La fin de la coalition gouvernementale entre sociaux-démocrates (SPD), verts et libéraux-démocrates (FDP) en Allemagne annonce une nouvelle intensification de la lutte des classes et de la politique de guerre. Tous les partis réagissent à la victoire électorale de Donald Trump en préparant des guerres commerciales brutales sur le dos des travailleurs et en portant les dépenses militaires à des niveaux plus vus depuis l'époque nazie. Le Sozialistische Gleichheitspartei (SGP, Parti de l'égalité socialiste) se présente aux élections anticipées pour contrer cette coalition multipartite de guerre et de coupes budgétaires et pour armer les travailleurs d'une perspective socialiste.
Le gouvernement de coalition a été, à juste titre, le gouvernement le plus détesté de l’histoire de l’Allemagne d’après-guerre. Quatre-vingts ans après la guerre d’extermination nazie, il a de nouveau lancé des chars allemands contre la Russie, est retourné aux méthodes du génocide à Gaza, a étendu l’État policier et a provoqué une catastrophe sociale avec ses milliards d’euros de cadeaux aux super-riches.
La victoire électorale de Trump va accélérer cette évolution. D'une part, parce que tous les partis du Bundestag réagissent aux menaces de Trump contre l'Allemagne et l'Europe par un nationalisme non dissimulé et des plans de réarmement agressifs. D'autre part, parce qu'ils sont impressionnés par son comportement brutal et qu’ils savent qu'eux aussi ne peuvent imposer la guerre et la dévastation sociale en Allemagne qu'avec les méthodes de la dictature et du fascisme.
L’arrivée de Trump n’est pas un accident politique. Sa seconde présidence représente bien plutôt «le réalignement violent de la superstructure politique américaine pour correspondre aux relations sociales réelles qui existent aux États-Unis», comme l’a déclaré le WSWS . La classe dirigeante compte sur le fasciste Trump pour faire avancer, malgré l’opposition massive, la politique d’enrichissement impitoyable et de guerre mondiale de l’élite, qui est incompatible avec les intérêts fondamentaux de la vaste majorité de la population.
La dissolution du gouvernement de coalition allemand est guidée par les mêmes considérations. Face au rejet généralisé de leur politique, les partis cherchent de nouvelles voies pour la mettre en œuvre. Les objectifs visés sont colossaux. Des licenciements collectifs et des baisses de salaires dans l'industrie sont déjà à l'ordre du jour. Volkswagen n'est là, avec ses projets de licenciements de dizaines de milliers de personnes et de baisses de salaires de 20 pour cent, que le précurseur. L'industrie allemande doit devenir compétitive sur le dos des travailleurs, c'est-à-dire générer le plus de profit possible pour les actionnaires.
Cette attaque de la classe ouvrière s’accompagne d’une politique extérieure militariste. L’un des problèmes qui a conduit à l’effondrement de la coalition est le différend sur la manière de financer les milliards destinés à la livraison d’armes à l’Ukraine. Alors que des centaines de milliers de jeunes Ukrainiens ont déjà perdu la vie et que ce pays mène une bataille perdue d’avance, le SPD et les Verts veulent alimenter la guerre pour soumettre la Russie et piller son économie.
Le chancelier Scholz (SPD) n’a laissé planer aucun doute sur ce programme lorsqu’il a limogé le ministre des Finances Lindner (FDP). «Nous devons investir beaucoup plus dans notre défense et dans la Bundeswehr», a-t-il déclaré, avant d’annoncer: «Nous renforçons notre soutien à l’Ukraine, qui traverse un hiver difficile. Après les élections aux États-Unis, cela envoie un signal très important: on peut compter sur nous.» La ministre des Affaires étrangères Annalena Baerbock (Verts) a également déclaré que l’Allemagne dépenserait davantage d’argent pour la guerre en Ukraine et pour l’armement de la Bundeswehr (l’armée).
Après la dissolution de la coalition, les partis jusque là au pouvoir ont voté avec les chrétiens-démocrates (CDU/CSU) et l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) d’extrême droite en faveur de la «résolution sur l’antisémitisme». Cette résolution diffame tous les détracteurs du terrible génocide de Gaza en les qualifiant d’antisémites et soutient ce massacre de masse, qu’elle glorifie en la qualifiant de «légitime défense». Ce qui est particulièrement perfide, c’est que le SPD, les Verts, le FDP et la CDU s’allient avec l’AfD pour souiller la mémoire de l’Holocauste.
Cela montre clairement qu’ils sont également disposés à intégrer les fascistes de l’AfD au gouvernement. En Saxe, le ministre-président Michael Kretschmer (CDU) a déjà rencontré le chef de l’AfD Jörg Urban après l’échec des discussions exploratoires avec l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW) issue d’une scission du Parti de gauche. Si à présent tous les partis se déclarent prêts à collaborer avec Trump, ils signalent également par là leur ouverture à une alliance avec l’AfD.
Le chef de file de la CDU, Friedrich Merz, a annoncé depuis longtemps qu'une fois chancelier, il allait intensifier la guerre contre la Russie en livrant des missiles de moyenne portée Taurus et qu'il n'hésiterait pas à les tirer sur des villes russes. Après son limogeage, Lindner réclame désormais lui aussi des livraisons de missiles Taurus à l'Ukraine. Les deux partis ont encore annoncé des milliards supplémentaires de cadeaux fiscaux aux riches et des coupes sombres dans les dépenses de santé, de soins, de retraites et d'aide sociale.
Au Bundestag, la politique de guerre et d'austérité ne rencontre aucune opposition. Lors de son dernier congrès, le Parti de gauche (article en anglais) a également soutenu les livraisons d'armes à l'Ukraine et a souligné le «droit à l'autodéfense» d'Israël. Il a même accusé le gouvernement allemand de ne pas être assez agressif envers l'Iran. Quant aux promesses sociales du Parti de gauche, elles ne valent pas le papier sur lequel elles sont écrites. Dans tous les gouvernements régionaux auxquels il a participé, il a soutenu les coupes budgétaires les plus drastiques.
Cela vaut également pour les politiciens du Parti de gauche qui ont depuis rejoint le BSW et abandonné toute rhétorique de gauche. Le BSW critique la guerre contre la Russie en Ukraine et a bien quelques paroles critiques pour le génocide de Gaza. Mais comme l'AfD, il critique la politique du gouvernement d'un point de vue nationaliste. Le BSW soutient le réarmement et le militarisme, il veut juste les développer de manière plus indépendante des États-Unis. «L'Europe doit décider si nous voulons occuper une place autonome dans ce nouveau monde multipolaire ou si nous voulons sombrer en vassaux des États-Unis», a déclaré Wagenknecht jeudi dernier au Bundestag.
Cette coalition de tous les partis pour la guerre et les coupes budgétaires a des causes objectives profondes. Face à la crise capitaliste, la classe dirigeante compte sur la guerre à l’extérieur et la guerre de classe à l’intérieur pour défendre ses richesses et l’emporter sur ses concurrents. C’est pourquoi tous les fantômes du passé sont de retour. L’Allemagne mène une guerre contre une Russie puissance nucléaire, les droits démocratiques sont attaqués et les fascistes de l’AfD sont courtisés par tous les partis.
La seule façon d'éviter une catastrophe est donc la mobilisation contre le capitalisme de la classe ouvrière internationale. C'est-à-dire la mobilisation de ceux qui créent toutes les richesses de la société et qui subissent de plein fouet le poids des guerres et des crises. Cette force sociale énorme est en train de se mettre en mouvement. Les licenciements collectifs, les mesures d'austérité et les guerres mettent à l'ordre du jour des luttes de classe explosives.
La question décisive est comment doter ce mouvement d’une direction révolutionnaire et d’une perspective socialiste. Ce n’est que si les masses interviennent de manière indépendante dans le processus politique, exproprient les grandes banques et les grands trusts et les placent sous contrôle démocratique que la guerre et la catastrophe sociale pourront être stoppées.
Le Sozialistische Gleichheitspartei (Parti de l’égalité socialiste) se présente aux élections anticipées sur la base de ce programme socialiste. Nous revendiquons:
Pas de troisième guerre mondiale! Halte à la guerre de l'OTAN en Ukraine !
Halte au génocide de Gaza !
Plus jamais le fascisme !
Pour les États unis socialistes d’Europe !
Pour construire un mouvement qui puisse réaliser ces revendications, les travailleurs doivent se tourner à nouveau vers le marxisme. Il est nécessaire de tirer les leçons de l’histoire: la montée du fascisme, les trahisons du stalinisme et la faillite de la social-démocratie. Le SGP se présente aux élections pour raviver la conscience socialiste et pour doter les travailleurs d’un programme socialiste. Si vous avez le droit de voter en Allemagne, inscrivez-vous dès maintenant pour soutenir notre participation à l’élection et rejoignez le SGP!
(Article paru en anglais le 11 novembre 2024)
