Le Premier ministre indien Narendra Modi a effectué une visite de deux jours en Israël cette semaine, choisissant de renforcer le « partenariat stratégique » entre l'Inde et Israël au moment même où Washington et Tel-Aviv s'apprêtaient à lancer une guerre criminelle et non provoquée contre l'Iran.
Alors que les États-Unis ont déployé une puissance de feu sans précédent au Moyen-Orient depuis l'invasion de l'Irak en 2003, cette guerre aura des conséquences catastrophiques pour le peuple iranien et risque d'embraser tout le Moyen-Orient.
L'armée israélienne était en état d'alerte maximale depuis des semaines, attendant seulement le feu vert de Washington pour entrer en guerre contre l'Iran. Ces deux derniers mois, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou – que Modi a couvert d'éloges et d'accolades – a rencontré à deux reprises le président américain et aspirant dictateur, Donald Trump, à la Maison-Blanche, afin de planifier une guerre de changement de régime contre l'Iran. Selon toutes les sources, Netanyahou a fait pression sur Trump pour qu'il mette à exécution ses menaces de déchaîner une dévastation sur l'Iran à une échelle bien plus grande que celle infligée lors des douze jours de bombardements américano-israéliens en juin dernier.
Pendant ce temps, Netanyahou et son régime fasciste poursuivent leur offensive génocidaire contre la population de Gaza, malgré la trêve prétendument négociée par Trump, et ils ont intensifié leurs efforts de nettoyage ethnique en Cisjordanie dans le cadre de leur projet de création d'un Grand Israël.
Rien de tout cela n'a le moins du monde perturbé Modi.
Il s'est efforcé de se solidariser, ainsi que l'Inde, avec les crimes d'Israël. Il a dénoncé le soulèvement du Hamas du 7 octobre 2023 dans des termes qui ont ravi l'ensemble de l'establishment politique sioniste, y compris l'extrême droite ; il a salué le « plan de paix » de Trump visant à transformer Gaza en un protectorat néocolonial sous sa supervision personnelle ; et il n'a pas soufflé mot de la campagne de terreur et de massacres menée par Israël contre la population de Gaza. Modi a fustigé le « terrorisme » du Hamas et loué la force des « valeurs démocratiques partagées » par l'Inde et Israël. Mais il a passé sous silence la mort de plus de 70 000 Palestiniens de Gaza sous les bombardements israéliens, la privation systématique et délibérée de nourriture de toute la population de l'enclave et la destruction de la majeure partie de ses infrastructures et de ses habitations.
En 2017, Modi est devenu le premier Premier ministre de l’Inde à se rendre en Israël. Mercredi, premier jour de sa visite de deux jours, il est devenu le premier Premier ministre indien à s'adresser à la Knesset. Il a été accueilli par une ovation debout, un salut grotesque d'un régime de criminels de guerre à un suprémaciste hindou qui s'est fait connaître sur la scène nationale indienne en 2002, lorsqu'en tant que ministre en chef du Gujarat, il a fomenté un pogrom anti-musulman qui a fait quelque 2 000 morts et des centaines de milliers de sans-abri.
Modi a qualifié le soulèvement du Hamas, déclenché par des années de blocus israélien brutal, d'« attaque terroriste barbare ». « Nous comprenons votre douleur », a-t-il poursuivi. « Nous partageons votre chagrin. L'Inde se tient aux côtés d'Israël, fermement et avec conviction, aujourd'hui et pour toujours.
« Aucune cause ne peut justifier le meurtre de civils. Rien ne peut justifier le terrorisme. »
Si Modi a évoqué Gaza dans son discours, c'était dans le cadre du « plan de paix » de Trump, qu'il a cyniquement présenté comme « la promesse d'une paix juste et durable ».
Dans la lignée de cette vision orwellienne, Modi a dépeint Netanyahou et l'État militarisé israélien comme de véritables artisans de la paix. Il a salué les accords d'Abraham de 2020, négociés par Trump et destinés à donner carte blanche à Israël pour imposer sa « solution finale » à la question palestinienne, affirmant que l'Inde « applaudissait votre courage et votre vision ».
Évoquant les relations indo-israéliennes, il a déclaré que le « partenariat solide » entre le principal partenaire de Washington en Asie du Sud et son allié au Moyen-Orient « sert les intérêts nationaux, mais contribue également à la stabilité et à la prospérité mondiales ».
Le Jerusalem Post était ravi. À propos de la présentation par Modi de la guerre qu'Israël mène depuis maintenant deux ans et demi contre la population de Gaza au nom de la lutte contre le « terrorisme », le journal a déclaré : « Pas de faux-fuyants. Pas de mise en contexte. Aucun 'd'une part'. Aucune référence aux 'causes profondes'. Aucun 'équilibre' destiné à atténuer la condamnation. »
Sans surprise, Netanyahou a fait l’éloge dithyrambique de Modi. Il a remercié l'Inde pour son soutien indéfectible à Israël, puis a déclaré que le Premier ministre indien, partisan de l'idéologie suprématiste hindoue, était « plus qu'un ami, un frère ».
À l'issue de la visite de Modi, les deux pays ont signé seize mémorandums d'entente et élevé leur partenariat au rang de « Partenariat stratégique spécial pour la paix, l'innovation et la prospérité ».
Les protocoles d'accord couvraient un large éventail de domaines, de la coopération en intelligence artificielle et cybersécurité à l'éducation, au commerce et à l'agriculture. Ils prévoyaient notamment l'envoi de 50 000 travailleurs indiens en Israël afin de pallier la pénurie de main-d'œuvre causée par les restrictions imposées à la main-d’oeuvre palestinienne après octobre 2023.
Netanyahou et Modi ont également signé un protocole d'accord historique en matière de défense, axé sur le codéveloppement et la coproduction de systèmes de défense antimissile avancés tels que l'Arrow, la Fronde de David, l’Iron Dome (roquettes à courte portée) et l’Iron Beam (système laser). Ce protocole s'appuie sur un précédent protocole d'accord prévoyant une collaboration plus large dans les domaines de la formation militaire, de la recherche et du développement, de la cybersécurité et de la lutte contre le terrorisme.
Aucun nouvel accord d'armement n'a été annoncé lors de cette visite, mais le commerce des armes indo-israélien a connu une forte expansion ces dernières années.
New Delhi est désormais, et de loin, le principal acheteur d'armes israéliennes, représentant un tiers des ventes d'armes à l'étranger d'Israël entre 2020 et 2024. Les exportations militaires indiennes vers Israël ont également connu une croissance rapide ces dernières années. Depuis le début du massacre à Gaza, l'Inde a coproduit des armements israéliens et fourni à Israël des drones de combat, des missiles et des explosifs. Le système d'armement à intelligence artificielle utilisé à Gaza a été développé conjointement par des entreprises indiennes et israéliennes.
Au cours de l'année écoulée, les deux pays ont conclu des transactions militaires d'une valeur faramineuse de 8,6 milliards de dollars.
Lors de la visite de Modi, New Delhi et Tel-Aviv ont réaffirmé leur engagement à œuvrer pour la conclusion d'un accord de libre-échange afin de dynamiser les échanges bilatéraux. En septembre dernier, lors du déplacement en Inde du ministre israélien des Finances fasciste et fervent partisan du Grand Israël, Bezalel Smotrich, les deux pays ont signé leur premier accord bilatéral d'investissement (ABI).
Les répercussions d'une guerre américano-israélienne contre l'Iran se feront sentir à l'échelle mondiale, exacerbant les tensions géopolitiques, alimentant les conflits et perturbant l'économie mondiale. L'Inde, qui importe plus de 80 % de son pétrole, pourrait faire face à une forte hausse des prix du pétrole, alors même que les envois de fonds en provenance du Moyen-Orient chutent.
L'Iran est également un allié de longue date de l'Inde. New Delhi a investi des capitaux financiers et politiques considérables dans le développement du port iranien de Chabahar, fournissant un corridor économique vers l'Afghanistan et toute l'Asie centrale.
New Delhi craint sans aucun doute les conséquences d'une guerre américano-israélienne contre l'Iran, mais certainement pas suffisamment pour l'empêcher de développer ses liens économiques et militaro-sécuritaires avec Israël et, plus important encore, avec Washington. De plus, elle considère que leurs violations du droit international autorisent ses propres agissements prédateurs et ses ambitions de grande puissance.
Il convient de noter qu'Israël a été pratiquement le seul à déclarer son soutien sans équivoque à l'attaque non provoquée et manifestement illégale menée par l'Inde contre le Pakistan en mai dernier. Cette attaque a entraîné quatre jours d'affrontements aériens et d'artillerie et a mené les deux puissances nucléaires rivales d'Asie du Sud au bord d'une guerre totale.
Au cours des vingt-cinq dernières années, New Delhi, sous les gouvernements du BJP comme du Parti du Congrès, a sacrifié à maintes reprises ses relations avec Téhéran au profit de son « partenariat stratégique global » anti-chinois, allié à l'impérialisme américain. Cela inclut le sabotage d'un gazoduc reliant l'Iran à l'Inde via le Pakistan, censé consolider un rapprochement entre ces deux rivaux stratégiques historiques d'Asie du Sud ; et le ralliement aux États-Unis à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) à la fin des années 2000, en qualifiant le programme nucléaire civil iranien de menace.
L'Inde espère également tirer profit de l'expansion de l'influence américaine au Moyen-Orient, acquise par l'agression, la guerre et le génocide, et plus particulièrement de la promotion par Washington d'un corridor économique Inde–Moyen-Orient–Europe (IMEC). Cette initiative d'infrastructures a été lancée lors du sommet du G20 de 2023 à New Delhi, avec le soutien des États-Unis et la participation de l'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, afin de contrer l'initiative chinoise de la Nouvelle Route de la soie. L'IMEC vise à établir une route commerciale et de transport multimodal reliant l'Inde et l'Europe, promettant une réduction de 40 % des délais de transport et positionnant potentiellement Israël et son port de Haïfa comme une plaque tournante essentielle.
Il n'est pas anodin que le groupe Adani, dirigé par Gautam Adani – l'un des hommes les plus riches du monde et un proche allié de Modi – détienne 70 % des parts du port israélien de Haïfa. Mais le rôle du groupe Adani dans les relations indo-israéliennes va bien au-delà. Il a noué des partenariats avec des entreprises israéliennes dans les secteurs de la technologie et des infrastructures, et collabore avec des sociétés de défense israéliennes comme Elbit Systems, produisant des drones et des armements pour les Forces de défense israéliennes.
La camaraderie affichée entre Modi et Netanyahu lors de la visite du Premier ministre indien trouve également ses racines dans l'idéologie. Il existe une profonde et ancienne affinité entre le sionisme et le suprémacisme hindou, alimentée par le nationalisme religieux et une antipathie commune envers l'« étranger » musulman. Cette affinité était déjà bien perçue dans les années 1930 par V.D. Savarkar, idéologue fondateur de l'Hindutva. Il exhortait à soutenir le sionisme tout en appelant la « nation hindoue » à traiter les musulmans d'Inde comme Hitler traitait les juifs d'Allemagne.
Comme on pouvait s'y attendre, l'Iran a vivement critiqué la visite de Modi en Israël. Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a reproché à l'Inde d'ignorer « les souffrances du peuple palestinien », Modi se rendant en Israël au moment même où ce pays commet des « crimes de guerre » à Gaza. Bien que le rôle d'Israël dans la guerre imminente contre l'Iran n'ait pas été abordé de front, le porte-parole a déclaré que Téhéran « attendait de l'Inde, en tant qu'ami historique », qu'elle « freine le régime sioniste, et non qu'elle le récompense ».
Hormis les partis parlementaires staliniens, la visite de Modi en Israël et le renforcement des liens stratégiques indo-israéliens ont suscité peu de critiques au sein de l'establishment politique et des principaux médias. Les rares critiques portaient sur le risque de nuire aux relations avec les États arabes du Golfe, et non sur le soutien implicite de l'Inde au génocide et à la guerre criminelle imminente contre l'Iran.
Jairam Ramesh, porte-parole du Parti du Congrès, principal parti d'opposition, a reproché à Modi sa visite, intervenue alors que « la dépossession et le déplacement de milliers de Palestiniens en Cisjordanie occupée s'intensifient [...] Les attaques israéliennes contre les civils à Gaza se poursuivent sans merci (et) Israël et les États-Unis planifient des frappes aériennes contre l'Iran. » Mais il ne s'agissait là que d'une tentative cynique de s'attirer les faveurs de l'opinion publique en exploitant la vive indignation suscitée par le génocide perpétré par Israël à Gaza, notamment au sein de la minorité musulmane, et les puissantes traditions anti-impérialistes, latentes mais bien réelles, qui animent les travailleurs. Le Parti du Congrès soutient pleinement l'alliance indo-américaine et occulte systématiquement le rôle de Washington, d'abord sous Biden puis sous Trump, dans l'armement, le financement et le soutien politique apportés à Israël, qui ravage le Moyen-Orient depuis octobre 2023.
