Perspective

La classe ouvrière, la lutte contre la barbarie capitaliste et la construction du Parti mondial de la révolution socialiste

Quatrième partie

Ce document est le quatrième d’une déclaration en quatre parties.

Partie I | Partie II | Partie III | Partie IV

Le développement de la lutte des classes et de la lutte pour le socialisme

1. Les sections précédentes de cette déclaration se sont concentrées sur les principaux éléments de la crise du système capitaliste mondial au début de 2024: 1. L’escalade du militarisme impérialiste, menée par les États-Unis, qui se traduit par une guerre par procuration contre la Russie, la préparation ouverte d’une guerre contre la Chine et, à Gaza, l’adoption du génocide comme instrument légitime de la politique de l’État; 2. Une régression massive de la politique sociale, illustrée par le rejet délibéré des mesures élémentaires de santé publique pour contrer la pandémie de COVID-19 et sauver d’innombrables millions de personnes à travers le monde de la maladie, de la débilitation et de la mort; 3. La concentration extrême de la richesse dans les échelons supérieurs de la société capitaliste, entraînant des niveaux stupéfiants d’inégalité sociale dans les pays capitalistes avancés et à l’échelle mondiale; ce qui sous-tend 4. L’érosion et l’effondrement des formes démocratiques de gouvernement dans le monde entier et la résurgence, à une échelle jamais vue depuis les années 1930, d’organisations politiques et de gouvernements autoritaires et fascistes.

2. Toutes les «lignes rouges» qui distinguent la civilisation de la barbarie s’effacent. La devise des gouvernements capitalistes est: «Rien de ce qui est criminel ne nous est étranger». La guerre nucléaire est «normalisée»; le génocide est «normalisé»; les pandémies et l’élimination délibérée des infirmes et des personnes âgées sont «normalisées»; l’incroyable degré de concentration des richesses et les stupéfiantes inégalités sociales sont «normalisés»; la suppression de la démocratie et le recours à l’autoritarisme et au fascisme sont «normalisés».

3. Dans l’ensemble, la normalisation des différentes formes de barbarie sociale signifie que la classe capitaliste est dans une impasse. Une classe dont la politique consiste en différentes formes de sociocide a clairement épuisé sa légitimité historique, économique, sociale et politique.

4. Les perspectives pour l'humanité seraient sombres s'il n'y avait pas le fait historiquement vérifié que les contradictions qui conduisent le capitalisme à la destruction mettent également en marche les conditions de son renversement et de la réorganisation de la société sur des bases nouvelles et progressistes, c'est-à-dire socialistes. Le potentiel de cette réorganisation a sa source dans l'être objectif de la classe ouvrière. La lutte des classes est le moyen par lequel la possibilité objective de la réorganisation socialiste se réalise dans la pratique.

5. L’attention doit donc se porter sur le développement de la lutte des classes. En ce début d’année, dans quelle mesure la crise du capitalisme a-t-elle généré un mouvement contraire de la classe ouvrière?

6. L’examen des luttes sociales de 2023 montre clairement un développement quantitatif et qualitatif important de la lutte des classes. L’aspect quantitatif est la croissance incontestable du nombre de travailleurs qui se sont engagés dans des grèves et d’autres formes de protestation contre l’exploitation, la baisse du niveau de vie, l’attaque des droits démocratiques et le militarisme. Le développement qualitatif est l’échelle mondiale des luttes de classe, la tendance du mouvement de la classe ouvrière à dépasser les frontières nationales et à acquérir un caractère international.

Des manifestants défilent lors d’une manifestation contre le projet de recul de l’âge de la retraite en France, le 7 février 2023 à Paris. [AP Photo/Michel Euler]

7. Ce processus a été anticipé par le Comité international de la Quatrième Internationale dès 1988. En examinant les implications de la mondialisation croissante du processus de production et de l’émergence des sociétés transnationales, le rapport d’ouverture du treizième congrès national de la Workers League (prédécesseur du Socialist Equality Party aux États-Unis), qui s’est tenu le 30 août 1988, déclarait:

Nous prévoyons que la prochaine étape des luttes prolétariennes se développera inexorablement, sous la pression combinée des tendances économiques objectives et de l’influence subjective des marxistes, le long d’une trajectoire internationaliste. Le prolétariat tendra de plus en plus à se définir en pratique comme une classe internationale; et les internationalistes marxistes, dont la politique est l’expression de cette tendance organique, cultiveront ce processus et lui donneront une forme consciente. [Quatrième Internationale, juillet-décembre 1988, page 39].

8. Cette perspective a été vérifiée par les événements. L’année écoulée a confirmé la tendance à l’augmentation des manifestations et des grèves à l’international. La Fondation Carnegie pour la paix internationale a rapporté en décembre que «la vague de manifestations antigouvernementales qui a secoué les pays du monde entier ces dernières années s’est poursuivie en 2023», avec de nouvelles manifestations dans 83 pays différents. «Sept pays qui n’avaient pas connu de manifestations majeures au cours des cinq dernières années ont rejoint le club: le Danemark, la Polynésie française, le Mozambique, la Norvège, la République d’Irlande, le Suriname et la Suède. En outre, certaines manifestations qui avaient débuté avant cette année ont persisté, notamment les manifestations d’enseignants en Hongrie, les manifestations contre le parti au pouvoir au Bangladesh et les manifestations d’opposition à l’“auto-coup d’État” du président tunisien Kais Saied en juillet 2021 et à sa répression de l’opposition».

9. Des manifestations contre la hausse des prix, accélérée par la guerre menée par les États-Unis et de l’OTAN contre la Russie, ont eu lieu dans de nombreux pays, dont le Pakistan, le Portugal et la Slovénie. «Des griefs concernant la politique monétaire et les pénuries d’argent ont déclenché des manifestations au Ghana et au Nigeria. En France, des grèves et des manifestations contre la réforme des retraites, qui a fait passer l’âge de la retraite de 62 à 64 ans, ont agité le pays au début de l’année. Des manifestations concernant la réforme des retraites ont également eu lieu en République tchèque et dans plusieurs États indiens».

Grévistes et manifestants lors du rassemblement du Trades Union Congress à Whitehall, à Londres, le 1er février 2023

10. Des centaines de milliers de cheminots, de dockers, d’enseignants et d’autres catégories de travailleurs ont également participé à des grèves au Royaume-Uni, qui ont continué depuis le milieu de l’année 2022 jusqu’en 2023; ont eu lieu des grèves importantes au Portugal, en Belgique et en Allemagne, une grève de 420.000 travailleurs du secteur public au Québec, des manifestations de plus d’un million de personnes contre le parti d’extrême droite Droit et Justice en Pologne et, avant le génocide de Gaza, des manifestations de centaines de milliers de personnes en Israël contre les réformes judiciaires antidémocratiques de Netanyahou. À la fin de l’année, des dizaines de milliers de travailleurs ont participé à des manifestations de masse contre le nouveau président argentin d’extrême droite, Javier Milei.

11. L'année dernière, le nombre de grèves a considérablement augmenté aux États-Unis, tant en ce qui concerne le nombre de travailleurs impliqués que les différentes sections de la classe ouvrière concernées par les luttes. En 2023, 36 grèves majeures impliquant 1 000 travailleurs ou plus ont été recensées, contre 23 en 2022, selon le Bureau des statistiques du travail. Les grandes grèves de l'année dernière ont concerné près de 500 000 travailleurs, soit près de quatre fois plus que les 120 600 grévistes de 2022. En octobre 2023, 4,5 millions de jours ont été perdus en raison d'arrêts de travail, soit le chiffre le plus élevé de tous les mois sur quatre décennies. Un tiers des grèves majeures (12) concernaient des soignants et d'autres travailleurs de la santé, dont 75 000 employés de Kaiser Permanente. Sept autres concernaient des enseignants et des étudiants diplômés.

12. La base de données sur les arrêts de travail de la Cornell University School of Industrial and Labor Relations indique qu'il y a eu 421 grèves de toutes tailles, impliquant 508 000 travailleurs. Ce chiffre inclut 70 grèves de 100 travailleurs ou plus qui ont duré plus d'une semaine, soit une augmentation de 59 pour cent par rapport à l'année précédente. Alors que le nombre total de grèves de toutes tailles en 2023 était à peu près le même qu'en 2022 (421 contre 424), le nombre de travailleurs en grève a plus que doublé, passant de 224 000 à 508 000.

Grève des scénaristes de la WGA devant Paramount Pictures, Los Angeles, Californie.

13. L’implication de 11.000 scénaristes et de 65.000 acteurs dans le mouvement de grève en développement illustre l’extension de la définition de la classe ouvrière même, qui englobe des couches de plus en plus nombreuses de la population, qui se seraient auparavant vues comme étant de la «classe moyenne». Les progrès révolutionnaires de la science, y compris l’intelligence artificielle (IA), qui recèlent un énorme potentiel pour le développement de l’humanité, sont utilisés pour accroître l’exploitation des travailleurs culturels et techniques et faciliter une vaste restructuration de l’économie en général.

14. Parallèlement à ce développement mondial de la lutte des classes, un mouvement anti-guerre de masse contre le génocide à Gaza a déferlé sur le monde dans les trois derniers mois de 2023 et se poursuivra cette année. Il s’agit déjà du mouvement anti-guerre le plus important et le plus soutenu depuis les manifestations de 2003 contre l’invasion américaine de l’Irak ; et il a lieu à un stade bien plus avancé de l’effondrement du capitalisme mondial. Dans des centaines de villes de tous les continents habitables, des millions de personnes sont descendues dans la rue pour exprimer leur opposition à la brutalité du gouvernement israélien et de ses soutiens impérialistes. Ces manifestations ont impliqué de larges pans de la société, les jeunes jouant un rôle de premier plan.

15. Les plus grandes manifestations dans les pays impérialistes ont eu lieu à Londres (près d’un million de personnes le 11 novembre et des centaines de milliers dans de nombreuses autres manifestations), à Washington D.C. (plus de 300.000 personnes le 4 novembre) et dans d’autres villes du monde : New York City, Chicago et Los Angeles (des dizaines de milliers dans de multiples manifestations); Sydney et Melbourne (plus de 50.000 chacun le 12 novembre); Berlin (plus de 10.000 le 28 octobre malgré les interdictions de la police); Paris (plus de 15.000 le 22 octobre); Amsterdam (plus de 15.000 le 15 octobre); Toronto (plus de 15.000 le 10 octobre); et Tokyo (1.500 le 20 novembre). Des millions d’autres personnes ont manifesté contre le génocide, notamment dans le monde arabe.

Des travailleurs du secteur de la santé manifestent à San Francisco, en Californie, le 28 octobre 2023.

16. Les grands médias ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour dissimuler le génocide même et les manifestations dans le monde entier. La réalité de la guerre et l’opposition à celle-ci ne peuvent être pleinement appréhendées qu’à travers les réseaux sociaux, où des masses de gens ont suivi de près les développements et organisé des manifestations. En conséquence, les oligarques qui contrôlent ces plate-formes, en particulier Elon Musk (Twitter/X) et Mark Zuckerberg (Facebook, Instagram et Threads), ont de plus en plus recours à une censure flagrante.

17. Cela n’enlève rien à la signification objective des grèves et des manifestations si l’on attire l’attention sur les problèmes fondamentaux révélés dans les premières étapes de la résurgence mondiale de la lutte des classes. Il subsiste un immense fossé entre le niveau avancé de la crise objective et la compréhension subjective de cette crise et de ses implications politiques dans la conscience de la classe ouvrière. Ce fossé s’exprime avant tout dans la domination continue des luttes ouvrières par les bureaucraties syndicales réactionnaires pro-impérialistes et leurs alliés des organisations sociales-démocrates, ex-staliniennes et des diverses formes de pseudo-gauche petite-bourgeoise.

18. Dans tous les pays, les luttes des travailleurs ont été étranglées par les appareils syndicaux nationalistes et pro-trusts, et les manifestations de masse étouffées par diverses organisations de gauche et pseudo-de gauche fonctionnant comme une partie de l’establishment politique.

19. En France, l’opposition aux coupes dans les retraites du président Emmanuel Macron a été écrasante, les deux tiers de la population soutenant une grève générale pour y mettre fin. Mais les bureaucraties syndicales CGT et CFDT ont travaillé avec la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon pour démobiliser les manifestations et limiter les actions de grève. Elles ont fait croire que l’attaque contre les retraites pouvait être stoppée par des négociations avec le gouvernement Macron ou par le biais des institutions parlementaires, tout en dissimulant le lien entre l’attaque lancée contre les travailleurs et la guerre menée par les États-Unis et l’OTAN contre la Russie à propos de l’Ukraine. En fin de compte, Macron a pu imposer les coupes dans le cadre d’une manœuvre extra-parlementaire, tandis que les syndicats se sont efforcés d’isoler et de réprimer les grèves et les manifestations qui ont suivi.

20. Au Sri Lanka, des manifestations de masse contre la hausse des prix et les réformes soutenues par le FMI ont contraint le président Gotabaya Rajapaksa à démissionner en juillet 2022. L’appareil syndical, soutenu par des groupes comme le Frontline Socialist Party (FSP), s’est efforcé de maintenir l’opposition dans le cadre parlementaire et des partis d’opposition officiels. Rajapaksa a été remplacé lors d'un vote parlementaire par Ranil Wickremesinghe, l’une des personnalités politiques les plus détestées de tout le Sri Lanka. Tout au long de l'année écoulée, Wickremesinghe a travaillé de concert avec tous les grands partis bourgeois pour imposer les mêmes politiques du FMI que celles soutenues par Rajapaksa, y compris, à la fin de 2023, de nouvelles taxes qui ont fortement augmenté le coût des produits de base et qui entraîneront une forte augmentation de la pauvreté.

Le président Ranil Wickremesinghe, accompagné des chefs des forces armées, lors de la cérémonie du 75e anniversaire de l'indépendance à Colombo, le 4 février 2023. [Photo: Sri Lanka president’s media division]

21. Aux États-Unis, toutes les grandes grèves de 2023 ont été isolées et stoppées par l’appareil syndical, en étroite collaboration avec l’administration Biden. L’UAW, sous la direction de son président Shawn Fain, a mené une fausse «grève debout» en septembre et octobre, qui a maintenu la grande majorité des 145.000 travailleurs de l’automobile des Trois Grands au travail, puis a mis fin à la grève avant même que les travailleurs n’aient voté sur les contrats bradés qui ne répondaient à aucune des revendications des travailleurs. Fain a été fortement encouragé par des groupes de la pseudo-gauche comme les Socialistes démocrates d’Amérique, qui ont été directement intégrés à l’appareil syndical pro-patronat.

22. Les actions de l’UAW ne sont pas uniques. Partout, les syndicats sont contrôlés par une classe moyenne supérieure ayant des intérêts sociaux distincts, indépendants et hostiles aux intérêts des travailleurs qu’ils prétendent représenter. Les revenus cumulés de la bureaucratie syndicale aux États-Unis, qui emploie des centaines de milliers de personnes, se chiffrent en dizaines de milliards de dollars. La masse salariale annuelle du personnel employé au siège de Detroit de l’UAW dépasse les 75 millions de dollars. Les cadres supérieurs des syndicats affiliés à l’AFL-CIO, tels que Randi Weingarten, présidente du [syndicat enseignant] American Federation of Teachers, perçoivent des salaires à six chiffres qui sont dix à vingt fois plus élevés que les salaires des syndiqués de la base.

23. En 1940, Trotsky a analysé la dégénérescence des syndicats dans ce qu'il a appelé «l’époque de la décadence impérialiste».

Il y a un trait commun dans le développement, ou plus exactement la dégénérescence, des organisations syndicales modernes dans le monde entier: c’est qu’elles se rapprochent du pouvoir d’État et se développent avec lui. Ce processus caractérise aussi bien les syndicats neutres, sociaux-démocrates, communistes que les syndicats «anarchistes». Ce seul fait montre que la tendance au «rapprochement» n’est pas intrinsèque à telle ou telle doctrine en tant que telle, mais qu’elle découle de conditions sociales communes à tous les syndicats.

Le capitalisme monopoliste ne repose pas sur la concurrence et la libre initiative privée, mais sur un commandement centralisé. Les cliques capitalistes à la tête de puissants trusts, syndicats, consortiums bancaires, etc., envisagent la vie économique du même point de vue que le pouvoir d’État; et elles exigent à chaque pas la collaboration de ce dernier. À leur tour, les syndicats des branches les plus importantes de l’industrie se trouvent privés de la possibilité de profiter de la concurrence entre les différentes entreprises. Ils doivent affronter un adversaire capitaliste centralisé, intimement lié au pouvoir d’État. D’où la nécessité pour les syndicats — dans la mesure où ils restent sur des positions réformistes, c’est-à-dire sur des positions d’adaptation à la propriété privée — de s’adapter à l’État capitaliste et de lui disputer sa coopération.

Léon Trotsky au Mexique

24. La tendance identifiée par Trotsky il y a 84 ans a depuis lors pris des proportions tellement monstrueuses que les organisations actuellement décrites comme des «syndicats» n’ont, dans la pratique, aucun rapport avec le sens historique du terme. Avant même son essai de 1940 sur «Les syndicats à l'époque de la décadence impérialiste», Trotsky mettait en garde (en 1937) contre la tendance à faire un fétiche de la terminologie, au point de déterminer la politique non pas sur la base du rôle objectif d’une organisation particulière, mais sur celle de son appellation officielle. Il écrivait ainsi:

Le caractère d’une organisation de travailleurs telle qu'un syndicat est déterminé par sa relation avec la distribution du revenu national. Le fait que Green et Cie [à l'époque les dirigeants de l’American Federation of Labor] défendent la propriété privée des moyens de production les caractérise comme des bourgeois. Si ces messieurs devaient en outre défendre les revenus de la bourgeoisie contre les attaques des travailleurs, s’ils devaient mener une lutte contre les grèves, contre l’augmentation des salaires, contre l’aide aux chômeurs, nous aurions alors une organisation de briseurs de grève, et non un syndicat. [«Pas un État ouvrier et pas un État bourgeois»].

25. Selon les critères de Trotsky, les principales organisations et fédérations syndicales nationales fonctionnent comme des organisations de «briseurs de grève», même au sens le plus littéral du terme. La tâche des sections du Comité international est d’aider la classe ouvrière à préparer une insurrection à grande échelle de la base contre les bureaucraties syndicales, de développer de nouvelles formes d’organisation militante de la base dans les usines et sur les lieux de travail, à laquelle tout le pouvoir de décision sera transféré. Cette approche est basée sur le Programme de transition, dans lequel Trotsky exhortait les cadres de la Quatrième Internationale à «créer dans tous les cas possibles des organisations militantes indépendantes correspondant plus précisément aux tâches de la lutte de masse contre la société bourgeoise; et, si nécessaire, à ne pas hésiter à rompre directement avec l’appareil conservateur des syndicats».

26. Le Comité international de la Quatrième Internationale lutte pour libérer les travailleurs des contraintes de l’appareil syndical à travers le développement d’organisations contrôlées par les travailleurs eux-mêmes. Lorsqu’il a lancé l’initiative de l’Alliance internationale ouvrière des comités de base (initiales anglaises IWA-RFC) en avril 2021, le CIQI a expliqué qu’il «s’efforcerait d’unifier les travailleurs dans une lutte mondiale commune, en s’opposant à tous les efforts faits par les gouvernements capitalistes et les défenseurs réactionnaires des innombrables formes de chauvinisme national, ethnique et racial et de la politique identitaire pour diviser la classe ouvrière en factions belligérantes».

Naturellement, les conditions auxquelles sont confrontés les travailleurs varient d’une région à l'autre et d’un pays à l’autre, ce qui peut influer sur le choix des tactiques. Mais il est indéniable que, dans tous les pays, les syndicats bureaucratisés existants fonctionnent comme une force de police institutionnalisée, déterminée à protéger les intérêts industriels et financiers des élites dirigeantes et de leurs gouvernements contre une résistance populaire qui grandit.

27. La bureaucratie syndicale ne recule devant rien pour bloquer le développement de l’influence socialiste dans la base. Mais malgré ses ressources, accrues par le soutien de l’État capitaliste et de la pseudo-gauche, elle n’est pas invincible. Le militantisme croissant de la classe ouvrière, aux États-Unis et dans le monde, est impulsé par la crise objective du capitalisme. La tâche qui incombe au parti est d’intervenir dans les luttes de la classe ouvrière et d’imprégner ce militantisme d’une perspective socialiste pleinement élaborée, consciemment orientée vers le renversement du capitalisme et vers l’instauration du pouvoir ouvrier à l’échelle mondiale.

28. Il y a quatre ans, la déclaration de Nouvel An du World Socialist Web Site fut publiée le 3 janvier 2020 sous le titre «La décennie de la révolution socialiste commence». Il ne fait aucun doute que cette évaluation de la situation mondiale a bien fait rire les faillis politiques des organisations de la pseudo-gauche petite-bourgeoise. Rien ne leur paraît plus invincible que la domination capitaliste, surtout dans sa forteresse nord-américaine. Non seulement ils considèrent comme inconcevable l’apparition d’une crise révolutionnaire dans les années 2020, mais ils ont du mal à imaginer une révolution socialiste au cours des 76 années restantes du XXIe siècle. Rejetant la théorie de la révolution permanente de Trotsky, la pratique politique de la pseudo-gauche repose sur une foi inébranlable dans la permanence du capitalisme.

29. Mais tout ce qui s’est passé depuis janvier 2020 a confirmé le pronostic politique du Comité international. Avant même la fin du premier mois de la nouvelle décennie, le COVID-19 s’est répandu dans le monde entier. Presque exactement un an après la publication de la déclaration, Trump et sa cohorte ont tenté de renverser la Constitution et d’instaurer une dictature fasciste. Les troisième et quatrième années ont été dominées par l’escalade de la guerre et la montée de la résistance sociale de la classe ouvrière.

30. Il n’y a aucune raison de croire que la crise du capitalisme mondial va s’atténuer et que ses symptômes vont disparaître comme une grippe passagère. Au contraire, la crise va s’intensifier et la résistance globale de la classe ouvrière va devenir plus déterminée et politiquement plus consciente. Dans ce dernier processus, le rôle du Comité international sera décisif.

31. Il ne s’agit pas là d’une vantardise en l’air. Le Comité international de la IVe Internationale est un parti de l’histoire. Son travail théorique, politique et pratique se base sur la vaste expérience de la lutte révolutionnaire à l’époque impérialiste, qui s’étend sur plus d’un siècle. Lui seul représente la continuité du marxisme, tel qu’il a été défendu et développé par le mouvement trotskyste depuis sa fondation en 1923, en opposition au stalinisme, à la social-démocratie, au révisionnisme pabliste, au nationalisme bourgeois et au radicalisme petit-bourgeois de toutes les variétés réactionnaires.

32. Le Comité international ne minimise ni les dangers auxquels est confrontée la classe ouvrière, ni l’ampleur du défi auquel est confrontée l’avant-garde révolutionnaire. Le CIQI n’est pas encore à la tête d’un mouvement de masse. Pour que cela se produise, il faut que les luttes de masse de la classe ouvrière se développent. Mais la croissance de l’influence marxiste parmi les travailleurs a été préfigurée par la récente campagne de Will Lehman pour la présidence du syndicat automobile United Auto Workers. Faisant ouvertement campagne en tant que socialiste et défendant le programme de l’IWA-RFC [International Workers Alliance of Rank-and-File Committees], Lehman a obtenu les votes de près de 5.000 ouvriers de l’automobile. Ce résultat est d’autant plus important que la bureaucratie n’avait pas informé les travailleurs de l’élection et avait réussi à restreindre le scrutin à moins de 10 pour cent des membres de l’UAW.

33. Les bases d’une croissance significative des cadres du CIQI et de la construction de nouvelles sections ont été jetées. Le World Socialist Web Site a établi, au cours d’un quart de siècle de publication quotidienne continue, un large lectorat international. Malgré une censure implacable, le WSWS est lu par des dizaines de milliers de personnes chaque jour, et son influence dans la classe ouvrière internationale et parmi la jeunesse étudiante ne cesse de croître.

34. En outre, le travail du mouvement trotskyste ne se fait pas dans un vide politique. La crise mondiale radicalise des dizaines et des centaines de millions de gens. Le gouffre entre les intérêts essentiels des masses et les privilèges de la classe dirigeante devient de plus en plus évident. La normalisation par l’impérialisme de la guerre, du génocide, de la pestilence et du fascisme donnera une puissante impulsion à la révolution de la conscience des masses et, par conséquent, à la normalisation du socialisme dans les conceptions politiques de la classe ouvrière.

35. Nous appelons tous les lecteurs du World Socialist Web Site à tirer la conclusion inéluctable qui découle de cette perspective. Arrêtez la descente dans la barbarie! Mobilisez le pouvoir de la classe ouvrière contre la dictature, les inégalités et la guerre! Reprenez le combat pour le trotskysme, le marxisme du XXIe siècle! Rejoignez le Parti de l’égalité socialiste et construisez le Parti mondial de la révolution socialiste!

(Article paru d’abord en anglais le 6 janvier 2024)

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