Des élections russes sous l’ombre de la vague de COVID-19

Les élections russes à la Douma d'État (parlement) le week-end dernier se sont déroulées sous l’ombre d’une montée rapide du COVID-19 et d’une aggravation de la crise sociale. En raison de la pandémie, l'élection s'est déroulée sur trois jours, du vendredi au dimanche, et il était possible de voter en ligne.

Le président russe Vladimir Poutine lors de son émission annuelle en direct à Moscou, en Russie, le mercredi 30 juin 2021. (Sergei Savostyanov, Spoutnik, Kremlin Pool Photo via AP)

Le parti au pouvoir Russie unie, étroitement associé au président Vladimir Poutine, a remporté près de 50 pour cent (contre 54 % en 2016) des voix. Cela donnera au parti une majorité des deux tiers au parlement. Le Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF) a su tirer parti dans une certaine mesure du mécontentement social et politique croissant et a obtenu environ un cinquième des voix exprimées.

De nombreuses informations ont fait état de fraudes électorales et les employés d'entreprises publiques, y compris de nombreux travailleurs industriels, ont été contraints de voter. Malgré ces mesures, cependant, le taux de participation n'a été que de 52 pour cent, signe d'une hostilité populaire croissante envers tous les partis politiques établis.

Le KPRF a déjà déclaré qu'il ne reconnaîtrait pas le résultat du vote en ligne. Les bulletins de vote en ligne n'ont été comptés que lundi, et ils ont fait basculer le vote de manière significative en faveur de Russie unie.

A l'approche des élections, le Kremlin a fortement réprimé l'opposition libérale rassemblée autour d’Alexei Navalny. Navalny, soutenu par l'impérialisme américain et allemand, a été arrêté au début de cette année et condamné à plus de deux ans de prison.

Deux semaines avant les élections, la Russie a convoqué l'ambassadeur américain en raison d’une prétendue « ingérence électorale ». Le Kremlin a indiqué qu'il disposait de « preuves irréfutables » que des entreprises technologiques basées aux États-Unis avaient violé les lois russes à l'approche des élections, sans préciser les allégations ou fournir de preuves.

Navalny et son équipe ont appelé, sur la base de la stratégie dite du « vote intelligent », les gens à voter pour tout candidat le plus susceptible de vaincre un rival issu de Russie unie.

Dans de nombreuses circonscriptions, cela signifiait que l'équipe de Navalny recommandait les candidats du KPRF stalinien. Le KPRF est tristement célèbre pour son chauvinisme anti-immigré et grand-russe et, à ce jour, défend et loue fermement les pires crimes de Joseph Staline. Suivant la ligne de Navalny, les pablistes du Mouvement socialiste russe ont également soutenu les candidats du KPRF.

Outre Russie unie et le KPRF, trois autres partis seront également représentés au parlement. Le Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR), d'extrême droite, dirigé par l'antisémite et chauvin Vladimir Zhirinovsky, et le Parti Russie juste ont tous deux obtenu environ 7,5 pour cent des voix. Le parti Novye Liudi (Nouveau peuple), qui n'a été créé que récemment par Alexei Nechaev, PDG d'une entreprise de cosmétiques, a obtenu un peu plus de 5 pour cent. Le LDPR, ainsi que Russie juste et le KPRF, ont fonctionné pendant plus de deux décennies comme une « opposition loyale » au régime de Poutine, travaillant à canaliser le mécontentement social et politique vers la droite.

Le marché boursier russe a atteint un niveau record vendredi au début des élections, alors même que les cas et les décès de COVID-19 ont augmenté et que l'économie reste embourbée dans la crise.

L'élection a été marquée par un silence médiatique presque complet sur les problèmes sociaux brûlants affectant la classe ouvrière, surtout la pandémie de COVID-19. Plusieurs partis, dont Russie unie, ont signé un accord avec le Kremlin, obligeant leurs candidats à ne faire aucune déclaration sur la pandémie.

Le nombre de cas a de nouveau monté en flèche au cours du week-end électoral, atteignant un nombre quotidien de plus de 20 000 samedi et dimanche. A Moscou, qui affiche les niveaux de vaccination les plus élevés du pays, les chiffres ont également augmenté une fois de plus pour dépasser les 2 000 par jour.

La résurgence de la pandémie survient alors qu'une quatrième vague qui a brutalement frappé la population du pays au cours de l'été vient à peine de se terminer. Au moins 790 personnes décèdent chaque jour depuis des semaines maintenant ; fin août le bilan quotidien était de 820 décès. Rien qu'en juillet, jusqu'à présent le mois le plus meurtrier de la pandémie pour la Russie, plus de 50 000 personnes sont officiellement décédées du COVID-19.

Sur fond d'hésitation généralisée à l'égard des vaccins, seuls 27 pour cent de la population de 140 millions d'habitants sont complètement vaccinés et seulement 30 pour cent ont reçu au moins une dose. Presque toutes les restrictions sanitaires ont été levées dans tout le pays. Le Kremlin a laissé aux régions le soin de mettre en œuvre des mesures limitées sur une base locale et ad hoc.

Le principal moteur de la nouvelle augmentation des infections est la réouverture des écoles et universités le 1er septembre. Depuis lors, des centaines de classes et d'écoles ont été fermées à travers le pays en raison d'épidémies parmi les étudiants et le personnel.

La semaine dernière, 80 classes dans 58 écoles ont été fermées dans la seule région de Novossibirsk. Selon la vice-ministre de la Santé de la région, Yelena Aksenova, les cas ont augmenté de 46,2 pour cent dont près de 60 pour cent parmi les enfants. Avant même la réouverture des écoles, les autorités russes ont reconnu qu'un demi-million d'enfants avaient contracté le virus au cours de l'année et demie précédente.

Les responsables russes ont également indiqué que le variant Mu du virus, également connue sous le sigle de B.1.621, a maintenant été détecté dans le pays, sans fournir de chiffres sur son étendue. L'OMS a récemment désigné le variant Mu comme un « variant d'intérêt », qui pourrait être plus résistant aux vaccins.

La Russie a désormais enregistré un total de plus de 7,214 millions de cas et 195 835 décès. Le nombre réel de décès, cependant, serait beaucoup plus élevé, par un facteur de cinq. Cela porterait le véritable nombre de morts à près d'un million de personnes. L'une des principales raisons du nombre élevé de décès, outre l'absence totale de mesures sanitaires adéquates et les faibles taux de vaccination, est l'état catastrophique du système de santé russe. Trente ans après la dissolution stalinienne de l'Union soviétique et la restauration du capitalisme, les hôpitaux du pays sont complètement vétustes, sous-équipés et en sous-effectif.

Les inégalités sociales, qui ont augmenté, et la détérioration du niveau de vie étaient les principales préoccupations des Russes avant les élections, selon les sondages. Les salaires réels en Russie ont baissé pendant des années, le premier trimestre 2021 ayant enregistré la plus forte baisse trimestrielle des salaires réels (5%) depuis 2009. Alors que la pandémie et la crise économique ont entraîné des pertes de revenus pour la grande majorité des Russes, le nombre de milliardaires russes est passé de 99 à 117 en 2020, et leur fortune collective a considérablement augmenté, passant de 385 milliards de dollars à 584 milliards de dollars, selon Forbes.

Les partis qui ont concouru aux élections sont pratiquement tous dirigés par cette même classe de multimilliardaires et de millionnaires. Andrei Gorokhov, l'un des principaux candidats de Russie unie, aurait un revenu de 256,8 millions de dollars, Andrey Kovalev, membre éminent de Russie juste, aurait un revenu de 91,6 millions de dollars, et Alexei Nechaev, le fondateur et chef du parti Nouveau peuple, un revenu de 60,1 millions de dollars. En revanche, le salaire mensuel moyen en Russie n'est que de 802 dollars, et des millions de personnes ont un revenu largement inférieur.

Signe de l'énorme crise sociale que traverse le pays, lundi, un étudiant souffrant de troubles mentaux de l'Université de Perm a tué au moins six personnes et en a blessé 28 autres. Le tireur a été blessé par la police et serait désormais hospitalisé dans un état critique. Un peu plus tôt cette année, en mai, un jeune de 19 ans a abattu neuf personnes (article en anglais) dans son ancienne école à Kazan, dont sept enfants.

(Article paru en anglais le 21 septembre 2021)

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