Les États-Unis ont bombardé l’Iran pour la deuxième journée consécutive mercredi, l’armée américaine ayant annoncé avoir commencé à frapper « de multiples cibles » en Iran à 17h15, heure de l’Est des États-Unis. CBS News a rapporté mercredi que, selon deux responsables américains, les cibles comprenaient des dépôts de munitions, des centres de commandement et de contrôle ainsi que des entrepôts. Des médias iraniens ont fait état d’explosions à Bandar Abbas, Minab et Sirik, ainsi que sur les îles de Qeshm et de Kish, tout au long de la côte sud du pays.
Cette nouvelle attaque, présentée frauduleusement dans les médias comme de la «légitime défense », est un acte d’agression pure et simple contre un pays dont Washington et Israël ont assassiné le chef d’État, la marine américaine bloque les ports et les bombes américaines viennent de détruire l’eau potable. Après avoir échoué pendant plus de 100 jours à forcer la capitulation de l’Iran, l’administration du président américain Donald Trump tente de le contraindre par des bombardements à signer ce que Trump appelle une reddition « entièrement négociée ».
Le prétexte invoqué pour cette nouvelle attaque était la perte d’un hélicoptère Apache de l’armée américaine, qui s’est écrasé au large des côtes d’Oman lundi soir alors qu’il patrouillait dans le détroit d’Ormuz; les deux membres d’équipage ont été secourus. Trump a déclaré mardi que « les Iraniens ont abattu l’un de nos hélicoptères Apache hautement sophistiqués » et que les États-Unis « se doivent, par nécessité, de riposter à cette attaque ». Le New York Times a rapporté mardi qu'un responsable américain avait déclaré qu'un drone iranien Shahed avait percuté l'hélicoptère, tandis qu'Axios rapportait le même jour que les enquêteurs n'avaient pas déterminé si la frappe était délibérée.
Les avions de guerre américains ont commencé à frapper la côte sud de l’Iran mardi après-midi. La rédaction du Wall Street Journal a écrit mercredi que l’armée américaine avait touché 20 cibles de défense aérienne, et le New York Times rapporte que des responsables iraniens les avaient identifiées comme des systèmes de ce type à Bandar Abbas, des batteries de missiles sur l’île de Qeshm et des bases navales à Sirik et Jask. Les bombes ont détruit deux réservoirs d’eau dans la province de Hormozgan, a rapporté le Financial Times mercredi, laissant plus de 20.000 personnes à Kuhestak et dans 10 villages environnants sans eau potable par des températures de 45 à 50 degrés Celsius. « Plus de 20.000 résidents locaux, qui vivent dans les conditions climatiques les plus dures et par une chaleur extrême, ont perdu l’accès à l’eau potable», a déclaré Abdolhamid Hamzepour, le directeur de la compagnie provinciale des eaux.
Le Corps des Gardiens de la révolution islamique d’Iran a répliqué au cours de la nuit avec des drones et des missiles visant le quartier général de la Cinquième flotte américaine à Bahreïn, la base aérienne Ali Al Salem au Koweït et la base aérienne d’Azraq en Jordanie, revendiquant 21 attaques contre des bases américaines. Les autorités de ces trois pays ont déclaré que les projectiles avaient été interceptés. La même nuit, un avion de chasse américain a tiré dans la salle des machines du pétrolier Settebello, que l’armée accusait de forcer le blocus avec du pétrole iranien, tuant un marin et faisant deux autres disparus. L’Inde, dont les ressortissants constituaient l’équipage du navire, a convoqué le haut diplomate américain à New Delhi mercredi pour exprimer une « vive protestation ».
Trump a publié mercredi matin sur les réseaux sociaux que « Le tyran du Moyen-Orient est MORT !!! » et que l’Iran « devra payer le prix ». Dès le soir, les États-Unis bombardaient à nouveau, et le commandement militaire iranien annonçait la fermeture complète du détroit d’Hormuz, déclarant que tout navire tentant de passer essuierait des tirs.
Trump a annoncé l’escalade depuis le Bureau ovale mercredi matin. « Eh bien, nous allons les attaquer. Nous les attaquons très durement », a-t-il déclaré. Lorsqu’on lui a demandé s’il poursuivait les bombardements, il a répondu : « Ouais, eh bien, c’est le cas. À cause de l’hélicoptère, je suppose que nous avons le droit de faire ça. »
Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a déclaré à des journalistes à Tampa: « Si nous devons négocier avec des bombes, nous négocierons avec des bombes. Et nous sommes très doués pour ça. Personne n’est meilleur au monde. »
Cette nouvelle escalade témoigne de l'incapacité de Trump à atteindre le moindre de ses objectifs dans cette guerre. Plus tôt cette année, il a tenté de renverser le gouvernement iranien en soutenant les manifestations qui ont éclaté à travers le pays; son administration a fait passer clandestinement quelque 6 000 terminaux Starlink en Iran, comme l'a rapporté le Wall Street Journal en février, et a expédié des armes. «Nous avons envoyé des armes aux manifestants, en grande quantité», a déclaré Trump à Fox News en avril. Le 13 février, il a qualifié le changement de régime en Iran de « meilleure chose qui puisse arriver ».
Lorsque cette opération a échoué, les États-Unis et Israël sont passés à l’attaque. Le 28 février, ils ont assassiné le Guide suprême Ali Khamenei, le commandant des Gardiens de la révolution, le ministre de la Défense et d’autres hauts responsables. S’en est suivie une campagne de frappes aériennes visant à briser l’armée iranienne – interrompue par le cessez-le-feu nominal qui a pris effet le 8 avril – et un blocus naval des ports de l’Iran entré en vigueur le 13 avril.
Après 100 jours de guerre, le gouvernement de Téhéran, désormais dirigé par le fils de Khamenei, Mojtaba, est toujours debout. L’emprise de l’Iran sur le détroit d’Hormuz est intacte, et l’accord que Trump prétend « entièrement négocié » n’est toujours pas signé, l’Iran, selon ses propres termes, « faisant du surplace ». Trump est confronté à un désastre militaire, auquel il ne voit d’autre solution qu’une nouvelle escalade.
«Le problème, c’est que, d’après les prévisions des experts, la Bourse va chuter de manière spectaculaire, de l’ordre de 25 % », a-t-il déclaré mercredi à propos de sa décision de passer à l’attaque. « Et ça en valait la peine. Pour moi, ça en valait la peine. Pour éviter de recourir à l’arme nucléaire. Et puis, il y a aussi le fait que le prix du baril de pétrole grimperait à 250 dollars. »
Le Wall Street Journal a fait écho aux sentiments d’une partie importante de la classe dirigeante dans un éditorial publié mercredi soir sous le titre « Trump a besoin d’une nouvelle stratégie vis-à-vis de l’Iran ».
«Ce n’est pas trop dire que le président se trouve confronté à un choix similaire à celui auquel George W. Bush a dû faire face en Irak en 2006-2007», affirmait l'éditorial. «L'insurrection gagnait du terrain, et M. Bush devait soit changer de stratégie, soit accepter la défaite. Il a opté pour le renforcement des troupes et a mis fin à l'insurrection, ce qui a permis aux États-Unis de conserver leur influence en Irak et dans la région. »
L’éditorial proposait que Trump « se joigne à Israël dans une opération visant à saisir ou à détruire l’uranium enrichi de l’Iran » et utilise la puissance aérienne américaine «pour créer une zone de sécurité à l’intérieur de l’Iran pour les opposants au régime ». Il concluait : « Le choix du président est maintenant de modifier les faits sur le terrain ou de laisser le conflit dans une position pire que celle laissée par M. Bush en Irak. »
La guerre d’Irak est largement considérée, au sein même de l’establishment de la politique étrangère américaine, comme un revers désastreux pour l’impérialisme américain. Le fait que le Journal érige aujourd’hui la position de Bush en 2006 en modèle que Trump doit s’efforcer d’égaler témoigne de la profondeur de la crise à laquelle est confrontée la Maison-Blanche de Trump.
Dans ces conditions, les démocrates ont attaqué Trump pour son incapacité à garantir les objectifs de l’impérialisme américain au Moyen-Orient. Au début de la guerre, ils ont applaudi les assassinats. « L’Iran est un acteur malveillant et doit être affronté de manière agressive », avait déclaré le chef des démocrates à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, le 28 février. Le chef de la minorité au Sénat, Charles Schumer, avait déclaré au Sénat le 2 mars : « Je ne verserai pas une larme sur Ali Khamenei ».
Puis, des démocrates de premier plan ont déclaré que la guerre avait détérioré la situation de l’armée américaine. « Qu’il s’agisse d’un conflit dans le Pacifique occidental avec la Chine ou ailleurs dans le monde, les munitions sont épuisées », a déclaré le sénateur démocrate de l’Arizona, Mark Kelly, dans l’émission Face the Nation de CBS le 10 mai, avertissant que le réapprovisionnement des stocks prendrait des années. Le sénateur Jack Reed de Rhode Island, chef de file des démocrates à la Commission des forces armées, s’est plaint lors d’une audition en avril que Trump avait transféré « un groupe aéronaval, un groupe d’alerte amphibie, diverses capacités de défense antimissile et d’autres munitions » hors des théâtres d’opérations du Pacifique faisant face à la Chine et à la Corée.
Pendant ce temps, ce sont les travailleurs qui paient pour la guerre. Le Bureau of Labor Statistics a rapporté mercredi que les prix à la consommation avaient augmenté de 4,2 pour cent sur un an jusqu’en mai, le taux le plus élevé depuis 2023, contre 3,8 pour cent en avril. Les prix de l’énergie ont augmenté de 23,5 pour cent en 12 mois et l’essence de 40,5 pour cent. Interrogé sur ces chiffres à la Maison-Blanche, Trump a répondu : « Vous savez ce que j’aime vraiment ? J’aime l’inflation. »
La flambée des prix attise une extension de la lutte des classes. Environ 1 000 travailleurs de l'usine American Axle à Three Rivers, dans le Michigan, sont en grève depuis le 1er juin, la première grève dans cette usine depuis 2008. Les travailleurs de Nexteer à Saginaw ont rejeté trois conventions collectives successives, et 40 000 employés des transports publics de New York travaillent sous une convention collective arrivée à expiration. Ils font suite à la première grève de la Long Island Rail Road depuis 1994 et à une grève de 3 800 travailleurs de l'usine de viande bovine JBS à Greeley (Colorado), la première dans un abattoir américain depuis les années 1980.
Dans sa déclaration marquant les 100 jours de la guerre, publiée lundi, le World Socialist Web Site écrivait: « L’opposition à l’impérialisme exige de développer les luttes ouvrières aux États-Unis, en Europe et dans le monde entier – contre la guerre, l’austérité et la dictature – et en faire un mouvement politique conscient, armé d’un programme socialiste. Pour mettre fin à la guerre et à la barbarie il faut abolir le système capitaliste. »
