur les travailleurs et les couches opprimées de la population iranienne.
Les manifestations qui ont secoué l’Iran de la fin décembre à la mi-janvier étaient de plus en plus dominées par des forces petites-bourgeoises de droite appelant au retour de la monarchie Pahlavi, sanglante et soutenue par les États-Unis. Toutefois, l’ampleur de la répression étatique et son caractère arbitraire, de même que le fait que Téhéran n’ait pas rétabli la connexion Internet avec le reste du monde, et la vague continue d’arrestations de masse, témoignent de l’isolement social du régime et du soutien populaire qui ne cesse de diminuer.
La crise est encore plus aggravée par les revers subis ces deux dernières années par les alliés de Téhéran dans la région, notamment en Syrie, au Liban et en Israël/Palestine. Depuis octobre 2023, Washington et son chien d’attaque israélien ont considérablement intensifié leurs efforts pour créer un « nouveau Moyen-Orient » placé sous la domination impérialiste effrénée des États-Unis, en ayant recours à des agressions, des guerres et, dans le cas de Gaza, en perpétrant un véritable génocide.
Du côté de Washington, les « négociations » engagées vendredi dernier avec Téhéran, alors que les forces armées des États-Unis encerclent l’Iran et se préparent à la guerre, sont avant tout une opération de sondage. Elles visent à extorquer des concessions et à exacerber et exploiter les divisions au sein de l’establishment politique clérical-bourgeois et des forces militaires et de sécurité de la République islamique. Ces pourparlers peuvent également servir de couverture à la décision d’entrer en guerre. En juin dernier, Trump avait encouragé les Iraniens à croire qu’il avait l’intention de poursuivre les négociations, alors qu’il avait déjà donné son feu vert à l’attaque israélienne qui déclencha la guerre ce mois-là.
Trump a déclaré que les pourparlers de vendredi dernier, qui se sont tenus à Mascate, en Oman, plutôt qu’en Turquie, alliée des États-Unis et de l’OTAN, à la demande insistante de l’Iran, étaient « très bons ». Il a ajouté : « L’Iran semble vouloir conclure un accord à tout prix », ajoutant que d’autres négociations auraient lieu cette semaine.
Mais dans la même journée, Trump a signé un décret pour frapper de droits de douane tout pays commerçant avec l’Iran qui ferait fi des sanctions imposées unilatéralement par Washington. Il a également imposé des sanctions supplémentaires aux compagnies maritimes et aux navires soupçonnés d’être impliqués dans le transport de pétrole iranien, dans le but d’étrangler davantage les exportations pétrolières du pays et qui sont le moteur de l’économie iranienne.
De plus, Trump et son administration continuent de laisser entendre qu’une frappe militaire contre l’Iran pourrait être imminente.
La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a insisté jeudi sur le fait que les pourparlers imminents avec Téhéran ne signifiaient en aucun cas un recul face à la menace d’effectuer une frappe militaire. « Alors que ces négociations sont en cours, je tiens à rappeler au régime iranien, a déclaré Leavitt, que le président dispose de nombreuses options autres que la diplomatie en tant que commandant en chef de l’armée la plus puissante de l’histoire du monde ».
Pour souligner davantage ce point, les principaux négociateurs de Trump à Oman, l’envoyé spécial américain Steve Witkoff et son gendre Jared Kushner, se sont rendu à bord de l’USS Lincoln le lendemain, apparemment à l’invitation de l’amiral Brad Cooper, chef du Commandement central des États-Unis.
Si les discussions de vendredi se sont apparemment limitées au programme nucléaire iranien, que Trump s’est engagé à démanteler entièrement, son administration a présenté une série d’exigences qui reviendraient en fait à un désarmement unilatéral de l’Iran, laissant le pays sans défense et impuissant face aux menaces américaines et israéliennes. Parmi ces exigences figurent notamment : la cessation de tout soutien au Hezbollah, au Hamas, aux Houthis du Yémen et ses autres alliés dans ce qui est décrit comme étant l’« Axe de résistance » ; ainsi qu’une réduction drastique de la capacité balistique de l’Iran, comprenant une interdiction légale de posséder des missiles capables d’atteindre Israël.
Tentant de présenter ces développements sous le meilleur jour possible, Téhéran s’est joint à Trump pour affirmer que les résultats des pourparlers de vendredi étaient positifs. Le ministre des Affaires étrangères Seyed Abbas Araghchi a déclaré à la télévision d’État iranienne : « Il y a un accord sur la poursuite des pourparlers [...] Si ce processus se poursuit, je pense que nous parviendrons à un bon cadre d’entente. »
Selon un « diplomate régional » qui serait familier avec les pourparlers, l’Iran aurait demandé « un allègement immédiat des sanctions, notamment dans les domaines bancaire et pétrolier, et le retrait des forces militaires américaines des abords de l’Iran », en échange de quoi le pays s’engagerait à procéder à une réduction considérable de son programme nucléaire et de permettre la reprise des inspections régulières de l’Agence internationale de l’énergie atomique.
Publiquement, le régime iranien insiste sur le fait que toute négociation ne doit se limiter qu’à son programme nucléaire. Mais il a également laissé entendre qu’en cas de levée des sanctions, il pourrait être prêt à entamer des négociations plus larges. Depuis des décennies, une faction importante du régime – dont le président actuel, Masoud Pezeshkian, est un représentant – prône un rapprochement avec les puissances impérialistes européennes et Washington, notamment en ouvrant l’économie du pays aux investissements occidentaux. La faction dite « dure » des Principlistes (les conservateurs iraniens) et les dirigeants des Gardiens de la révolution islamique s’y sont généralement opposés, préconisant plutôt une orientation vers la Chine et la Russie. Le guide suprême, l’ayatollah Khamenei, tente de trouver un équilibre entre les deux camps.
Washington, cependant, a rejeté à maintes reprises les ouvertures de Téhéran, ne s’étant jamais résigné à la perte de la dictature monarchique tyrannique du Shah. L’érosion massive de la puissance économique relative et de la position mondiale de l’impérialisme américain ne fait que rendre les États-Unis plus agressifs et déterminés à ramener le peuple iranien à un état de soumission néocoloniale, afin de piller les ressources du pays et du coup, affaiblir stratégiquement leurs rivaux. La Chine est le plus grand marché d’exportation de l’Iran et représente plus de 90 % de ses exportations de pétrole.
Face au déploiement militaire menaçant des États-Unis, Téhéran a mis en garde que si l’Iran venait à être attaqué par les États-Unis, sa réponse serait très différente de l’an dernier. Après que les États-Unis se soient ouvertement joints à la guerre en attaquant les installations nucléaires iraniennes, notamment avec la bombe non nucléaire la plus puissante au monde, Téhéran avait lancé une attaque de représailles symbolique et isolée, après l’avoir signalée à Washington bien à l’avance. Comme prévu, l’attaque n’a causé aucune victime ni aucun dommage important.
De nombreux alliés régionaux de Washington ont exprimé leur crainte d’une guerre régionale et de l’impact que celle-ci aurait sur leurs économies et leurs populations agitées. Ce qui n’est pas dit, c’est qu’une guerre entre les États-Unis et l’Iran pourrait impliquer non seulement les puissances régionales, mais aussi les grandes puissances, car elle marquerait une nouvelle étape importante dans la campagne menée par les États-Unis pour redécouper le Moyen-Orient, principale région exportatrice de pétrole au monde et située au carrefour de l’Asie, de l’Afrique et de l’Europe.
