En Allemagne, le syndicat IG Metall lie les salaires à la rentabilité des trusts et prépare de nouvelles baisses des salaires pour les ouvriers de l'automobile.

Journée d'action d’IG Metall le 21 septembre chez Bosch, Stuttgart

Face à la flambée des prix à la consommation en Allemagne, le syndicat IG Metall entend contribuer à mettre en œuvre de baisses massives des salaires réels dans les secteurs de la métallurgie et de l'électronique. Les négociations contractuelles débutent le 7 octobre et concernent environ 3,7 millions de salariés, dont près de 750 000 travaillent dans le secteur automobile.

Le syndicat « revendique » des primes exceptionnelles uniquement pour les travailleurs d'entreprises très rentables, comme les fabricants d'armes, divisant ainsi la main-d'œuvre afin de pouvoir mener des attaques massives contre les travailleurs de l'automobile.

IG Metall a annoncé ses revendications salariales pour cette année, soit une augmentation de 5 pour cent sur un an. Ceci est basé sur les décisions des comités de négociation des différents districts. Le comité de négociation d'IG Metall chez Volkswagen a formulé la même revendication lors des négociations collectives au niveau de l’entreprise, qui ne concerne actuellement qu'environ 100 000 salariés permanents.

Lors des dernières négociations en 2024, le syndicat avait exigé une augmentation de 7 pour cent assortie d'un contrat de 12 mois. Il a finalement obtenu une augmentation en deux étapes de 5,1 pour cent sur 25 mois.

Le taux d'inflation en Allemagne s'élève actuellement à 2,9 pour cent et devrait encore augmenter l'année prochaine. Les coûts de l'énergie, qui pèsent particulièrement lourd sur les travailleurs, sont en forte hausse.

La justification des propositions d'IG Metall montre clairement qu'elle ne représente pas les intérêts de ses membres, ni d’aucun salarié, mais ceux des grands trusts.

Nadine Boguslawski, membre du directoire d'IG Metall chargée des négociations collectives, a déclaré que la situation financière de deux tiers des entreprises était « bonne ou très bonne » et qu'elle continuerait d'évoluer ainsi dans un avenir proche. Parallèlement, a-t-elle indiqué, IG Metall constatait une demande faible, voire très faible, dans « un tiers des entreprises, notamment dans l'industrie automobile et la construction mécanique ». IG Metall souhaitait remédier à cette situation.

«Pour certains salariés, la priorité est de préserver leur emploi », a déclaré Daniel Friedrich, directeur régional d'IG Metall pour le district ‘Küste’ [Lands du Nord] au Süddeutsche Zeitung il y a environ quatre semaines. « D'autres, en revanche, estiment que notre entreprise est très prospère et qu'ils veulent aussi en profiter. Nous avons besoin d'un accord salarial qui soit équitable pour tous.»

Avec Knut Giesler, directeur d'IG Metall en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, il a souligné qu'il existait déjà « un mécanisme automatique de réduction des salaires lorsqu'une entreprise rencontre des difficultés ».

Giesler et Friedrich évoquent la possibilité pour une entreprise dont la marge opérationnelle est inférieure à 2,3 pour cent de bloquer le versement annuel du T-Geld (une prime de transition versée aux salariés accepté par IG Metall dans les industries en transition vers une production neutre en carbone), équivalant à 18,4 pour cent du salaire mensuel. Selon les deux responsables, cet instrument pourrait également être utilisé dans l'autre sens: les entreprises performantes devraient verser une prime plus élevée. « Il serait envisageable d'augmenter le T-Geld si une entreprise atteint un certain seuil de marge opérationnelle », explique Giesler.

Cela renverse le principe « à travail égal, salaire égal ». Les niveaux de rémunération sont directement liés aux profits de l'entreprise. Si les profits sont élevés, les salaires réels stagnent. En revanche, si les profits sont faibles, les salaires sont drastiquement réduits, pour un travail identique, voire plus intense.

Les réductions de salaires imposées à des millions de personnes sont présentées comme une mesure de « préservation de l’emploi » dans les secteurs de l’automobile et de la mécanique. Selon IG Metall, les travailleurs des industries aérospatiale, des technologies énergétiques et de l’armement se verront refiler des aides ponctuelles supplémentaires, calculées sur la base de faibles salaires permanents, et uniquement si les entreprises sont « prospères ».

Grâce à ce mécanisme, l'appareil d'IG Metall, fort de ses milliers de responsables, se prépare à contribuer à intensifier l'attaque contre l'emploi et les salaires.

Dès 2024, le PDG du groupe VW, Oliver Blume, IG Metall et le comité d'entreprise ont négocié ce qu'on a appelé le « miracle de Noël ». Dans le cadre de cet accord, ils ont sacrifié 35 000 emplois – 5 000 de plus que ce qu'avait exigé le groupe – et ont accepté des réductions de salaires allant jusqu'à 20 pour cent.

Les constructeurs automobiles exigent à présent la suppression de dizaines de milliers d'emplois supplémentaires. Début septembre, le conseil de surveillance de Volkswagen a décidé à l'unanimité, avec le soutien d'IG Metall, de supprimer 50 000 postes supplémentaires. Mercedes a également annoncé la fermeture de deux usines, en plus des 20 000 suppressions de postes déjà prévues. Le PDG de Mercedes, Ola Källenius, réclame la suppression de la semaine de 35 heures et cinq heures supplémentaires non payées.

Outre les 50 000 suppressions de postes chez VW, Audi et Porsche, au moins 20 000 emplois sont menacés chez Mercedes, 8 000 chez BMW, 4 000 chez Ford et 650 chez Opel. Il ne s’agit là que des plans déjà établis. Chez les équipementiers, la situation est encore plus dramatique. Des PME ferment leurs portes ou réduisent leurs effectifs quotidiennement. Les grands groupes prévoient la suppression de dizaines de milliers d’emplois: Bosch (22 000), ZF (14 000), Schaeffler (4 000), Continental (3 700) et Mahle (1 000).

Et à chaque occasion, ce sont IG Metall et ses délégués dans les comité d’entreprises qui imposent les coupes budgétaires. Les directions syndicales et leurs appareils sont depuis longtemps passés de l’autre côté de la barricade. Leur trahison envers les syndiqués et les salariés est sans limites. Cela est particulièrement frappant chez Volkswagen.

Le conseil de surveillance de VW a approuvé les nouvelles réductions d'effectifs lors d'une réunion secrète tenue dans la nuit, sans aucune consultation avec ceux concernés. Les soi-disant représentants du personnel autour de la présidente d'IG Metall Benner et de la présidente du comité d'entreprise Daniela Cavallo, détiennent la majorité au sein du conseil de surveillance, aux côtés du gouvernement régional de Basse-Saxe, dirigé par le Parti social-démocrate (SPD). Ils auraient donc pu bloquer ces mesures. Au lieu de cela, ils les ont approuvées à l'unanimité.

Alors que Benner et Cavallo trahissent froidement les employés, elles défendent avec acharnement leurs propres privilèges. Lors d'un webinaire hebdomadaire économique en ligne, Wirtschaftswoche a analysé les détails de la nomination de Benner et Cavallo et a indiqué que les suppressions d'emplois n'avaient pas été le point crucial du conflit. Ce sujet avait été réglé relativement rapidement.

Les « points litigieux », disaient-elles, concernaient plutôt la « mise à mal de la marque VW » et le « vidage de sa substance de la loi Volkswagen ». Cette loi de 1960 confère au Land de Basse-Saxe une minorité de blocage au sein de VW et exige une majorité des deux tiers au conseil de surveillance pour ouvrir ou fermer des usines. En pratique, cela donne aux représentants syndicaux et aux comités d'entreprise, de concert avec le gouvernement du Land, un droit de veto sur les décisions clés. C'est le cœur même de ce qu'on appelle la « cogestion », une forme légalisée de corruption des responsables syndicaux.

La bureaucratie syndicale perçoit l'évolution économique du même point de vue que le gouvernement et les grandes entreprises. Tous s'accordent sur la nécessité de réduire drastiquement les coûts au détriment des travailleurs. Ces derniers doivent payer le réarmement, la guerre et la hausse des profits de leurs emplois, de leurs salaires et de leurs pensions de retraite.

Dans une tribune publiée fin juin dans le quotidien économique Handelsblatt, Christiane Benner, présidente d'IG Metall, et Michael Vassiliadis, président du syndicat des mines, de la chimie et de l'énergie IG BCE, accompagnés du représentant des employeurs Peter Leibinger, ont affirmé: « Les associations industrielles et les syndicats sont prêts ensemble à mettre en œuvre un programme pour une Allemagne équipée pour l’avenir, un programme qui réduise les coûts, y compris ceux imputables à l'État, et augmente le volume de travail et la productivité. »

Dans le même temps, Benner et Vassiliadis tiennent le même discours que le chancelier Friedrich Merz (Union chrétienne-démocrate, CDU) et le vice-chancelier Lars Klingbeil (SPD), qui réduisent drastiquement les budgets des retraites, de la santé, des soins de longue durée et de la sécurité sociale. « Nous devons vouloir et obtenir davantage !», écrivent-ils avec Leibinger. Les partis, les organisations patronales, les syndicats et les ONG doivent mettre de côté leurs intérêts particuliers – « pour le bien de notre pays ».

Partout dans le monde, les travailleurs ont montré par le passé qu'ils étaient prêts à lutter contre les attaques sur les services sociaux. Mais l'appareil syndical réagit en se ralliant encore plus étroitement aux grand patronat et au gouvernement.

Journée d'action IG Metall le 21 septembre chez Mercedes, à Düsseldorf. La banderole proclame: « Ne touchez pas à nos emplois ! »

Cela a été également manifeste lundi lors de la « Journée d'action » d'IG Metall dans l'industrie automobile. Aucune grève n'a été organisée. IG Metall a bien plutôt mis en place de nombreux rassemblements peu suivis lors des changements d'équipe, principalement à l'intérieur des usines et à l'abri du public. Dans certains cas, comme chez Ford à Cologne, la manifestation a duré moins de cinq minutes et s'est résumée à une séance photo.

Aux côtés de Cavallo, la présidente d'IG Metall, Benner, a profité de la « Journée d'action » organisée à l'usine principale de Volkswagen à Wolfsburg pour exiger des droits de douane plus élevés sur les produits chinois, davantage de subventions européennes pour les constructeurs automobiles et le maintien des départs à la retraite progressifs, que le gouvernement allemand veut abolir. Elle a également appelé à intensifier la guerre commerciale contre la Chine.

Cet appareil syndical est profondément hostile à la classe ouvrière ; les travailleurs doivent le combattre et le remplacer par leurs propres organes de lutte. Il est impossible de faire pression sur lui « de l’intérieur » ou de le « pousser vers la gauche ». Toute tentative de « réforme » engendre frustration et démoralisation et, en fin de compte, renforce l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), parti d’extrême droite.

La solution réside dans la mise en place de comités d'action indépendants composés de membres de la base, élus par les travailleurs eux-mêmes, responsables devant les employés et indépendants des responsables syndicaux permanents et des seigneurs des comités d'entreprise.

Dans une déclaration distribuée lundi aux portes de l'usine, le Comité d'action de Volkswagen a proposé un programme de lutte pour la défense des emplois et des salaires. Toute production d'armement doit être rejetée; les travailleurs doivent décider eux-mêmes de ce qui est produit et comment. Au nationalisme d’IG Metall, le Comité oppose l'unité internationale de la classe ouvrière.

Tous ceux qui souhaitent sérieusement défendre leur emploi et leur salaire devraient nous contacter via WhatsApp au +49 163 3378340 ou via le formulaire situé sous l’article en allemand disponible ici :https://www.wsws.org/de/articles/2026/09/23/fcta-s23.html

(Article paru en anglais le 25 septembre 2026)

Loading