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Bien que l'entreprise n'ait pas revu son offre à la hausse d'un seul centime, la section locale 7 des Travailleurs unis de l'alimentation et du commerce (TUAC) a ordonné la reprise du travail de 3 800 ouvriers de l'abattoir JBS de Greeley, au Colorado, trois semaines après le début d'une grève dans l'une des plus grandes usines de transformation de bœuf des États-Unis.
Dans des communiqués publiés samedi, la direction syndicale et l'entreprise ont reconnu qu'aucune nouvelle proposition de convention collective n'existait. La section locale 7 des TUAC a annoncé que JBS avait simplement accepté de « reprendre les négociations contractuelles » les 9 et 10 avril et que, « par conséquent, les travailleurs reprendront le travail par quarts commençant à 5 h ou après le 7 avril 2026 ».
Alors même que Kim Cordova, présidente de la section locale 7, affirmait que « le combat continue », sa déclaration reconnaissait que les travailleurs réclamaient toujours « une convention collective qui les protégera » et leur « assurera un salaire décent ».
La déclaration de l'entreprise à la presse était encore plus directe. Reuters et l'Associated Press ont rapporté que JBS n'avait pas modifié son offre initiale. Selon la section locale 7 des TUAC, JBS n’offre que des augmentations salariales d'« à peine 1,5 % en moyenne par an ». Des travailleurs en grève ont déclaré au World Socialist Web Site que l'offre était de 60 cents la première année, puis de 30 cents par an ensuite.
Cette proposition équivaut à une véritable baisse de salaire de la part d'une entreprise qui a réalisé 415 millions de dollars de bénéfices trimestriels sur un chiffre d'affaires de 23,06 milliards de dollars, alors que la hausse des prix du carburant continue de réduire les revenus des travailleurs.
Même au regard des conditions d’exploitation de l'industrie de la viande, les conditions de travail dans l'usine sont déplorables. Au moins six travailleurs sont décédés durant la première année de la pandémie de coronavirus et un autre en 2021. L'année dernière, un lanceur d'alerte a porté plainte pour manquements systématiques à la sécurité. Des immigrants haïtiens ont également porté plainte contre JBS, l'accusant de les avoir attirés aux États-Unis avec des promesses de travail et de logement, avant de les entasser dans des conditions de surpopulation sans eau ni électricité.
Les travailleurs devraient refuser de reprendre le travail tant qu’aucun gain n’a été garanti. Ils devraient plutôt poursuivre la grève sous la direction des travailleurs de la base. Ils devraient élire un nouveau comité de grève composé exclusivement de membres de la base.
Selon la section locale 7 elle-même, l'usine était « presque totalement à l'arrêt », avec seulement « une production infime ». Les travailleurs doivent utiliser ce levier pour étendre la lutte à d'autres usines JBS et solliciter le soutien des travailleurs de tout le Colorado, notamment des dizaines de milliers de membres de la section locale 7 des TUAC dans toute la chaîne d'approvisionnement alimentaire.
Ils devraient en particulier contacter les travailleurs de la base d'autres usines pour mettre fin à la transformation de bétail provenant de Breeley. Les TUAC ont autorisé JBS à rediriger le bétail vers d'autres usines, notamment celle de Cactus, au Texas, dont les employés sont également membres du même syndicat.
Par ailleurs, cette grève intervient dans un contexte de mouvements sociaux croissants aux États-Unis. L'année a débuté par des grèves de plus de 45 000 infirmières à New York, en Californie et à Hawaï. Environ 800 employés de la raffinerie BP de Whiting, dans l'Indiana, sont en lock-out, les ouvriers de Nexteer, une usine de pièces automobiles, font pression pour une grève, et des dizaines de milliers d'enseignants de Los Angeles prévoient de se mettre en grève le 14 avril.
Environ 80 % des employés de JBS sont des immigrés, et cette grève constitue un acte de défiance envers la campagne de Trump visant à terroriser les immigrés dans le cadre de son offensive plus large contre les droits démocratiques. Plus de 8 millions de personnes ont manifesté le 28 mars lors de la troisième manifestation « No Kings » contre l'administration Trump, témoignant d'une forte opposition à la dictature et à la guerre.
Il s'agit de l'une des plus importantes grèves dans un abattoir américain depuis la grève brutale d'Hormel en 1985-1986. Depuis quarante ans, les TUAC maintiennent les travailleurs en poste malgré la dégradation constante de leurs salaires et de leurs conditions de travail.
Lors de cette grève, lorsque les employés d'Hormel, membres de la section locale P-9, ont rejeté les concessions et cherché à étendre leur mouvement, la bureaucratie des TUAC a placé la section locale sous tutelle et a finalement permis la conclusion d'un accord ratifié avec la participation de briseurs de grève et d'employés ayant franchi les piquets de grève. Le gouverneur du Minnesota, Rudy Perpich, du Parti démocrate-paysan-ouvrier, a déployé la Garde nationale contre la grève, procédant à des arrestations en masse.
Les TUAC tentent de mettre fin à la grève en raison du risque qu'elle se transforme en un mouvement plus large, autrement dit, en raison de sa force. Ce n'est pas la première fois. L'année dernière, la section locale 7 des TUAC a étouffé et saboté les grèves des employés de supermarchés du Colorado, renvoyant les employés de King Soopers avec un accord de « paix sociale », dans le but manifeste de les empêcher de se mettre en grève en même temps que les employés de Safeway.
L'usine de Greeley représente environ 6 % de la capacité totale des abattoirs de bœuf des États-Unis, ce qui confère à ces travailleurs un pouvoir exceptionnel. La grève commence à exercer une réelle pression car les travailleurs occupent un point névralgique de la chaîne d'approvisionnement alimentaire.
Mais les travailleurs de Greeley ne peuvent vaincre une multinationale en luttant seuls. Ils ont besoin d'une stratégie plus large, fondée sur la mobilisation au sein d'un mouvement de classe pour défendre la grève, non seulement aux États-Unis, mais aussi dans le monde entier, y compris au Brésil et dans la vingtaine d'autres pays où JBS est implantée.
Des comités de base, composés de travailleurs de confiance, directement sur le terrain et totalement indépendants des responsables des TUAC, doivent être mis en place pour retirer la direction de la lutte à la bureaucratie et la redonner aux travailleurs eux-mêmes. Des efforts particuliers doivent être déployés pour unir les travailleurs immigrés à leurs compatriotes nés aux États-Unis.
La lutte de Greeley s'inscrit dans un combat plus vaste mené par la classe ouvrière contre l'exploitation des travailleurs, la dictature et la guerre. Les travailleurs produisent la richesse de la société et détiennent un pouvoir considérable, mais ce pouvoir ne peut s'exercer pleinement que par une rébellion contre l'appareil syndical pro-patronal et la construction de nouveaux organes de lutte dirigés par la base elle-même.
