L'accord entre l'administration Trump et l'Iran, qui a suspendu la guerre de quatre mois, a commencé à s’affriter ce week-end, quatre jours après sa signature par le président américain Donald Trump à Versailles. Des figures importantes du Parti démocrate et du Parti républicain ont intensifié leurs critiques à son encontre, le qualifiant de capitulation face à l'Iran.
La première série de négociations visant à mettre en œuvre l'accord, qui devait s'ouvrir en Suisse vendredi, a été reportée après que l'Iran a retenu sa délégation en raison des bombardements israéliens continus au Liban. Le vice-président J.D. Vance, qui devait se rendre sur place, a reporté son voyage.
Les négociations ont repris dimanche au Bürgenstock Resort en Suisse. Vance a rejoint les envoyés Steve Witkoff et Jared Kushner face au ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, et au président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf.
Samedi, le commandement militaire iranien a annoncé la fermeture du détroit d'Ormuz. Il a accusé les États-Unis de ne pas respecter la première clause du mémorandum et Israël de refuser de se retirer du Sud-Liban.
L'armée américaine a nié que l'Iran contrôlait le détroit et a affirmé que le trafic maritime se poursuivait. Le secrétaire à l'Énergie, Chris Wright, a déclaré que 67 pétroliers avaient franchi le détroit samedi, contre 55 deux jours auparavant, avec des volumes de pétrole « à peu près équivalents à ceux d'avant la guerre ». Environ 20 millions de barils de pétrole transitent chaque jour par cette voie maritime.
Israël a poursuivi son offensive contre le Liban durant le week-end. Des frappes israéliennes ont fait 83 morts dans le Sud-Liban vendredi, selon le ministère libanais de la Santé, et plus d'une douzaine de morts dans la nuit de vendredi à samedi. Le Hezbollah a tiré plus de 50 roquettes sur les troupes israéliennes.
Dimanche, Trump a menacé de reprendre les bombardements sur l'Iran. « L'Iran doit immédiatement cesser de faire obstruction à ses MANDATAIRES grassement payés au Liban », a-t-il écrit sur Truth Social. « Sinon, nous frapperons l'Iran très durement à nouveau, comme la semaine dernière, mais encore plus fort ! » Il a déclaré à Fox News que l'Iran « n'aura plus de pays » s’il fermait le détroit.
Alors que l'accord était sur le point de s'effondrer, les émissions politiques du dimanche sont devenues une tribune pour les appels à l'escalade contre l'Iran au sein de l'establishment politique américain. Des figures démocrates de premier plan se sont jointes aux républicains dans une attaque belliqueuse contre l'accord de Trump, arguant dans les faits que la guerre devait reprendre.
Le sénateur démocrate Cory Booker du New Jersey, invité de l'émission « Meet the Press » sur NBC dimanche, a déclaré qu'il « ne soutenait pas cet accord qu'il a conclu et qui était une capitulation abjecte ». Il a déploré que « l'Iran bénéficie de milliards de dollars d'avantages » et que « l'argent et les ressources américains vont maintenant servir à reconstruire l'Iran ».
Susan Rice, conseillère à la sécurité nationale de Barack Obama, a qualifié l'accord de «capitulation stupéfiante et catastrophique » dimanche sur ABC, dans l'émission «This Week ». Elle a objecté qu'« aucun élément de cet accord n'exige le retrait des matières nucléaires, de la poussière, comme le président aime à l'appeler, d'Iran », et que l'Iran pourrait désormais utiliser le détroit « pour prendre en otage les États-Unis et l'économie mondiale à sa guise ».
Dans le même esprit, Mark Esper, ancien secrétaire à la Défense de Trump lors de son premier mandat, a déclaré dimanche à l'émission « Meet the Press » que l'accord constituait un « revers stratégique », avertissant que l'Iran avait trouvé « un instrument réutilisable, contrairement à une arme nucléaire, lui permettant de paralyser l'économie mondiale ». L'ancien gouverneur républicain du New Jersey, Chris Christie, a déclaré dans « This Week » que Trump était passé de « l'Amérique d'abord à l'Iran d'abord ».
Jeh Johnson, secrétaire à la Sécurité intérieure d'Obama, a déclaré dans « Meet the Press » que le nouveau pouvoir de l'Iran d'ouvrir et de fermer le détroit « est plus dangereux que toute perspective de développement futur d'une arme nucléaire ».
Esper avait dirigé le Pentagone sous Trump ; Rice et Johnson avaient dirigé le Conseil de sécurité nationale et le département de la Sécurité intérieure sous Obama.
La journaliste du New Yorker, Susan Glasser, a déclaré lors de l’émission « Meet the Press » que la question qui agitait Washington était de savoir « si les États-Unis eux-mêmes s’étaient livrés à une forme de capitulation sans condition ».
Les critiques, formulées tant par les démocrates que par les républicains, reprochaient à Trump de ne pas avoir réussi à briser l'Iran : il avait débloqué ses fonds gelés, laissé son uranium enrichi sur place et retiré les forces américaines du Golfe. Rice a introduit sa critique par ces mots : « Je m'oppose à cette guerre car c'était une guerre stupide », mais toutes les objections qui ont suivi partaient du principe que les combats auraient dû se terminer par un Iran désarmé et vaincu.
Booker a déclaré que l'alternative était un président qui n'aurait pas « renoncé à tous nos moyens de pression ».
Le même argument a été repris dans des publications proches du Parti démocrate. Thomas Friedman, chroniqueur au New York Times, écrivait vendredi dans une tribune que « cet accord a renforcé l'Iran et rendu tous ses voisins plus vulnérables aux caprices de Téhéran ».
Trump a signé l'accord dans un contexte de crise économique croissante, déclenchée par la guerre. La fermeture du détroit avait fait grimper en flèche les prix du pétrole et des biens de consommation, faisant craindre un effondrement des marchés ; l'accord était censé l’empêcher.
Les prix du pétrole ont chuté brutalement après la signature de l'accord. Mais après la nouvelle fermeture du détroit par l'Iran samedi, le prix du pétrole brut américain a dépassé les 78 dollars le baril, les négociants prévenant qu'une fermeture prolongée du Golfe le ferait remonter vers les 118 dollars atteints pendant la guerre.
L'unanimité des condamnations de l'accord au sein de l'establishment politique américain illustre le caractère bipartisan du soutien à la guerre mondiale. Les deux partis reprochent à Trump d'avoir interrompu le conflit avant la victoire et font pression pour qu’il soit relancé, sous des conditions plus sévères.
Tout accord – si tant est qu'un accord soit conclu – ne sera que le prélude à une nouvelle escalade militaire américaine, que ce soit contre l'Iran, le Moyen-Orient au sens large, ou la Russie et la Chine.
