Perspective

Trump menace d’«anéantir» l’Iran: la criminalisation de la politique étrangère impérialiste

Le président Donald Trump s’adresse à l’Assemblée générale des Nations unies, le mardi 22 septembre 2026, au siège de l’ONU. [AP Photo/Julia Demaree Nikhinson]

Le président américain Donald Trump a déclaré mardi devant l’Assemblée générale des Nations unies qu’il était en train de décider s’il allait « anéantir la République islamique » d’Iran et « la précipiter en enfer sans aucune chance de survie ».

«Est-ce que j’anéantis la République islamique, et vite, sans jamais plus lui laisser la possibilité de tuer et de détruire des gens et des pays?» s’est interrogé le président américain.

Le langage meurtrier de Trump marque un nouveau stade dans la criminalisation de la politique étrangère impérialiste alors qu’on assiste à l’éruption d’une guerre à l’échelle mondiale. Il est sans précédent dans la politique moderne, si l’on excepte le langage du régime d’Adolf Hitler, qui a lancé une guerre d’anéantissement [Vernichtungskrieg] contre l’Union soviétique.

À la différence de Trump, toutefois, Hitler n’a pas annoncé publiquement sa guerre d’extermination. Il en a donné l’ordre en privé, à ses généraux. Le 30 mars 1941, lors d’une réunion à huis clos avec quelque 200 officiers supérieurs, il leur a déclaré que l’invasion à venir serait un Vernichtungskampf, «un combat d’extermination», selon le journal de son chef d’état-major de l’armée de terre, Franz Halder.

L’extermination de la population iranienne, qui résiste à la tentative de Trump de soumettre le pays par la guerre, est en fait activement discutée à la Maison-Blanche. Le journaliste Seymour Hersh a rapporté le 10 juin que Trump avait évoqué, lors d’une réunion secrète avec ses principaux collaborateurs, l’emploi de l’arme nucléaire contre l’Iran, un pays de 93 millions d’habitants.

Selon le ministère iranien de la Santé, la guerre d’agression criminelle menée par Trump contre l’Iran avait au 10 juin fait au moins 3 468 morts et plus de 26 500 blessés. La semaine dernière, une mission d’établissement des faits de l’ONU a conclu qu’il existait « des motifs raisonnables de croire que les États-Unis ont commis des crimes de guerre », citant la frappe de missile américaine du 28 février contre une école primaire de Minab, qui a fait plus de 150 morts, dont 120 enfants.

La guerre contre l’Iran n’est qu’une composante de l’offensive américano-israélienne dans tout le Moyen-Orient, dont la manifestation la plus extrême est le génocide de Gaza, qui a fait 73 919 morts palestiniens selon le ministère de la Santé de Gaza.

La menace contre l’Iran était l’un des éléments de toute une série. Trump s’est vanté que l’armée américaine avait pénétré « jusqu’au cœur de la capitale vénézuélienne » et « arrêté » Maduro, avec pour récompense « le plus gros accord pétrolier de l’histoire »: 65 milliards de barils. « Au vainqueur le butin », a clamé Trump. Cuba était «un État totalement défaillant […] et il va tomber». Le Groenland devait passer sous le « contrôle permanent » des États-Unis, avec deux «très grandes bases militaires».

Pendant son discours, seules les délégations de l’Iran et de Cuba – dont Trump menaçait de renverser le gouvernement – ont quitté la salle en signe de protestation. Les représentants des puissances impérialistes européennes, en dépit de tous leurs discours incessants sur la démocratie et les droits de l’homme, sont restés assis bras croisés. Khalilur Rahman, le ministre bangladais des Affaires étrangères qui préside l’Assemblée, a remercié le président américain.

La Charte des Nations unies a été signée à San Francisco le 26 juin 1945, sept semaines après la capitulation de l’Allemagne nazie, pour « préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances ».

Son article 2 fait obligation à tous les membres de « s’abstenir, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force […] contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État ». Le discours de Trump constituait précisément une telle menace, proférée dans l’édifice même construit pour la proscrire, par le dirigeant d’un État engagé depuis près de sept mois dans une guerre d’agression illégale. Ce discours pourrait à lui seul donner lieu à des poursuites pour violation du droit international.

C’est le président français Emmanuel Macron qui a fourni mardi le contrepoint européen à Trump, en évoquant « le retour de l’impérialisme, de l’arrogance, le retour à la force sans règle ni retenue […] un monde où quelques-uns pensent qu'on peut battre en brèche l'ordre international pour élargir ses frontières ».

Il a ajouté: «La réalité est là …. l'industrialisation des crimes de guerre, des violations du droit et de la destruction des infrastructures civiles …».

Mais si certains commentateurs y ont vu une critique voilée de Trump, il n’a jamais nommé le président américain. Son discours était au contraire une dénonciation appuyée et explicite de la Russie, et une déclaration d’intention de continuer, aux côtés de Trump, à financer et à armer l’Ukraine.

Macron a déclaré: «la Russie poursuit une guerre cruelle contre les civils et occupe le territoire d'un pays souverain. La France continuera d'apporter un soutien sans faille à l’Ukraine» dans sa guerre contre la Russie.

Pour Macron, la réponse appropriée à l’« impérialisme » et aux « crimes de guerre » de la Russie consiste, pour les puissances impérialistes européennes, à intensifier leur guerre contre elle. Macron ne s’est pas donné la peine de concilier son affirmation que la guerre contre la Russie était une guerre pour la démocratie avec le fait que Trump, son allié dans cette guerre, venait de menacer d’exterminer la population de tout un pays.

En 1920, Lénine qualifiait la Société des Nations, l’ancêtre de l’ONU, de « ligue de chiens enragés qui s’arrachent les os les uns aux autres ». La formule a peut-être aujourd’hui quelque chose d’un peu désuet. L’Assemblée générale de l’ONU de 2026 est un centre actif de planification de la guerre.

Après avoir rencontré le président ukrainien Volodymyr Zelensky le même jour, Macron a annoncé un contrat de fourniture de radars et de missiles de défense anti-aérienne à l’Ukraine, a rapporté mardi le Kyiv Independent. Trump, de son côté, a lui aussi rencontré Zelensky mardi et confirmé que la fabrication de missiles de défense anti-aérienne Patriot en Ukraine était en discussion.

Au début de la rencontre Trump-Zelensky, un journaliste britannique a déclaré à Trump: « beaucoup de gens au Royaume-Uni sont très inquiets de la petite musique que font entendre les dirigeants britanniques et d’autres dirigeants européens sur l’inévitabilité d’un conflit direct avec la Russie», avant de lui demander: « Pouvez-vous empêcher que cela arrive?» Trump a refusé de donner une réponse sérieuse.

En réalité, les menaces à glacer le sang proférées par Trump contre l’Iran, et le fait qu’elles n’aient suscité aucune protestation sérieuse chez les dirigeants des puissances impérialistes, montrent à quel point la guerre mondiale et son corollaire, l’extermination de populations entières, sont désormais banalisés par le capitalisme mondial.

Les démocrates ne sont pas une alternative à ce bellicisme. Tout juste quelques jours avant, ils ont donné à Trump un chèque en blanc pour intensifier la guerre, non seulement contre la Russie, mais aussi contre l’Iran. Le 16 septembre, 58 démocrates de la Chambre des députés ont voté en faveur du Lindsey O. Graham Sanctioning Russia and Iran Act (loi Lindsey O. Graham sur les sanctions contre la Russie et l’Iran), qui autorise le président à taxer à des taux pouvant atteindre 100 pour cent les importations en provenance de Chine, d’Inde et des autres principaux acheteurs de pétrole russe, et qui prolonge de cinq ans les sanctions visant les secteurs iraniens de l’énergie et de l’armement. Au Sénat, 36 des 45 démocrates avaient voté pour le 7 août.

Le chef de la minorité à la Chambre, Hakeem Jeffries, a voté contre au motif que le texte n’allait, selon lui, pas assez loin contre la Russie: « Il faut affronter la brute, pas chercher à l’apaiser. » Une majorité démocrate au Congrès après le 3 novembre mènerait la guerre plus loin et plus vite.

La veille de son discours, Trump a rencontré à Gracie Mansion le maire de New York Zohran Mamdani, membre des Democratic Socialists of America (DSA). Mamdani n’a pas dit un mot de la guerre et a déclaré aux journalistes: « Nous apprécions l’engagement du président envers la ville. »

Trump a ouvert son discours de l’ONU en vantant « l’âge d’or de l’Amérique » et en déclarant: «Le monde entier est tiré vers le haut par la richesse, la force, l’esprit et l’élan d’États-Unis d’Amérique revigorés et très puissants. »

En réalité, Trump préside à un ordre social et un système politique qui pourrissent sur pied – ce que Trotsky, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, qualifiait d’« agonie du capitalisme ». Cette même crise engendre son contraire: la montée de l’opposition sociale, les manifestations de masse et la lutte des classes à l’échelle mondiale.

L’opposition au bellicisme criminel de Trump ne viendra ni des puissances impérialistes européennes, ni des démocrates et de leurs complices des DSA. Elle viendra de la classe ouvrière internationale, armée du programme du socialisme international.

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