Halte à la conscription en Allemagne! Halte à la guerre en Ukraine! Libérez Bogdan Syrotiuk!

«Nous ne sommes PAS de la chair à canon!» Grève des jeunes à Essen contre la conscription le 5 décembre 2025

Vendredi, les écoliers et lycéens de plus d'une centaine de villes allemandes ont fait grève pour la quatrième fois contre la conscription. Ces dernières semaines ont montré l'importance cruciale de ce combat, alors que l'Allemagne intensifie sa guerre contre la Russie à un rythme sans précédent. La conscription est instaurée pour que nous, les jeunes, servions de chair à canon dans ce conflit.

Le gouvernement allemand met en œuvre le plus important programme de réarmement depuis la Seconde Guerre mondiale. La Bundeswehr est appelée à devenir l'armée la plus puissante d'Europe. L'OTAN a accepté de porter ses dépenses de défense à 5 pour cent du PIB d'ici 2035. Berlin maintient en permanence une brigade blindée en Lituanie, près des frontières de la Russie et de la Biélorussie.

Les armes utilisées par Kiev sont financées, développées conjointement et souvent fournies directement par l'OTAN. En étroite coopération avec le gouvernement allemand et les autres puissances de l'OTAN, l'Ukraine mène des attaques en profondeur sur le territoire russe, visant les installations énergétiques et les infrastructures, ainsi que des bâtiments résidentiels. Il y a quelques jours à peine, lors des élections à la Douma russe, Moscou a été la cible de la plus importante attaque de drones jusque là. La Russie, de son côté, intensifie ses attaques contre l'Ukraine. Dans les deux camps, ce sont les travailleurs qui en paient le prix.

Il faut le dire clairement: l'Allemagne est, de fait, à nouveau en guerre avec la Russie.

Des frappes de représailles russes ne sont pas seulement acceptées comme un risque, mais délibérément provoquées. Chaque incident sert de prétexte à une intervention toujours plus directe de l'OTAN. Début août, sans présenter de preuves tangibles, le gouvernement allemand a accusé Moscou d'être à l'origine d'un drone découvert près de l'aéroport de Leipzig. Il a immédiatement intensifié sa propagande pour rallier la population à sa politique de guerre. Les consulats et institutions culturelles russes ont été fermés, rompant ainsi des liens diplomatiques et culturels tissés sur des décennies.

Le gouvernement veut absolument et à toute allure recruter la chair à canon dont il a besoin pour cette guerre. Selon son propre calendrier, les examens médicaux de conscription ne devaient débuter dans tout le pays qu'en juillet 2027. Or, plus de 1 000 hommes jeunes de Kiel et Flensbourg ont déjà été convoqués alors que beaucoup avaient clairement indiqué sur leur formulaire d'inscription qu'ils ne souhaitaient pas s'engager dans l'armée. L'un d'eux a même été averti par téléphone que la police viendrait le convoquer s'il refusait à nouveau de se présenter. Parallèlement, le ministre de la Défense Boris Pistorius (Parti social-démocrate, SPD), a annoncé que les soldats seraient contraints de servir dans la brigade lituanienne afin qu'elle soit opérationnelle d'ici la fin de 2027.

Cela montre bien la gravité de la question du service militaire obligatoire. Il ne s'agit pas simplement de passer un an en caserne. Nous allons être enrôlés de force dans la Bundeswehr – si nécessaire, contre notre volonté – et stationnés sur le front de l'Est où le gouvernement est à présent en train de déclencher une guerre ouverte.

Les travailleurs et les jeunes paient doublement le prix de cette guerre: de leur vie au front et à travers la hausse des prix, la dégradation des écoles, le manque de financement des universités et des hôpitaux, ainsi que les coupes budgétaires dans les activités de jeunesse et les aides sociales. Les centaines de milliards d’euros dépensés en chars et en drones sont introuvables là où ils sont nécessaires. Réarmement veut dire casse sociale.

De quoi s'agit-il dans cette guerre ?

Si l’on en croit le gouvernement et ses porte-voix médiatiques, le réarmement est nécessaire pour défendre la « démocratie » et la « liberté » contre la menace russe. Mais c’est là un mensonge de propagande.

La guerre en Ukraine n'est pas une question de défense, mais d’intérêts économiques et géopolitiques du capital allemand: il s’agit d'accès aux matières premières et à la main-d'œuvre en Russie et en Ukraine, d’énormes profits pour l'industrie de l'armement, et du contrôle et de l'assujettissement de la Russie et de toute l'ancienne Union soviétique.

L'invasion de l'Ukraine par le régime de Poutine était réactionnaire et doit être condamnée. Mais c’était la réaction de l'oligarchie russe à des décennies d'expansion de l'OTAN vers l'est, par laquelle le pays a été systématiquement encerclé.

Au XXe siècle, l'impérialisme allemand a déjà envoyé deux fois ses armées vers l'est. Dans la Seconde Guerre mondiale, Hitler a mené une guerre d'extermination barbare contre l'Union soviétique, où au moins 27 millions de citoyens soviétiques ont perdu la vie et les Juifs d'Europe ont été systématiquement assassinés. Aujourd'hui, plus de 80 ans après la défaite du régime nazi, Berlin renoue avec cette tradition. Et il le fait en collaboration avec un régime ukrainien qui vénère les collaborateurs nazis de l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) et de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) comme des « héros nationaux » et intègre des forces fascistes à l'État et à l'armée. Il ne s'agit pas là d'un hasard, mais d'une politique délibérée.

La guerre a déjà coûté la vie à des centaines de milliers de jeunes des deux camps. En Ukraine, des escadrons armés des services de recrutement sillonnent les rues et arrêtent les hommes pour les envoyer au front. Quelque deux millions d'Ukrainiens fuient la conscription et au moins 200 000 soldats ont déserté. Des manifestations spontanées contre le recrutement forcé éclatent régulièrement. Le gouvernement allemand apporte ici un soutien actif à Kiev. Le ministre des Affaires étrangères, Wadephul, veut transmettre à Kiev les données concernant les réfugiés ukrainiens en âge de servir et vivant en Allemagne, et les faire expulser rapidement.

Le cas de Bogdan Syrotiuk

Ce qui règne en Ukraine n’est pas une démocratie mais une dictature. Le cas du socialiste ukrainien Bogdan Syrotiuk le prouve. Le 10 août, il a été condamné par un tribunal ukrainien à 15 ans de prison, non pour un crime quelconque mais pour avoir écrit des articles contre la guerre et le fascisme. Le tribunal a également ordonné la destruction de ses livres et documents socialistes.

Bogdan est un opposant au régime de Poutine et à l'invasion russe, tout comme il s'oppose aux bellicistes de l'OTAN et au régime de Zelensky. Dans ses articles, il a dénoncé la glorification en Ukraine de collaborateurs nazis comme Stepan Bandera. La Jeune Garde bolchevique-léniniste, organisation de jeunesse trotskyste qu'il a fondée, a appelé à l'unité des travailleurs russes et ukrainiens contre leurs gouvernements respectifs. On l’a pour cela condamné à 15 ans de prison. Compte tenu de son état de santé fragile et des conditions catastrophiques des prisons ukrainiennes, cela revient à une condamnation à mort.

La persécution de Bogdan n'est pas un cas isolé. Depuis le coup d'État du Maïdan en 2014, l'Ukraine a interdit les partis de gauche, aucune élection n'a lieu, les grèves sont interdites et les médias critiques comme le World Socialist Web Site sont bloqués. Le gouvernement allemand et les grands médias font le silence sur tout cela, et sur la persécution de Bogdan également, alors même que son a été admis par la Cour européenne des droits de l'homme.

Seuls les travailleurs et les jeunes peuvent conquérir la liberté de Bogdan. Son combat est le nôtre: c’est précisément dans cette même guerre qu'il combat que nous devons être sacrifiés – et ici aussi la répression contre ceux qui sont contre cette guerre devient de plus en plus féroce.

Pourquoi le Parti de gauche et l' AfD ne sont pas des alternatives

La colère suscitée par la guerre et la politique d'austérité du gouvernement allemand est immense, comme l'ont démontré les récentes élections des Lands. Mais ce sont deux partis qui sont eux-mêmes des partis bellicistes qui en ont bénéficié: le Parti de gauche (Die Linke) et le parti d’extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD).

Le Parti de gauche, vainqueur des élections à Berlin, a un discours de gauche pour ses mesures de droite. Son prédécesseur, le PDS, a aidé à réintroduire le capitalisme en Allemagne de l'Est après 1990 et a par la suite coupé les dépenses sociales à Berlin et en Thuringe. Malgré sa phraséologie pacifiste, le Parti de gauche a voté au Sénat [Chambre haute] en faveur du réarmement à coup de milliards d'euros de la Bundeswehr et a soutenu la confrontation de l'OTAN avec la Russie. Ce n’est pas un parti antiguerre mais un parti de l'impérialisme allemand déguisé en parti de gauche. Si le Parti de gauche accède au pouvoir au Sénat de Berlin [ici, l’exécutif du Land], il mettra en œuvre la même politique d'austérité qu'il a dénoncée pendant la campagne électorale. Il ouvrira par là la voie à l'extrême droite.

L' AfD, devenu le premier parti en Saxe-Anhalt et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, n'est ni un « parti de la paix » ni une alternative « émanant de la base », mais le représentant le plus virulent de la politique de guerre et de dictature de l'oligarchie financière. Il a été le premier à réclamer une augmentation des dépenses militaires à 5 pour cent du PIB et veut un renforcement massif de l'appareil d'État. Il fait des réfugiés les boucs émissaires de la catastrophe sociale et divise la classe ouvrière par son agitation nationaliste. L'AfD a été systématiquement promue et développée par le gouvernement, les médias et l'appareil d'État afin de canaliser l'opposition à la guerre et aux coupes sociales vers des impasses droitières et la réprimer brutalement.

Et les syndicats? Dans la lutte pour les salaires et l’emploi, ils prennent le parti des trusts. Début septembre, dans le dos des salariés, IG Metall a accepté la suppression de 75 000 emplois chez Volkswagen. Quatre usines sont menacées de fermeture. La Confédération allemande des syndicats (DGB) et ses syndicats affiliés répriment toute forme de résistance à la guerre et aux coupes budgétaires, poussant ainsi les travailleurs dans les bras de l’AfD.

C’est pourquoi la classe ouvrière a besoin de son propre parti, un parti qui rompe avec tous les partis bourgeois et défende un programme indépendant et révolutionnaire. C’est ce que nous défendons au sein de l’International Youth and Students for Social Equality (IYSSE, Jeunes et Etudiants internationaux pour l’égalité sociale), l’organisation de jeunesse du Sozialistische Gleichheitspartei (Parti de l'égalité socialiste, SGP).

Quelle perspective dans la lutte contre la guerre ?

L'Ukraine n'est pas un théâtre de guerre isolé mais fait partie d’une guerre mondiale en pleine escalade qui s'étend au Moyen-Orient depuis le génocide de Gaza jusqu’à la guerre contre l'Iran. Les profondes contradictions du capitalisme mondial poussent une fois de plus toutes les puissances impérialistes vers un violent partage du monde. C'est une course aux ressources, à l'influence et aux profits, menée sur le dos des travailleurs.

Cette guerre mondiale et l'introduction du service militaire obligatoire ne pourront être stoppées que par un mouvement international de la classe ouvrière luttant pour le renversement du capitalisme. Telle est la perspective socialiste que défend Bogdan. Les travailleurs et les jeunes de tous les pays doivent rejeter le nationalisme et s'unir dans la lutte contre leurs propres gouvernements, au lieu d’aller en guerre les uns contre les autres. « Seul l'internationalisme, et non le nationalisme bourgeois ou petit-bourgeois, peut mettre fin à la pauvreté, à l'oppression et à l'injustice», a déclaré Bogdan lors du discours qu’il a prononcé à l'occasion du 1er mai 2023.

Nos alliés ne se trouvent pas au parlement mais dans les usines, les écoles et les universités – en Allemagne, en Russie, en Ukraine et partout dans le monde.

Il n'y a pas de temps à perdre. Rejoignez le combat pour le socialisme !

Soutenez la campagne pour la libération de Bogdan Syrotiuk !

Rejoignez l'IYSSE!

(Article paru en anglais le 26 septembre 2026)

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