Omicron et la politique meurtrière de la CAQ poussent les hôpitaux québécois au bord du gouffre

Le Québec, la deuxième province la plus populeuse du Canada, est frappé de plein fouet par une autre vague de COVID-19, liée au nouveau variant Omicron hautement contagieux. Jour après jour, la province enregistre des niveaux d’infection et d’hospitalisations jamais vus depuis le début de la pandémie. Le système de santé submergé et à court de personnel est au bord de l’effondrement.

Malgré la situation critique, le gouvernement de droite de la CAQ (Coalition Avenir Québec), dirigé par lemultimillionnaire et ancien PDG d’Air Transat François Legault, refuse de prendre les mesures de santé publique nécessaires pour endiguer cette vague meurtrière de COVID-19.

Vague Omicron au Québec: les origines

Le 15 novembre, alors que le Québec enregistrait 509 nouveaux cas du coronavirus, le gouvernement a levé les dernières mesures qui restaient pour mitiger la pandémie. Il a ainsi permis aux restaurants d’opérer à pleine capacité et rouvert les discothèques et les karaokés.

Sans surprise, cette décision a provoqué une remontée lente mais constante des infections. Un peu moins de deux semaines plus tard, le 27 novembre, le Québec déclarait 1171 nouveaux cas de COVID-19.

À la fin novembre, Omicron, tout d’abord détecté en Afrique du Sud, a commencé à se répandre à travers le monde. Le 29 novembre, le Québec a rapporté un premier cas.

Malgré les avertissements de nombreux experts sur les dangers de la conjonction de la vague hivernale en cours et de la propagation d’Omicron, Legault, tout comme ses homologues des autres provinces et du gouvernement fédéral, n’a pris aucune mesure pour se préparer au tsunami annoncé d’infections et d’hospitalisations.

La situation actuelle: infections de masse et hôpitaux débordés

La situation pandémique au Québec est aujourd’hui catastrophique. Le 17 décembre dernier, la province a enregistré 3.768 nouveaux cas de COVID-19, dépassant de plus de 500 cas le record précédent établi durant le pic de la deuxième vague en janvier 2021. Ce nombre n’a depuis cessé d’augmenter, franchissant 5.000 nouveaux cas le 21 décembre, puis 10.000 cas le 24 décembre et 15.000 cas le 31 décembre. Depuis, le nombre quotidien se maintient entre 14.000 et 17.000. Dans une province comptant environ 8,5 millions d’habitants, ces chiffres sont effarants – d’autant plus qu’ils ne reflètent pas toute l’ampleur du choc pandémique, le gouvernement ayant restreint l’accès aux tests de dépistage.

L’Hôpital de la Cité-de-la-Santé de Laval, au nord de Montréal, est l’un des nombreux hôpitaux de la province à avoir déclaré une éclosion de COVID-19, après que quatre patients partageant la même chambre dans un département de gériatrie ont été contaminés. (Source: Wikimedia Commons)

Dans la foulée de cette vague d’infections de masse, les hospitalisations ont aussi atteint des niveaux records. Alors que le nombre de cas augmentait de 223% entre le 1er et le 16 décembre, avant même que le plein effet d’Omicron ne se fasse sentir, Legault et son ministre de la santé Christian Dubé n’ont pris aucune mesure pour ralentir la propagation sous prétexte que le nombre d’hospitalisations, le seul indicateur fiable de l’état de la pandémie selon eux, n’augmentait pas. Comme les experts se tuent à le répéter depuis 2 ans, le nombre d’hospitalisations est un indicateur qui suit l’augmentation des cas d’environ 2 à 3 semaines. Cette réalité scientifique n’a pas manqué de s’imposer face aux idioties réactionnaires de Legault et Dubé.

Le 16 décembre, 305 personnes étaient hospitalisées en raison de la COVID-19, dont 63 aux soins intensifs. Ces chiffres ont augmenté de façon fulgurante pour franchir les 500 hospitalisations le 27 décembre, 1.000 le 31 décembre, 1.500 le 4 janvier et finalement 2.000 le 7 janvier. Au moment de rédiger ces lignes [8 janvier], 2.296 personnes sont hospitalisées en raison de la COVID-19 au Québec, dont 245 aux soins intensifs. L’hospitalisation des enfants, en particulier, a augmenté de façon significative alors qu’Omicron semble affecter plus sérieusement les jeunes que les souches précédentes du virus. Un bébé de 2 mois est décédé tragiquement de la COVID le 16 décembre à l’hôpital Sainte-Justine de Montréal.

Le nombre extraordinaire d’hospitalisations et la propagation du virus parmi le personnel soignant ont complètement submergé le système de santé. Environ 11.600 travailleurs infectés étaient absents du réseau, malade ou en isolement, en date du 4 janvier.

Dans un geste désespéré et dangereux, le gouvernement de la CAQ a annoncé le 28 décembre que les travailleurs de la santé qui sont atteints de la COVID devront continuer à travailler s’ils ne présentent pas de symptômes. Des établissements ont également annoncé qu’ils auraient recours de nouveau aux décrets d’urgence adoptés en 2020 pour suspendre les vacances et les congés du personnel de la santé, une décision très mal reçue par ces travailleurs épuisés.

Le 4 janvier, trois régions du Québec sont passées au niveau 4 du plan pandémique de délestage, soit l’abandon de soins médicaux essentiels pour des maladies autres que la COVID. D’autres régions suivront cette semaine puisqu’un peu partout au Québec le niveau 3 du plan de délestage, qui prévoit l’annulation de 50% des chirurgies, n’a pas suffi à libérer suffisamment de lits et de personnel pour soigner les patients atteints de la COVID. Au niveau 4, ce sont 80% des chirurgies qui seront annulées. De plus, certaines salles d’urgence seront fermées et des rendez-vous «semi-urgents» pour des patients traités pour le cancer ou d’autres maladies graves seront reportés.

Il ne fait aucun doute que ces mesures mèneront à des décès qui, bien qu’ils ne seront pas ajoutés au bilan de la COVID, seront entièrement attribuables à la pandémie et à la gestion désastreuse du gouvernement Legault.

Finalement, malgré la propagande poussée sans relâche par les grands médias que le variant Omicron est «bénin» et qu’il est peu susceptible d’entrainer des symptômes graves ou la mort, les décès sont en forte augmentation au Québec. Au moins 20 personnes sont mortes quotidiennement de la COVID-19 depuis le 4 janvier et 44 personnes en sont mortes le 8 janvier. Au total, plus de 11.820 personnes sont décédées de la COVID-19 dans la province depuis le début de la pandémie.

La réponse du gouvernement Legault: «les profits avant les vies»

Après avoir alimenté la crise en ignorant les avertissements des scientifiques en novembre et au début décembre, le gouvernement de la CAQ refuse maintenant – avec le plein soutien du gouvernement libéral fédéral de Justin Trudeau – d’appliquer les mesures de santé publique nécessaires pour enrayer rapidement l’infection de masse, les hospitalisations et les décès. Comme lors des vagues précédentes, sa réaction est entièrement subordonnée aux intérêts des banques, de la grande entreprise et des riches.

Entre le 20 décembre et le 4 janvier, le gouvernement Legault a annoncé au compte-goutte des mesures totalement insuffisantes. Alors que le nombre d’infections explosait et que les hospitalisations bondissaient, la CAQ continuait de mentir effrontément à la population lors de conférences de presse surréelles au cours desquelles Dubé, Legault ou le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge prétendaient que la toute dernière mesure annoncée serait celle qui mettrait fin à la catastrophe.

De façon entièrement prévisible, ni la fermeture des écoles une journée plus tôt pour le congé scolaire des fêtes, ni le télétravail obligatoire pour les employés de bureau, ni la fermeture des salles à manger des restaurants, ni la limitation des «party privés» à 10 personnes pour Noël à 6 personnes à compter du 26 décembre et aux «bulles familiales» à partir du 31 décembre, ni un couvre-feu, ni l’obligation de présenter le passeport vaccinal pour entrer à la SAQ et à la SQDC n’ont le moindrement ralenti la propagation de la COVID-19.

Malgré les déclarations des opposants réactionnaires aux mesures sanitaires, le Québec est loin d’être «confiné»: les commerces ne sont fermés que le dimanche et les milieux de travail non essentiels continuent de fonctionner. Le gouvernement a annoncé que les écoles primaires et secondaires, le principal vecteur de transmission du virus, seront rouvertes pour l’enseignement en personne le 17 janvier prochain, coûte que coûte.

En même temps, le gouvernement a pris des décisions meurtrières dont l’objectif est de camoufler l’ampleur de la crise et de satisfaire les exigences du patronat. Depuis le 4 janvier, la période de confinement pour les travailleurs infecté est passée de 10 à 5 jours. Cette mesure anti-scientifique vise à retourner les travailleurs au travail le plus rapidement possible pour que le flot de profits coule vers les poches des riches sans interruption. Cette annonce a été reçue «de manière très positive» par les associations du patronat qui ont admis qu’elles en avaient fait la demande au gouvernement. La science ayant démontré que les gens atteints de la COVID peuvent transmettre la maladie jusqu’à 12 ou 14 jours après l’avoir contractée, la mesure dictée par le patronat à ses laquais de la CAQ aura pour effet de provoquer encore plus d’éclosions dans les milieux de travail, dans un cycle de contagion sans fin.

Le 5 janvier, le gouvernement Legault a annoncé que les tests de détection PCR administrés dans les cliniques de dépistages, la méthode la plus fiable pour détecter la COVID-19, seraient restreints à certaines personnes jugées «vulnérables». La population générale devra utiliser les tests rapides, qui sont notoirement difficiles à obtenir au Québec.

Cette mesure mènera rapidement à une sous-estimation importante des cas qui permettra au gouvernement Legault de présenter à la population un portrait optimiste. Legault adopte ainsi la stratégie de l’ancien président américain Trump, qui avait déclaré que pour avoir moins de cas il suffisait de moins tester!

Il s’agit aussi de l’abandon de l’une des mesures reconnues dans la lutte aux maladies infectieuses: la détection des cas permet d’isoler les personnes infectées et d’avoir un portrait de la situation épidémiologique pour mieux cibler les autres mesures. Le Québec volera dorénavant à l’aveugle dans la pandémie meurtrière.

La vague Omicron démontre clairement qu’au Québec, comme partout ailleurs dans le monde, la lutte contre la pandémie est une question de classe – qui contrôle la société et dans quel intérêt.

La classe capitaliste est bien décidée à continuer sa politique des profits avant les vies qui nécessite de renvoyer les enfants dans des écoles propices à l’infection afin que les parents puissent s’entasser dans des milieux de travail non sécuritaires. Si cette politique signifie encore plus de profits et de richesses pour les banques, la grande entreprise et les riches, elle est synonyme d’infection de masse, de maladie et de mort pour les travailleurs.

La classe ouvrière est la seule force de la société qui peut apporter une solution progressiste à cette crise. Elle doit pour cela intervenir comme une force politique indépendante, en brisant la camisole de force imposée par les appareils syndicaux pro-capitalistes et en mettant sur pied des comités de sécurité de la base autour d’une politique de «zéro COVID».

Loading