Le samedi 12 septembre, des milliers de personnes ont défilé dans les rues de Berlin jusqu'au Rotes Rathaus (l'hôtel de ville) pour protester contre la marche à droite de la vie politique. Peu de temps auparavant, le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne ( AfD ) avait recueilli près de 44 pour cent des suffrages aux élections régionales de Saxe-Anhalt. À présent, à une semaine des élections du Land de Berlin, nombreux étaient ceux qui souhaitaient participer au scrutin afin d'envoyer un message contre la guerre, le fascisme et les inégalités sociales.
La «marche en étoile», partie de sept lieux différents, était organisée par une alliance de près de 100 organisations, comme le DGB de Berlin (Confédération allemande des syndicats), le syndicat du secteur tertiaire Verdi, le GEW (syndicat de l'éducation), Fridays for Future, l'Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW) et Omas gegen Rechts (Mamies contre la droite), plusieurs initiatives LGBTQ+ et de protection du climat, et bien d'autres encore. Des centaines de jeunes, beaucoup d'entre eux simplement de passage à Berlin, ont spontanément rejoint la manifestation le long de son parcours pour manifester contre l' AfD.
Les sept manifestations thématiques ont défilé sous le slogan «Il est temps que ça change» jusqu'au rassemblement de clôture devant le Rotes Rathaus. Selon les organisateurs, 32 000 personnes ont participé à ces marches; selon la police, 18 000 – chiffres qui semblent toutefois surestimés. Les journalistes du WSWS ont estimé qu'environ 10 000 personnes s'étaient rassemblées devant l'Hôtel de Ville pour la manifestation finale.
Nombreux étaient ceux qui brandissaient des pancartes faites à la main avec des slogans tels que «À bas les milliardaires», « Il est temps de faire grève » ou « Halte à la discrimination ». Lors de la marche « Participation sociale », un cortège entier de jeunes sages-femmes manifestait pour de meilleures conditions de travail et une meilleure rémunération dans le secteur de la maternité, tandis que d’autres participants protestaient contre la privatisation des services postaux, des chemins de fer et de toutes les entreprises publiques qui, comme l’a déclaré un jeune employé des postes au WSWS, «ne font qu’enrichir les actionnaires tout en dégradant et en renchérissant les services de base».
Nick, étudiant salarié et aspirant écrivain originaire de Nuremberg, qui avait rejoint spontanément la manifestation, a déclaré: « Nous devons nous concentrer sur la question sociale si nous voulons obtenir des résultats. Avec toute cette propagande médiatique sur les immigrés ou les autres minorités, les gens cherchent simplement des boucs émissaires, et nous allons bientôt nous retrouver dans la situation des années 1930 avec les nazis. Mais si l’on résout les problèmes sociaux, si l’on élimine les inégalités sociales, alors on pourrait vivre comme il faut».
Helena, en visite à Berlin avec un groupe de jeunes filles bavaroises, trouvait la ville «géniale» à cause de son caractère international. Elle s'est jointe spontanément à la marche contre l' AfD avec tout son groupe. « Il faut prouver que l' AfD ment », a-t-elle déclaré. « On a vu des affiches électorales de l'AfD ici, avec écrit dessus “Logements pour les Berlinois”, comme s'ils voulaient garantir un logement décent à tous les Berlinois. En réalité, ils veulent dire que les étrangers ne devraient avoir aucun logement. »
Erkan, un jeune Berlinois d'origine turque, a déclaré: « Tous les partis soutiennent la politique de guerre et le commerce des armes, comme le montre clairement l'exemple de Gaza. Mais si vous interrogez les gens ordinaires, personne n'est pour la guerre. »
Un informaticien colombien, venu en Allemagne avec trois amis sud-américains, a expliqué être arrivé avec sa famille pour se construire une vie meilleure et fuir les régimes dictatoriaux de son pays. Il se dit aujourd'hui consterné par la montée de l'extrême droite en Allemagne. «Ce sont les questions économiques qui font bouger les gens qui souffrent de précarité financière», a-t-il déclaré. Il a insisté sur l'importance de l'union internationale des travailleurs pour empêcher que les « solutions » simplistes et fallacieuses proposées par l’extrême-droite ne trouvent un écho.
Plusieurs équipes du Sozialistische Gleichheitspartei (Parti de l'égalité socialiste, SGP), qui présente ses propres candidats aux élections régionales de Berlin le 20 septembre, ont diffusé la déclaration « Comment arrêter le parti d’extrême droite Alternative pour l'Allemagne», l'ont discutée avec des centaines de participants et ont attiré leur attention sur le livre Pourquoi sont-ils de retour? Falsification historique, complot politique et le retour du fascisme en Allemagne .
Les membres du SGP ont insisté auprès des participants pour qu’ils s'engagent dans la campagne pour la libération de Bogdan Syrotiuk, le jeune trotskyste ukrainien que le régime de Zelensky a condamné à 15 ans de prison pour avoir milité contre la guerre et pour l'unité internationale des travailleurs et des jeunes russes et ukrainiens.
Nombre de ceux avec qui nos journalistes se sont entretenus s’inquiétaient danger de guerre et étaient choqués par la victoire électorale de l'AfD, et la plupart étaient d'accord avec la déclaration du tract du SGP: « L' AfD ne peut être arrêtée que par une offensive indépendante de la classe ouvrière dirigée contre la guerre, la casse sociale et leur cause sous-jacente, le capitalisme.»
Ava, une Berlinoise de 20 ans, a déclaré au WSWS: « Le capitalisme est le plus grand problème. C’est pourquoi les gens sont si mécontents, pourquoi la situation de tant gens est si mauvaise, pourquoi l’AfD peut devenir si forte et pourquoi notre société connaît tant de problèmes.» Ava a reconnu que le SPD, les Verts, la CDU et Die Linke avaient joué un rôle important dans la montée de l’AfD. «C’est vraiment problématique que ces partis aient repris tant d’arguments de la droite et refusent de prendre leurs distances d’avec l’AfD. Leur politique contribue précisément à ce que les gens soient mécontents», a-t-elle ajouté.
Noah, un élève de 16 ans qui manifestait contre l'AfD avec trois camarades de classe, a indiqué: « Nous parlons de l' AfD en classe, et nous allons aussi organiser une simulation d'élection. Lorsque j'ai rempli le Wahl-O-Mat [un outil de conseil électoral en ligne], mes réponses aux questions étaient très proches de celles de votre parti. Jusque-là, je n'avais jamais entendu parler du Sozialistische Gleichheitspartei. »
Les organisateurs de la « marche en étoile», dont beaucoup étaient issus de milieux proches du Parti social-démocrate berlinois (SPD), des Verts et de Die Linke (Parti de gauche), défendaient un programme tout autre. Dans leurs discours, ils ont insisté encore et encore sur «l’unité de tous les démocrates» et présenté les «partis démocratiques» comme un rempart contre l’ AfD .
En réalité, les partis au pouvoir au niveau national et des Lands ont eux-mêmes préparé le terrain à l'AfD avec leur politique antisociale et antidémocratique de coupes budgétaires et de guerre, et ils n'hésiteront pas à collaborer avec ce parti pour imposer les intérêts des oligarques au détriment des travailleurs. Il est impossible de stopper l'AfD à travers une alliance précisément des partis qui ont contribué à créer les conditions de son ascension. Une telle politique n’affaiblirait pas l' AfD, elle la renforcerait encore plus.
Les nombreuses fortes voix qui se sont élevées samedi à Berlin contre la guerre, les coupes budgétaires brutales, et en faveur d’une politique socialiste internationale, ont clairement montré que les conditions objectives d'une offensive ouvrière mûrissent rapidement. Ce qui manque, c'est une perspective et une direction socialistes indépendantes. Le tract distribué par le Sozialistisches Gleichheitspartei, qui se présente aux élections du Land de Berlin le 20 septembre pour défendre précisément cette perspective, affirme que le SGP «ne lance pas d’appels creux aux bellicistes, il organise la résistance aux licenciements, aux baisses de salaires et aux coupes sociales». Il poursuit ainsi:
Il défend les droits des migrants et des réfugiés, lutte pour l'expropriation des grands trusts et des grandes fortunes, et pour une réorganisation de l'économie selon les besoins de la société au lieu des intérêts et des profits des trusts. Avec ses partis frères du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI), il construit un mouvement mondial contre la guerre et le capitalisme.
C’est avec cette perspective qu’on peut vaincre l’AfD. Cela exige une lutte contre tous les partis capitalistes qui soutiennent la politique de guerre et ouvrent la voie aux fascistes.
