Le silence des agneaux : les DSA et la pseudo-gauche passent sous silence la rencontre de Mamdani avec Trump et le sommet de Sanders sur l’IA avec Bannon

(À gauche) le sénateur Bernie Sanders, indépendant du Vermont, (à droite) le maire de New York Zohran Mamdani [AP Photo/Mark Schiefelbein/Heather Khalifa]

En l’espace d’une semaine, ce mois-ci, deux des figures les plus en vue du « socialisme démocratique » américain sont apparues aux côtés de fascistes notoires aux États-Unis.

Le 15 septembre, le sénateur Bernie Sanders a pris la parole à l’« Assemblée pro-humaine » de Washington, un événement consacré à l’IA organisé par le Future of Life Institute, qui entretient des relations avec l’extrême droite. Sanders est intervenu juste avant Steve Bannon, le conseiller fasciste de Donald Trump, qui a saisi l’occasion pour se livrer à une diatribe anti-chinoise virulente.

Six jours après l’assemblée, le 21 septembre, le maire de New York Zohran Mamdani, membre des DSA, a invité Donald Trump à Gracie Mansion, leur troisième rencontre depuis novembre. Les deux hommes ont tenu une conférence de presse conjointe sur la pelouse de la résidence du maire, où Trump a donné une tape amicale à Mamdani, tandis que le maire présentait Trump comme un allié politique dans l’amélioration des conditions de vie des New-Yorkais.

Les deux événements ont été largement relayés par les médias de l’establishment, qui les ont présentés comme l’expression d’un rapprochement soi-disant « improbable » entre opposés politiques. Les diverses publications liées aux DSA et aux organisations qui gravitent autour d’eux, en revanche, n’ont rien dit.

La photo de Jacobin sans la légende

Jacobin, le magazine le plus en vue lié aux DSA, a publié trois articles sur l’IA la semaine de l’assemblée, mais aucun sur l’assemblée elle-même. L’article principal, signé Leigh Phillips le 17 septembre, deux jours plus tard, apportait son soutien à un projet de loi présenté par Sanders et à ce que Phillips décrivait comme « le développement pro-humain et prudent de l’IA que Bernie Sanders et d’autres préconisent ».

L’article ne mentionne pas l’Assemblée pro-humaine à laquelle Sanders a pris la parole, ni le fait que les « autres » auxquels il s’associe comptent parmi eux Bannon, le stratège fasciste de l’« America First » ; le représentant Chip Roy, du Freedom Caucus ; la sénatrice du Tennessee Marsha Blackburn ; et Amy Kremer, la conspiratrice du coup d’État du 6 janvier. La coalition « pro-humaine » que soutient Jacobin est, dans sa composition réelle, un bloc entre l’aile Sanders-DSA du Parti démocrate et l’extrême droite, unies autour d’un programme de contrôle de la technologie au nom de la sécurité nationale et d’hostilité envers la Chine.

La photographie accompagnant l’article de Phillips, créditée à Getty Images, montre Sanders prenant la parole à l’Assemblée pro-humaine le 15 septembre – c’est-à-dire précisément à l’événement que l’article ne nomme pas, sur la même scène que Bannon occuperait quelques minutes plus tard. Jacobin a publié la photo mais pas sa légende originale, qui précise que Sanders « a rejoint l’ancien stratège en chef de la Maison-Blanche Steve Bannon » lors de l’événement.

Sur la rencontre Trump-Mamdani, Jacobin a publié le 23 septembre un article de Liza Featherstone louant la « Commission sur l’efficacité gouvernementale » du maire et ses propos, cette semaine-là, devant un sommet de maires. La visite de Trump à Gracie Mansion, deux jours plus tôt, n’y figure pas. C’est le même magazine qui, après la première rencontre dans le Bureau ovale en novembre, avait publié une série d’articles saluant la gestion de Trump par Mamdani comme un coup de maître politique.

The Nation de Sunkara rogne Trump

Jacobin avait supprimé une légende. The Nation, dont Bhaskar Sunkara – fondateur et éditeur de Jacobin – est le président depuis 2022, est allé plus loin encore. Le 23 septembre, The Nation a publié « Zohran Mamdani reçoit le monde entier », un article de Prajwal Bhat relatant les rencontres du maire pendant la semaine de l’Assemblée générale de l’ONU.

Bhat relate les rencontres de Mamdani avec les maires d’Helsinki, de Barcelone, de Rome et de Mexico, avec le Brésilien Lula, avec le premier ministre de Norvège et avec une délégation du parti allemand Die Linke, et conclut que ces échanges « ont placé Mamdani au centre de la gauche internationale ».

Toutes les rencontres de la semaine sont consignées, sauf une : celle avec Trump.

Trump n’apparaît pas non plus dans la photographie, bien qu’il s’y trouvait. L’image publiée par The Nation est créditée à Chip Somodevilla, de Getty Images. La légende de Getty pour ce cliché décrit Trump et Mamdani tenant une conférence de presse conjointe après leur rencontre. Dans l’original, Trump se tient tout juste derrière Mamdani tandis que le maire s’exprime au pupitre.

The Nation a recadré le cliché pour n’y laisser que Mamdani, le légendant comme une conférence de presse « après une rencontre avec Donald Trump ». La légende originale de Getty se lit comme suit :

Le président américain Donald Trump (à g.) et le maire de New York Zohran Mamdani tiennent une conférence de presse conjointe après une rencontre à Gracie Mansion, le 21 septembre 2026, à New York. Les échanges ont semblé cordiaux, les deux hommes discutant de manière informelle avant de s’approcher du pupitre pour la conférence, selon les observations rapportées par la presse.

La licence de Getty autorise le recadrage des photographies « à condition que l’intégrité éditoriale du contenu ne soit pas compromise ». Aux lecteurs de juger si le fait d’effacer le président d’une photo de conférence de presse conjointe répond à ce critère.

En 1938, alors que The Nation défendait les procès de Moscou et que son correspondant à Moscou, Louis Fischer, servait d’agent littéraire à Staline et à Vychinski, Trotsky écrivait à propos de ses rédacteurs : « Ainsi, ces gens qui vivent de demi-vérités – c’est-à-dire de la pire forme de fausseté – sont devenus un véritable frein de la pensée vraiment progressiste, c’est-à-dire révolutionnaire. » Deux ans plus tard, en des termes plus acérés encore, il évoquait l’ « infâme race de reptiles de The Nation ».

Le régime stalinien, que The Nation excusait alors, avait porté à la perfection l’art de faire disparaître des photographies les hommes gênants. Quatre-vingt-huit ans plus tard, c’est le magazine lui-même qui manie les ciseaux, produisant ses « demi-vérités » sous la forme de demi-photographies.

Les DSA et leur périphérie

Le reste du milieu de la pseudo-gauche est également resté silencieux.

Democratic Left, la publication officielle des DSA, publie plusieurs fois par semaine. Durant la période considérée, elle a publié « Out of the Bunker » (15 septembre), « Hold Your Nose And Vote » (18 septembre) et un article sur les élections berlinoises. Elle n’a rien publié sur Sanders et Bannon, ni sur Mamdani et Trump. L’organisation dont le membre le plus célèbre est le maire de New York n’a aucun commentaire à faire sur le fait que le maire de New York reçoive le président.

Left Voice, la publication américaine de la tendance moréniste, a publié le 16 septembre un article sur la démission d’un chercheur d’Anthropic et sur le danger d’une extinction provoquée par l’IA. Rédigé le lendemain de l’assemblée, il ne mentionne ni Sanders, ni Bannon, ni l’événement. En novembre 2025, à la veille de la première rencontre Trump-Mamdani, Left Voice avait publié « Les DSA doivent rompre avec le Parti démocrate », plaidant que les DSA devaient être poussés vers la gauche. Dix mois plus tard, alors que le maire des DSA reçoit Trump pour la troisième fois, la publication n’est pas revenue sur le sujet.

International Viewpoint, le magazine anglophone des pablistes, couvre les États-Unis à travers la chronique régulière de Dan La Botz, membre des DSA et corédacteur de New Politics. Sa dernière chronique en date, datée du 13 septembre et publiée le 21, jour de la rencontre à Gracie Mansion, avertit que l’IA « pourrait tous nous tuer d’ici une décennie » et que le Congrès « n’a pris aucune mesure ». Elle ne mentionne ni le fait que Sanders venait d’apparaître aux côtés de Bannon, ni que le maire des DSA recevait ce jour-là le président.

Les précédents articles d’International Viewpoint ont fait la promotion de Mamdani, sous des titres tels que « Comment les socialistes peuvent-ils diriger les villes – Mamdani va-t-il nous montrer la voie ? » (janvier) et « Mamdani fait avancer son programme, aide à faire élire des candidats des DSA au Congrès » (juin).

Socialist Alternative, qui avait réagi en une journée à la première rencontre Trump-Mamdani et qui, en juillet, exigeait que Mamdani « chasse » Netanyahou, n’a rien publié sur la troisième rencontre ni sur Sanders et Bannon. Tempest, la publication d’anciens membres de l’International Socialist Organization, qui avait salué la rencontre de novembre par « Le combat de Mamdani est notre combat », n’a rien publié depuis le 10 septembre.

Tout aussi silencieux sur les deux rencontres sont les divers organes des tendances internes des DSA – The Call (Bread & Roses), Cosmonaut (Marxist Unity Group), Reform & Revolution – ainsi que Solidarity et Against the Current ; Spectre ; Liberation News, du Party for Socialism and Liberation ; et Workers World. In These Times a publié le texte intégral du discours de Sanders à l’événement « pro-humain » sans publier quoi que ce soit sur l’événement lui-même, ni sur les personnes présentes.

Ces organisations diffèrent par leur histoire et par la manière dont elles se définissent elles-mêmes, mais elles partagent une même orientation politique. Toutes, qu’elles soient membres des DSA, des tendances internes à ceux-ci ou des courants « critiques » opérant à leur périphérie, ont défini leur politique depuis une décennie par l’effort de construire les DSA et, à travers eux, le Parti démocrate.

Depuis dix ans, les DSA et les publications qui gravitent autour d’eux justifient leur travail au sein du Parti démocrate comme la construction d’une opposition à la droite. Ce qui a été démontré ce mois-ci, c’est que l’aile Sanders du parti est entrée dans un bloc avec Bannon, tandis que l’élu le plus célèbre des DSA est engagé dans un partenariat politique avec Donald Trump.

Ce rapprochement avec l’extrême droite n’est pas une déviation de la politique des DSA, mais son aboutissement, et la pseudo-gauche ne peut en rendre compte, car elle ne peut l’expliquer sans se démasquer elle-même.

Qui tacet consentire videtur : qui ne dit mot consent.

Loading