La guerre en Iran, le pétrole et la crise de l'impérialisme américain

La guerre menée par les États-Unis contre l'Iran restera dans les mémoires comme un tournant dans la crise de l'impérialisme américain. Sept semaines après le début d'un conflit qui a coûté la vie à plusieurs milliers d'Iraniens et près de 2 000 Libanais, le résultat stratégique concret est à l'opposé des objectifs de Washington. Loin de réaffirmer la domination américaine sur le Golfe persique, cette guerre a à la fois mis en lumière et accentué le déclin de la capacité des États-Unis à asseoir leur pouvoir sur système capitaliste mondial.

Des passants observent la fumée qui s'élève à l'horizon après une explosion à Téhéran, en Iran, le samedi 28 février 2026. [AP Photo]

Le « cessez-le-feu » ne change rien à cette réalité. À peine dix heures après avoir menacé de faire mourir « toute une civilisation ce soir », Donald Trump annonçait une suspension des bombardements pour deux semaines, conditionnée à l’ouverture « complète, immédiate et sûre » du détroit d’Ormuz. En moins de 24 heures, la trêve supposée volait en éclats : Israël, dont le bureau de Netanyahou avait déclaré qu’il n’était pas lié par l’accord au Liban, lançait une vague de frappes dévastatrices, faisant plus de 300 morts en une seule journée. L’Iran répliquait en bloquant à nouveau le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. Et 21 heures de négociations directes à Islamabad se sont soldées par un échec.

Malgré plus de 13 000 cibles attaquées et des dépenses militaires américaines directes estimées entre 28 et 45 milliards de dollars – sans compter les coûts économiques globaux bien plus élevés –, même les objectifs opérationnels les plus limités de la campagne américano-israélienne restent hors d’atteinte. Selon Reuters, les services de renseignement américains ne peuvent confirmer la destruction que d’environ un tiers du vaste arsenal de missiles iraniens. Les analystes estiment que l’Iran conserve des milliers de missiles balistiques. Par ailleurs, aucun changement de régime ne s’est produit malgré l’assassinat de dizaines de dirigeants, et le contrôle américain du pétrole iranien est encore loin d’être acquis.

L'Iran a mis en œuvre la mesure attendue depuis longtemps de la fermeture du détroit d'Ormuz et, ce faisant, a découvert l'étendue de son pouvoir sur ce point de passage vital de l'énergie mondiale, par lequel transite environ un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux, ainsi que d'autres matières premières essentielles, telles que les engrais, l'hélium et les produits pétrochimiques.

Le cessez-le-feu n'a pratiquement pas permis de rétablir la navigation normale. Au contraire, les États et les compagnies maritimes ont été contraints de négocier directement avec l'Iran pour obtenir l'autorisation de faire passer leurs navires par le détroit, tandis que Téhéran a cherché à conserver un moyen de pression par le biais d'inspections, de retards et de redevances. Selon des informations de Bloomberg et du Financial Times, certains de ces paiements ont été effectués en yuans et en cryptomonnaie.

Au lieu de rouvrir le détroit d'Ormuz aux conditions américaines, la guerre a permis à l'Iran de contrôler l'accès au principal corridor énergétique mondial. La dernière décision de Trump – bloquer totalement le détroit, empêchant même les navires iraniens de le traverser – témoigne de son désespoir : si les États-Unis ne parviennent pas à le contrôler, ils entraîneront l'Iran, et l'économie mondiale tout entière, dans leur chute.

Un aspect essentiel des messages contradictoires de Trump tout au long de la guerre – menaçant d'anéantir la civilisation iranienne un instant, puis appelant à un cessez-le-feu l'instant d'après – réside dans son désarroi face à l'échec de l'opération et à la réaction des marchés mondiaux. Il cherche désespérément des solutions pour gagner du temps. Le prix au comptant du pétrole brut a pratiquement doublé depuis le début du conflit. Aux États-Unis, le prix du carburant a dépassé les 4 dollars le gallon pour la première fois depuis 2022. Les marchés boursiers ont enregistré leur pire trimestre depuis 2022.

La panique s'empare de l’élite dirigeante à l'idée que cette guerre puisse favoriser l'Iran, incitant des démocrates, comme Pete Buttigieg sur CNBC vendredi matin dernier, à suggérer une nouvelle escalade du conflit pour parvenir à un changement de régime.

Une crise énergétique mondiale historique

Dans le secteur pétrolier et gazier, l'opinion générale est que les marchés et les gouvernements, malgré leurs inquiétudes, ne saisissent pas encore l'ampleur de la crise actuelle. Comme le rapportait Bloomberg la semaine dernière, après avoir interrogé plus d'une trentaine de négociants, de dirigeants et d'armateurs : « Le monde n'a toujours pas pris la mesure de la gravité de la situation. »

Fatih Birol, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), a déclaré au Figaro que la crise était « plus grave que celles de 1973, 1979 et 2022 réunies ». « Avril sera bien pire que mars », a-t-il averti, car les navires qui transitaient par le détroit d'Ormuz avant la guerre n'arrivent à destination que maintenant. « En avril, il n'y aura plus rien. »

Du fait de la lenteur des pétroliers (environ 10 à 15 nœuds, compte tenu de leur taille), les dernières cargaisons parties du Golfe fin février n'arrivent que maintenant à destination, principalement en Asie. La crise d'approvisionnement en pétrole, en gaz et en autres matières premières transitant par le Golfe (engrais, produits pétrochimiques, soufre, hélium) commence à peine à se faire sentir. Il faudra peut-être attendre le mois de mai pour qu'elle atteigne son paroxysme. Entre-temps, chaque jour de blocus du détroit ne fait qu'aggraver la crise.

Des pétroliers et des cargos sont alignés dans le détroit d'Ormuz, vus depuis Khor Fakkan, aux Émirats arabes unis, le mercredi 11 mars 2026. [AP Photo/Altaf Qadri]

Ce décalage entre les marchés financiers et physiques du pétrole a également été relevé par le New York Times vendredi matin dans un article intitulé « Le choc pétrolier est pire que vous ne le pensez », montrant les primes massives de 50 pour cent (en plus du prix au comptant financier) que les acheteurs paient pour mettre la main sur un véritable baril de pétrole.

Bien que les réserves stratégiques débloquées par l'AIE soient utiles, leur contribution est moindre qu'il n'y paraît. Au rythme actuel de la consommation mondiale, elles couvrent au total environ quatre jours de la demande mondiale, soit environ 20 jours de débit normal du détroit d'Ormuz. Près de la moitié de ces déblocages proviennent des Amériques, loin des marchés asiatiques qui en ont le plus besoin, et les réserves américaines ne peuvent être débloquées qu'à un débit d'environ quatre millions de barils par jour, ce qui représente des semaines de délai avant que le pétrole n'atteigne les marchés après autorisation. Comme le soulignent les analystes de Macquarie Capital : « Si cela paraît peu, c'est parce que c’est justement le cas.»

Même en tenant compte de toutes les contre-mesures (libérations stratégiques, déviations de pipelines, modifications de la production), le déficit net sur les marchés pétroliers mondiaux s'élève encore à environ 13 millions de barils par jour. C’est un manque à gagner de 13 pour cent de l'approvisionnement énergétique mondial.

La crise pourrait se faire sentir plus durement dans les secteurs du gaz naturel liquéfié et des produits pétrochimiques raffinés. Contrairement au pétrole, il n'existe pas de réserves stratégiques de GNL ni d'itinéraires alternatifs pour son acheminement hors du Golfe. Les méthaniers qui le transportent – d'immenses navires complexes valant des centaines de millions de dollars chacun – sont particulièrement réticents à traverser le détroit sans garantie de passage. De plus, il est impossible d'acheminer le gaz qatari par voie terrestre.

Géographiquement, 85 pour cent des combustibles fossiles quittant le Golfe sont destinés à l'Asie. C'est là que les dégâts seront les plus importants, notamment dans les pays importateurs les plus pauvres comme les Philippines, le Cambodge et la Thaïlande.

Pendant ce temps, l'administration Trump continue d'afficher une ignorance stupéfiante des mécanismes fondamentaux des marchés de l'énergie. « Les prix de l'énergie baissent […] vous n'êtes pas obligé de me croire, regardez le marché à terme », a déclaré Kevin Hassett, principal conseiller économique de la Maison-Blanche, à Fox News. Or, dans les conditions actuelles, une courbe des contrats à terme baissière – un phénomène appelé « déport » – est signe de panique. Les barils à court terme se négocient avec une prime considérable par rapport aux livraisons ultérieures, car les acheteurs cherchent désespérément à s'approvisionner physiquement.

Le 2 avril, le prix physique du Brent (pétrole brut dont la livraison est prévue dans les 10 à 30 jours suivants) a atteint 141 dollars le baril, selon S&P Global. Il s'agissait du niveau le plus élevé depuis la crise financière de 2008. Le même jour, le contrat à terme de juin a clôturé à 109 dollars. Cet écart de 32 dollars entre les prix sur papier et les prix physiques est exceptionnel. Depuis, cet écart a grimpé à près de 50 dollars, tout en continuant de fluctuer.

Amrita Sen, fondatrice d'Energy Aspects, a déclaré à CNBC que le marché à terme « donne presque une fausse impression de sécurité », masquant la réelle tension qui règne sur le marché physique du pétrole. Le diesel européen, carburant essentiel au transport mondial, a quant à lui atteint près de 200 dollars le baril.

Impact à long terme

Même si de nouvelles négociations parvenaient d'une manière ou d'une autre à un règlement complet et durable du conflit – un scénario véritablement illusoire –, les dommages déjà infligés continueraient de se répercuter sur l'économie mondiale pendant des années.

Selon Rystad Energy, les dégâts causés par la guerre aux trains de GNL, aux raffineries, aux terminaux pétroliers et aux installations de liquéfaction du gaz dans le Golfe ont déjà engendré une facture de réparation d'au moins 25 milliards de dollars, et ce montant ne cesse d'augmenter. Le cas le plus grave est celui de Ras Laffan, au Qatar, le plus grand complexe d'exportation de GNL au monde, où des frappes de missiles ont détruit deux trains de GNL, réduisant ainsi de 17 pour cent la capacité d'exportation. QatarEnergy a invoqué la force majeure. La remise en état complète pourrait prendre jusqu'à cinq ans, car les turbines géantes à remplacer ne sont fabriquées que par une poignée d'entreprises, qui affichaient dès le début 2026 des carnets de commandes s'étendant sur plusieurs années.

Cette photo, prise le 4 avril 2009, montre une usine de production de gaz à Ras Laffan, au Qatar. [AP Photo/Maneesh Bakshi]

Martin Kelly, analyste principal chez EOS Risk, a déclaré au Financial Times qu'il était «impossible» de résorber en deux semaines le retard accumulé de plus de 900 navires attendant de quitter le Golfe. Il a estimé que seulement 10 à 15 navires par jour pourraient traverser le détroit, contre environ 135 avant la guerre.

Pendant ce temps, le principal oléoduc est-ouest de l'Arabie saoudite, qui a joué un rôle crucial pour compenser en partie les pertes d'approvisionnement dues à la guerre, a été attaqué mercredi dernier. Bien que n'ayant pas subi de dommages permanents, cet incident illustre le risque de nouvelles attaques et perturbations à tout moment.

L'Iran a découvert un pouvoir considérable dans tout cela.

Un pays bombardé et étranglé joue simultanément le rôle de gardien du corridor énergétique le plus important au monde. Trump, quant à lui, semble n'avoir plus guère d'options, si ce n'est de mettre à exécution ses menaces hitlériennes de transformer l'Iran en un nouveau Gaza : affamer et mettre en danger des millions de personnes par la destruction systématique des centrales électriques, des réseaux d'aqueducs et des infrastructures énergétiques.

La destruction des infrastructures civiles iraniennes attiserait l'opposition à l'impérialisme américain à travers le monde. Elle entraînerait la mort de dizaines de milliers de personnes, directement et indirectement. Elle constituerait une attaque barbare contre l'une des plus anciennes civilisations du monde : un pays de plus de 90 millions d'habitants.

Pourtant, quelle autre option s’offre à Trump ?

L'Iran possède d'immenses réserves de pétrole et de gaz de haute qualité – les quatrièmes plus importantes réserves prouvées de pétrole et les deuxièmes plus importantes réserves prouvées de gaz au monde – toutes deux encore partiellement exploitées. En ce sens, il représente une véritable mine d'or potentielle pour l'impérialisme américain et ses alliés. Une grande partie de ce pétrole, ainsi que d'autres pétroles du Golfe, est acheminée vers l'est, en direction de la Chine et de l'Asie. Contrôler le détroit d'Ormuz, c'est contrôler non seulement le pétrole iranien, mais aussi l'ensemble de ces échanges. Cependant, en dehors d'une invasion terrestre massive et prolongée, il est loin d'être évident que les États-Unis pourraient s'emparer du détroit et le contrôler, sans parler des gisements de pétrole et de gaz eux-mêmes.

Un ouvrier travaille dans une raffinerie de gaz naturel du champ gazier de South Pars, à Asalouyeh, en Iran, sur la côte nord du golfe Persique. [AP Photo/Ebrahim Noroozi]

L'Iran n'a pas besoin d'un réseau électrique opérationnel pour menacer le détroit d'Ormuz. Il lui suffit de pouvoir déployer ne serait-ce que quelques vedettes rapides pour rendre ce point de passage stratégique pratiquement infranchissable pour la navigation commerciale. Aucun assureur ne couvrira les pétroliers et leurs cargaisons d'une valeur de plusieurs centaines de millions de dollars s'il existe un risque d’attaque.

Que révèle cette guerre sur l'état de l'impérialisme américain ?

La réponse la plus simple est que les États-Unis, en tentant de reprendre le contrôle de la principale région énergétique mondiale, sont en train de déstabiliser l'économie mondiale et de se nuire à eux-mêmes. Un choc énergétique durable de cette ampleur aura des répercussions considérables : sur le prix des engrais et des denrées alimentaires, sur les transports et la production industrielle mondiaux, et sur les chaînes d'approvisionnement en semi-conducteurs dépendantes des exportations d'hélium du Golfe. Les conditions d'une grave récession mondiale sont en train de se mettre en place, une récession qui pourrait avoir des conséquences encore plus profondes que les crises pétrolières des années 1970.

Partout, cette guerre rencontre l'opposition. Deux tiers des Américains interrogés souhaitent qu'elle prenne fin rapidement, même si cela implique de renoncer aux objectifs affichés par l'administration. Une large majorité s'oppose au déploiement de troupes au sol, et pourtant la Maison-Blanche refuse de l'exclure, la porte-parole Karoline Leavitt affirmant que Trump « n'exclut aucune possibilité ». Fin mars, le Service de conscription a soumis une proposition visant à inscrire automatiquement tous les hommes en âge de servir en vue d'une éventuelle conscription dès décembre.

La réponse de l'administration Trump a été de faire payer les Américains. Le 2 avril, lors d'un déjeuner privé pour Pâques, Trump a déclaré à ses invités qu'il lui était « impossible de s'occuper des garderies, de Medicaid, de Medicare – de toutes ces choses individuelles. Nous devons nous occuper d'une seule chose : la protection militaire. » Le lendemain, la Maison-Blanche a présenté le budget de la défense le plus important de l'histoire des États-Unis – 1 500 milliards de dollars, soit une augmentation de 44 pour cent – tout en proposant des coupes budgétaires de 73 milliards de dollars dans l'éducation, la santé, le logement et les services sociaux.

« Nous ne pouvons pas nous occuper des garderies… nous sommes en guerre », a déclaré Trump le 1er avril 2026 à la Maison-Blanche à Washington DC. [Photo: The White House]

La guerre exacerbe également les divisions au sein de l'ordre impérial dirigé par les États-Unis. Trump a exhorté ses alliés à « apprendre à se défendre eux-mêmes » et à « se débrouiller seuls avec leur pétrole ». Il a menacé de retirer l'aide à l'Ukraine si les États européens refusaient de participer au conflit. Les dirigeants européens demeurent, pour la plupart, des complices passifs, mais il serait erroné de sous-estimer le ressentiment croissant au sein de la classe dirigeante européenne, qui subit de plus en plus les conséquences de la politique américaine.

La crise accélère le réarmement européen et concrétise les ambitions longtemps latentes d'une politique de grande puissance européenne indépendante, qui aura des conséquences désastreuses pour la classe ouvrière européenne.

La Chine

Le principal bénéficiaire de cette situation est l'État chinois. Alors que les obligations souveraines des marchés développés ont fortement chuté, les obligations d'État chinoises sont devenues une valeur refuge mondiale, les émissions d'obligations en yuans étrangers ayant triplé en mars par rapport à l'année précédente pour atteindre des niveaux records.

Comme le WSWS l’a souligné, les importations de pétrole et de gaz naturel sont considérées comme l'une des principales vulnérabilités géopolitiques de la Chine. Pourtant, Pékin, consciente de cette vulnérabilité, a consacré des années à constituer la plus grande réserve stratégique de pétrole de l'histoire mondiale – estimée à 1,2 milliard de barils – qui lui offrira une protection considérable contre le choc, et potentiellement aussi à ses voisins.

Comme l'écrit John Calabrese de l'American University : « Pendant que l'Amérique est en guerre, l'Asie se tourne vers Pékin. » On peut le constater, par exemple, aux Philippines, où la crise renforce les factions pro-chinoises de l'élite dirigeante.

L'ironie est amère, car la logique stratégique de cette guerre visait précisément à restaurer l'hégémonie déclinante des États-Unis et à préparer un conflit avec la Chine. Il convient de noter que le réseau ferroviaire iranien, dont la principale liaison est avec la Chine, demeure une cible de bombardement prioritaire pour les États-Unis et Israël.

Mais au lieu de renforcer la position de Washington, la guerre a accéléré les conditions qui érodent la puissance impériale américaine.

C’est précisément pour cette raison que l’establishment politique démocrate s’oppose tactiquement à la politique étrangère de Trump – non pas à cause de la tuerie illégale de milliers de civils iraniens, qu’il serait tout à fait disposé à commettre lui-même si on lui en donnait l’occasion ; non pas parce qu’il rejette la volonté de subordonner l’Iran aux intérêts américains ; mais parce qu’il reconnaît dans l’approche de Trump une erreur tactique qui ruine leur stratégie.

L'administration s'est attaquée à ce problème avec l'intelligence d'un taureau, entourée d'une chambre d'écho nationaliste ultra-chrétienne de fascistes plus à leur place dans un asile que dans une fonction publique.

Mais les décisions désastreuses de Trump ne le rendent pas, ni l'impérialisme américain, moins dangereux ; elles aggravent la situation. Dans ce contexte, la tentative de l'aile gauche du Parti démocrate, notamment les Socialistes démocrates d'Amérique (DSA), de minimiser les menaces de Trump de détruire la civilisation iranienne en les qualifiant de simples « fanfaronnades » a pour effet de désarmer l'opposition à un moment crucial où l'opposition de la classe ouvrière à la guerre doit se renforcer.

Cette guerre n'est pas une simple erreur politique ni un incident isolé. Elle est l'aboutissement de décennies de politique américaine visant à dominer l'énergie du Golfe persique : une stratégie bipartisane qui s'étend du coup d'État de la CIA contre Mossadegh en 1953 à l'invasion de l'Irak et la destruction de la Libye, en passant par la perte du contrôle de l'Iran en 1979.

Mais, simultanément, il s'agit d'un front parmi d'autres dans une offensive stratégique plus vaste qui comprend la confrontation de l'OTAN avec la Russie au sujet de l'Ukraine, le génocide du peuple palestinien et, surtout, l'escalade des pressions économiques et militaires visant Pékin. Selon un employé d'UPS interrogé en janvier, « la Troisième Guerre mondiale se profile ». Au cœur de cette dynamique se trouve la volonté des États-Unis et de leurs alliés d'utiliser la violence pour enrayer leur déclin économique et politique qui s’accélère.

Avec Trump et ce fiasco, l'objectif est le même, mais le désespoir et la confusion avec lesquels il est mis en œuvre sont nouveaux.

Shakespeare avait les mots justes pour cela. Dans Henri VI, le futur Richard III, rongé par ses ambitions et ses intrigues, déclare :

Et moi, tel qu’un homme égaré dans un hallier épineux,
qui arrache les épines et que les épines déchirent,
cherchant un chemin et déviant du chemin,
ne sachant comment trouver l’éclaircie,
et tâchant désespérément de la trouver,
je me tourmente pour atteindre à la couronne d’Angleterre ;
mais je m’affranchirai de ce tourment,
dussé-je me frayer le chemin avec une hache sanglante !

En effet, la seule issue possible pour Trump dans cette situation est de se « frayer un chemin avec une hache sanglante ».

Et il ne s'agit pas d'un problème personnel ou psychologique. La folie de Trump est la folie historique du déclin de l'impérialisme américain.

Le seul véritable atout dont disposent les États-Unis pour enrayer leur déclin économique et la désintégration de l'ordre d'après-guerre réside dans leur puissance militaire démesurée. Mais comme le démontre la guerre contre l'Iran, cette puissance ne se traduit plus en force effective.

Cette guerre ne rétablira pas la domination américaine. La crise énergétique qui se profile aura des conséquences catastrophiques et de grande ampleur, menaçant avant tout les pays – les États-Unis en tête – englués dans la dette et une richesse fictive.

La guerre accélérera les processus politiques, économiques et sociaux qui conduisent à l'implosion de l'impérialisme américain, inaugurant une ère marquée non par la suprématie chinoise, mais par un ordre politique et économique en déliquescence, la menace constante de guerre et de crimes contre l'humanité et, avec tout cela, de profondes conséquences révolutionnaires pour la classe ouvrière partout dans le monde.

Mais ces conséquences ne parviendront pas à s’exprimer de manière progressiste d'elles-mêmes.

« Il ne suffit pas d'être consterné », a déclaré David North en réaction au discours de Trump du 1er avril.

L'horreur, livrée à elle-même, s'épuise en frustration impuissante ou en épisodes isolés de résistance individuelle. Ce qu'il faut, c'est le développement d'un mouvement socialiste ouvrier de masse, guidé par un programme socialiste internationaliste, imprégné d'une authentique moralité révolutionnaire et opposé en tous points à la dépravation de la classe dirigeante.

Nous exhortons tous les travailleurs et les jeunes qui s'opposent à l'offensive impérialiste en Iran à répondre à l'appel du Parti de l'égalité socialiste et à s'engager dans la lutte pour le socialisme et mettre un terme à la barbarie capitaliste.

(Article paru en anglais le 14 avril 2026)

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