Perspective

Le complot sioniste visant à assassiner Nerdeen Kiswani est un avertissement pour la classe ouvrière

Le complot visant à assassiner Nerdeen Kiswani, militante palestino-américaine, est un avertissement pour toute la classe ouvrière. La semaine dernière, le FBI et la police de New York ont révélé qu'Alexander Heifler, un homme de 26 ans originaire d'Hoboken, dans le New Jersey, projetait d'incendier la maison de Kiswani à l'aide d'une bombe artisanale afin de la tuer.

Heifler est affilié à la Fraternité JDL 613, une organisation sioniste fondée en 2024 qui s'inspire de l’organisation fascisante Ligue de défense juive.

Ce complot ne se résume pas à la conspiration criminelle d'un seul individu. Il est le fruit d'un contexte politique bien précis, entretenu par la classe dirigeante, dans lequel des organisations sionistes d'extrême droite, des pans de l'État et les deux partis capitalistes ont œuvré à criminaliser l'opposition au génocide, à assimiler l'antisionisme à l'antisémitisme et à inciter à la violence contre ceux qui s'expriment et s'organisent pour défendre le peuple palestinien.

Kiswani est une citoyenne américaine qui a passé la quasi-totalité de sa vie aux États-Unis. Elle est la fondatrice de Within Our Lifetime, une organisation new-yorkaise qui a joué un rôle de premier plan dans l'organisation de manifestations contre le génocide à Gaza et contre les politiciens démocrates et républicains qui le soutiennent. S'adressant au World Socialist Web Site après sa conférence de presse de lundi, Kiswani a déclaré que l'attaque visait à faire taire l'opposition plus large à la guerre et à la répression: «Je pense qu'ils essaient de réprimer ceux qui sont anti-génocide, anti-guerre, pro-palestiniens et pro-liberté.»

Ce complot faisait suite à des mois de menaces, de harcèlement, de divulgation d'informations personnelles et d'incitation à la haine visant Kiswani, orchestrés par des organisations sionistes. Comme l'a expliqué Eric Lee, l'un des avocats de Kiswani, lors de la conférence de presse, l'attaque était «le fruit délibéré d'une stratégie politique de l'administration Trump visant à constituer des milices extra-parlementaires illégales pour assassiner ses opposants et réprimer toute dissidence, dans le but d'instaurer une dictature dans ce pays ».

L'aspirant assassin n'a pas agi impulsivement. Il y a eu une préparation coordonnée, incluant des conversations de groupe, une planque et l'accès à des ressources financières. L'attaque contre Kiswani fait suite à des années de harcèlement de la part de l'extrême droite fasciste et sioniste. Le 1er janvier 2026, le compte X officiel JDL 613 a proféré une menace de mort explicite contre Kiswani et son nourrisson: «Toi et ton bébé êtes des ordures répugnantes et viles, vous ne devriez pas exister aux États-Unis […] On se rencontrera un jour, Nerdeen, on vous surveille tous.»

Betar, l'organisation sioniste aujourd'hui poursuivie par Kiswani pour sa campagne de menaces et de harcèlement, l'a publiquement diffamée en la qualifiant de terroriste, a milité pour sa répression et a cherché à collaborer directement avec l'État pour la priver de ses droits. Lors de la conférence de presse de lundi, l'avocat de Kiswani a révélé que Betar avait exhorté l'administration Trump à révoquer la citoyenneté de Kiswani et a confirmé avoir rencontré des représentants de cette administration à Washington pour discuter de son cas.

En février, Kiswani avait déposé une plainte fédérale pour violation des droits civiques contre Betar et des personnes qui lui sont associées, en vertu de la loi de 1871 sur l'application des lois relatives au Ku Klux Klan. La plainte invoque le droit d'action privé prévu par cette loi contre les acteurs non étatiques lorsque «deux personnes ou plus […] conspirent […] dans le but de priver, directement ou indirectement, toute personne ou catégorie de personnes de l'égale protection des lois, ou de l'égalité des privilèges et immunités en vertu des lois». L'importance de cette action en justice réside non seulement dans le fait qu'elle vise à obtenir réparation pour une campagne de menaces et d'intimidation, mais aussi qu'elle identifie cette campagne pour ce qu'elle est: une tentative organisée de terroriser des opposants politiques et de les priver de leurs droits fondamentaux.

La loi contre le Ku Klux Klan était l'une des trois lois d'application adoptées par le Congrès entre 1870 et 1871 afin de garantir les droits démocratiques et l'égalité de protection inscrits dans les quatorzième et quinzième amendements adoptés après la guerre de Sécession. Ces mesures visaient à lutter contre les violences perpétrées par le Ku Klux Klan et d'autres organisations terroristes illégales qui violaient par la violence les droits des Afro-Américains nouvellement émancipés.

Les actions du Ku Klux Klan étaient liées à l’utilisation de violence par des milices aux États-Unis pour contrer l'émergence de la lutte des classes – qu'il s'agisse des bandes armées du patronat, des groupes d’auxiliaires armés, d'armées de détectives privés comme les Pinkertons ou de bandes de briseurs de grève. Le fait que de telles méthodes soient aujourd'hui utilisées contre les opposants au génocide et à la guerre impérialiste souligne la profondeur de la crise de la classe dirigeante américaine et sa rupture de plus en plus marquée avec les normes démocratiques.

Dans un contexte d'impopularité profonde de l'administration Trump et d'opposition généralisée à ses guerres, la classe dirigeante recourt de plus en plus à la violence extra-étatique et paramilitaire pour terroriser la population et la soumettre. Depuis les milices comme les Oath Keepers, les Proud Boys et les III Percenters (où l'antisémitisme est omniprésent) mobilisées lors de la tentative de coup d'État du 6 janvier, jusqu’à la Gestapo de la police d'immigration masquée, déployée dans les villes et les aéroports américains, en passant par les extrémistes sionistes ciblant les militants anti-génocide, l'État cultive des auxiliaires violents et fascistes pour maintenir son pouvoir capitaliste.

Le complot contre Kiswani s'inscrit dans le contexte de la rhétorique de plus en plus violente et ouvertement fasciste provenue des plus hautes sphères de l'État et du Parti républicain au cours des mois précédents.

Le député de Floride Randy Fine, partisan de l'utilisation de l'arme nucléaire contre Gaza, a déclaré que s'il devait choisir «entre les chiens et les musulmans», le choix «ne serait pas difficile». Le sénateur de l'Alabama, Tommy Tuberville, a qualifié les musulmans d'«ennemi… à l'intérieur de nos frontières» et a réclamé l'interdiction d'entrée sur le territoire américain pour tous les «immigrants ISLAMIQUES». La représentante Mary Miller a exigé: «Expulsez-les tous. Immédiatement.» Plus tôt ce mois-ci, le représentant Andy Ogles a affirmé que «les musulmans n'ont pas leur place dans la société américaine» et que «le pluralisme est un mensonge».

Le ciblage des manifestants pro-palestiniens illustre l'importation aux États-Unis de méthodes employées de longue date par l'État israélien. La Fraternité JDL 613 est une formation sioniste plus récente dans la lignée de la Ligue de défense juive. Son fondateur, Yisrael Yaacob Ben Avraham, a publiquement glorifié Meir Kahane, le fondateur fasciste de la JDL. Des organisations telles que Betar et JDL 613 s'inspirent ouvertement de cette tradition réactionnaire, qui a toujours mêlé nationalisme militant et la promotion de la violence politique.

Plus fondamentalement, la tentative d'assassinat visant Kiswani découle de la dérive dictatoriale des États-Unis et des efforts délibérés de l'administration Trump pour criminaliser l'opposition et encourager la violence politique. Dans un message sur les réseaux sociaux daté du 22 mars, Trump a proféré cette menace à peine voilée: «Maintenant que l'Iran est mort, le plus grand ennemi de l'Amérique est la gauche radicale, le parti démocrate, et son incompétence notoire!»

C’est là le langage d'un régime qui s'apprête à traiter la dissidence politique comme un ennemi à anéantir. Le déploiement de forces paramilitaires de l'ICE dans les villes et aéroports américains, la campagne pour abolir le droit du sol et d'autres droits démocratiques fondamentaux, sont autant d'éléments d'un complot systématique visant à instaurer une dictature présidentielle.

Aujourd'hui, la cible est une Américaine d'origine palestinienne opposée au génocide. Demain, ce seront les grévistes, les étudiants qui protestent contre la guerre, les immigrés qui résistent à l'expulsion, les journalistes qui dénoncent les crimes d'État ou quiconque s'oppose à la marche vers la dictature et la guerre.

Des étudiants et des travailleurs comme Momodou Taal, Mahmoud Khalil, Rümeysa Öztürk et Yaa'kub Ira Vijandre, ont déjà été visés par des mesures de détention ou d'expulsion pour avoir dénoncé le génocide et exercé leur droit à la liberté d'expression. Vijandre, bénéficiaire du programme DACA, a été arrêté par l'ICE après avoir pris publiquement la défense d'un autre immigré ciblé par l'État, ce qui souligne que la question n’est pas le statut d'immigrant en soi, mais la criminalisation de l'opposition politique.

L'attaque contre Kiswani a été encouragée non seulement par les Républicains, mais aussi par le Parti démocrate. Le terrain politique menant à la criminalisation de l'opposition au sionisme et au génocide à Gaza a été préparé sous l'administration Biden. Celle-ci a répondu aux manifestations étudiantes de masse par une répression policière coordonnée, des arrestations massives, des suspensions, des expulsions et une campagne de diffamation incessante assimilant l'opposition au sionisme à de l'antisémitisme, dans le but d'isoler les manifestants et de légitimer la violence d'État à leur encontre.

Le Parti démocrate s'oppose catégoriquement au développement d'un mouvement d’en bas contre la dictature de Trump. Celui-ci mène une guerre contre la Constitution mais les démocrates ne font rien. Ils ont financé le gouvernement à maintes reprises, voté des budgets militaires et sécuritaires colossaux et limité toute «opposition» à des contestations de procédure et à une rhétorique creuse. Dans la pratique, ils agissent comme complices: ils s'emploient à réprimer la résistance de masse, à canaliser l'opposition vers l’impasse des élections et à garantir que l’attaque des droits démocratiques se poursuive sans relâche.

La vaste majorité de la population s’y oppose. Cette opposition s'est manifestée une fois de plus lors de la conférence de presse défendant Kiswani, où musulmans et juifs se sont tenus côte à côte, unis contre le terrorisme sioniste et pour la défense des droits démocratiques. Elle s'est aussi exprimée dans les immenses manifestations «No Kings » qui ont envahi les villes des États-Unis le week-end dernier.

La défense de Nerdeen Kiswani ne peut être confiée ni au Parti démocrate, qui a permis et légitimé la criminalisation de l'opposition à la guerre, ni aux seuls tribunaux. La révélation juridique du complot est nécessaire, mais la question essentielle est politique.

La lutte contre la dictature et la violence fasciste doit être ancrée dans la classe ouvrière, cette grande force sociale qui produit toute la richesse et qui n'a aucun intérêt pour la guerre, le chauvinisme ou la répression. Les travailleurs de toutes religions, nationalités et ethnies doivent s'unir pour défendre les Palestiniens, les migrants, les droits démocratiques et tous ceux qui sont pris pour cible par l'État et ses auxiliaires fascistes.

La campagne pour la défense de Kiswani est indissociable de la lutte contre le génocide, la guerre impérialiste et le système capitaliste qui les engendre. Les droits démocratiques de tous ne peuvent être défendus que par la mobilisation indépendante de la classe ouvrière, aux États-Unis et à l'international, sur la base d'un programme socialiste dirigé contre la guerre, le fascisme et le capitalisme.

(Article paru en anglais le 1er avril 2026)

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