Dimanche, le président américain Donald Trump a publié sur Truth Social un message injurieux et truffé d’obscénités dans lequel il promettait de détruire les infrastructures civiles iraniennes, commettant ainsi une série de crimes de guerre.
«Mardi sera le jour des centrales électriques et des ponts, tout en un, en Iran. Il n’y aura rien de comparable !!! Ouvrez le Putain de Détroit, espèce de tarés, ou vous vivrez en Enfer - VOUS ALLEZ VOIR! Gloire à Allah.»
La veille, Trump écrivait: «Le temps presse - 48 heures avant de déchaîner les enfers sur eux. Gloire à DIEU!» il a déclaré à Fox News dimanche matin: «Si l'Iran ne conclut pas un accord avec nous rapidement, j'envisage l'option de tout faire exploser et de saisir le pétrole.»
L'invocation d'Allah — le nom de Dieu utilisé par les musulmans — dans un message le dimanche de Pâques menaçant d'envoyer la population d'un pays à prédominance musulmane en «enfer» est une déclaration ouvertement fasciste-chrétienne, donnant à la guerre la coloration d'une croisade.
Le président des États-Unis menace de détruire le réseau électrique et les ponts de l'Iran, privant ainsi 90 millions de personnes des fondements de la vie civilisée. Ces déclarations relèvent d'une criminalité absolue et s'inscrivent dans le cadre d'une guerre d'agression illégale.
Trump agit entièrement hors du droit international, des conventions démocratiques et des principes élémentaires de la légalité. Ses déclarations et ses actes témoignent de l'effondrement total de la démocratie américaine sous le poids des inégalités sociales extrêmes, de la guerre sans fin et d’une crise sociale, économique et politique qui ne cesse de s'aggraver.
L'immense majorité de la population américaine est écœurée par la guerre illégale menée par Trump contre le peuple iranien et s’y oppose. Elle considère à juste titre ce président comme un criminel et un gangster.
Mais cela soulève la question de comment, face à une opposition populaire massive et après que des millions de gens aient manifesté contre le gouvernement le 28 mars, ce régime mafieux peut se maintenir au pouvoir.
La réponse se trouve dans la nature de l'opposition politique officielle. La réaction du Parti démocrate aux déclarations de Trump s'est concentrée sur la personnalité et l'état mental du président. «Ce sont les divagations d'un individu dangereux et mentalement déséquilibré», a écrit le sénateur Bernie Sanders dimanche. Le sénateur Chris Murphy a qualifié les propos de Trump de «complètement, totalement déments». Selon le chef de la minorité sénatoriale Chuck Schumer Trump «vocifère comme un fou furieux sur les réseaux sociaux» et menace de «crimes de guerre».
Les déclarations de Trump sont en effet tant criminelles que délirantes. Mais la réaction des démocrates se caractérise par l’impuissance politique. Cinq semaines après le déclenchement de la guerre, aucune commission du Congrès n'a tenu d'audience publique. Aucune résolution condamnant la guerre n'a été soumise au vote. Aucune enquête n'a été ouverte.
Bien qu'admettant que Trump soit à la fois criminel et mentalement inapte, les démocrates ont catégoriquement exclu une procédure de destitution. Le président du groupe démocrate à la Chambre, Pete Aguilar, a déclaré à Punchbowl News le 26 mars: «Aucun démocrate ne parle de destitution. Ce sujet n'est absolument pas abordé dans nos discussions.» La députée Susie Lee a ajouté: «Nous avons des priorités plus importantes.»
La députée Maxine Waters a déclaré le 4 mars: «Je pense que lorsque nous prendrons le contrôle de la Chambre, nous envisagerons» une destitution de Trump.
Non seulement les démocrates ont de facto exclu une destitution de Trump mais ils lui ont permis d’agir ainsi. Ils ont voté pour le budget militaire de 839 milliards de dollars qui finance la guerre. La députée Alexandria Ocasio-Cortez a repris les affirmations de son gouvernement que la direction iranienne aurait tué des dizaines de milliers de manifestants, soutenant ainsi une opération de changement de régime qui, comme l'a admis Trump sur Fox News Sunday, était armée par le gouvernement américain, disant: «Nous avons envoyé des armes aux manifestants, en grande quantité».
La réponse des Démocrates est déterminée 1. par le fait que, quelles que soient leurs divergences tactiques avec Trump, ils sont un parti de Wall Street et de la CIA et soutiennent l'objectif stratégique de la domination impérialiste américaine du Moyen-Orient, et 2. qu’ils sont terrifiés par la montée de l'opposition populaire.
Une véritable mobilisation populaire ne se limiterait pas à la guerre. Elle remettrait en cause la répartition des richesses, le pouvoir de l'oligarchie financière et l'ordre social tout entier que les deux partis ont pour mission de défendre. C'est pourquoi, lors des manifestations «No Kings» (Pas de roi) dirigées contre Trump, les démocrates et leurs alliés politiques ont délibérément minimisé l'importance de la guerre contre l'Iran, alors qu'il s'agissait en réalité de la question centrale.
L'ascension de Trump au sommet de la politique américaine reflète la faillite historique de tout l'ordre social et politique. Trump est, comme l'a écrit le 2 avril David North, président du comité de rédaction international du World Socialist Web Site, l'incarnation d'une pègre criminelle ayant accédé au pouvoir. Son langage est l’expression «du caractère essentiel d'une couche sociale qui s'est habituée à la criminalité et ne se sent plus obligée de s'en excuser».
Cette oligarchie n’a pas amassé sa fortune grâce au travail productif, mais par la fraude, la spéculation et le vol. Sa physionomie sociale se résume dans le scandale Epstein qui a dévoilé – ne serait-ce que partiellement – l’intégration de la haute finance, du pouvoir d’État et du chantage sexuel dans les opérations de la classe dirigeante américaine. Les réseaux de privilégiés, de corruption et d’impunité qui entouraient Epstein sont aussi ceux qui soutiennent un système politique où la criminalité n’est pas une aberration, mais une façon de gouverner.
Trump n'est pas apparu de nulle part. Il incarne, sans fard, la politique plus générale de la classe dirigeante. Ses menaces génocidaires marquent une nouvelle étape dans l'escalade, amorcée il y a des décennies, des crimes impérialistes américains: l'invasion de l'Irak par Bush sous de faux prétextes; le programme mondial d'assassinats par drones d'Obama, mené hors de tout cadre démocratique ou légal; et le financement et l’armement par Biden du génocide israélien à Gaza.
Cette même classe dirigeante mène une guerre sans merci contre la classe ouvrière dans son propre pays. Mercredi dernier, Trump a déclaré au déjeuner de Pâques de la Maison-Blanche que le gouvernement ne pouvait pas financer les garderies, Medicaid, Medicare ou la sécurité sociale car il avait besoin de l’argent pour faire la guerre. Il a qualifié ces programmes essentiels, dont dépendent des dizaines de millions de personnes, de «petites arnaques» et a affirmé que le gouvernement n'avait qu'une seule mission: «la protection militaire». Son projet de budget prévoit 1 500 milliards de dollars pour le Pentagone – une augmentation de 44 % – financés par des coupes drastiques dans les dépenses intérieures.
Une fois de plus, les démocrates s'opposent à toute mobilisation populaire car un mouvement depuis le bas soulèverait immédiatement ces questions générales. Les menaces injurieuses proférées par Trump de détruire les infrastructures civiles iraniennes révèlent bien plus que sa dépravation personnelle. Elles mettent en évidence l'effondrement même des institutions démocratiques. Aucun mécanisme au sein des institutions politiques actuelles ne permet de s'opposer sérieusement à lui, et le régime a déclaré qu'il n'accepterait aucune contrainte à ses actions.
On ne peut confier l'opposition au Parti démocrate. Il faut la développer comme un mouvement de classe. Les travailleurs et les jeunes doivent s’organiser indépendamment – sur leurs lieux de travail, entre les divers secteurs d’activité et par-delà des frontières – contre la guerre, contre la destruction des programmes sociaux et contre le système capitaliste qui engendre la guerre, la dictature et les inégalités sociales.
