Le gouvernement indien d'extrême droite, suprématiste hindou, du BJP et l'ensemble de la classe dirigeante indienne sont pleinement complices de la guerre d'agression criminelle que l'impérialisme américain et son allié israélien mènent contre l'Iran depuis le 28 février.
New Delhi n'a pas émis la moindre protestation, alors que les États-Unis et Israël multiplient les crimes de guerre : assassinats de dirigeants politiques iraniens et de quelque 2 000 civils ; bombardements d'écoles, d'hôpitaux, d'usines de dessalement et d'autres infrastructures publiques ; et attaque qui a coulé le navire amiral IRNS Dena, sans défense, dans l'océan Indien peu après la fin de sa participation à un exercice naval dirigé par l'Inde.
La seule « solidarité » exprimée par New Delhi est avec les États monarchiques absolutistes du Golfe qui accueillent des bases militaires américaines utilisées pour surveiller et attaquer l'Iran.
Le seul pays que New Delhi ait condamné est l'Iran, pour avoir osé se défendre.
L'Inde a coparrainé la semaine dernière la résolution 2817 du Conseil de sécurité de l'ONU, favorable aux États-Unis et à la guerre. Cette résolution a sciemment ignoré les bombardements massifs illégaux et non provoqués menés par les États-Unis et Israël contre l'Iran, ainsi que les frappes « de décapitation » contre ses dirigeants, afin de présenter Téhéran comme l'agresseur et de donner une apparence de légitimité internationale à ce qui est devenu une guerre d'anéantissement contre l'État iranien et ses 93 millions d'habitants. Citant les frappes de missiles et de drones de représailles de Téhéran contre les alliés de Washington dans les États du Golfe, la résolution parrainée par l'Inde a accusé l'Iran, la victime, de violer le droit international et de menacer la « paix et la sécurité internationales ».
L'abandon cynique par l'Inde de son prétendu allié iranien est, pour le moins, prévisible. L'Inde a également refusé de condamner l'attaque menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran en juin dernier, attaque qui, comme la précédente, a été lancée sous couvert de négociations diplomatiques.
Depuis un quart de siècle, New Delhi, sous les gouvernements du BJP comme sous ceux du Parti du Congrès, a fait de son alliance avec l'impérialisme américain, formalisée par le Partenariat stratégique global indo-américain, la pierre angulaire de sa politique étrangère et de sa stratégie géopolitique. En servant de contrepoids et en devenant un État de première ligne pour Washington dans son offensive militaro-stratégique contre la Chine, la bourgeoisie indienne cherche à promouvoir ses propres ambitions de grande puissance prédatrice.
Dans la même veine réactionnaire, l'Inde, et plus particulièrement sous le premier ministre Narendra Modi, aspirant homme fort hindouiste, a également développé des liens économiques et militaro-sécuritaires de plus en plus étroits avec Israël. De fait, Modi a choisi de renforcer le « partenariat stratégique » de l'Inde avec Israël et de démontrer l'affinité de son gouvernement avec le régime sioniste, tandis que Trump et le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou préparaient leur guerre contre l'Iran au vu et au su de tous. Modi s'est rendu en Israël les 25 et 26 février, repartant moins de 48 heures avant le début des bombardements sur l'Iran.
Il est néanmoins important de documenter la complicité de la bourgeoisie et du gouvernement indiens dans la guerre contre l'Iran.
D'abord, parce que le gouvernement Modi cherche à dissimuler son propre rôle et les atrocités qu'il tolère, et auxquelles il participe avec la classe dirigeante indienne, en tant que partenaire de l'impérialisme américain.
Il est conscient du profond sentiment anti-impérialiste qui couve au sein de la population indienne, notamment parmi la classe ouvrière, qui a subi deux siècles de domination coloniale britannique.
Il craint également l'impact de la guerre sur l'économie indienne et mondiale, dans un contexte où la guerre commerciale mondiale menée par Trump a déjà fortement ralenti la croissance indienne et où la colère sociale monte face au chômage de masse, à la pauvreté endémique et à la faim.
L'Inde est fortement dépendante des importations de pétrole et de gaz naturel en provenance de la région du golfe Persique. Le gouvernement Modi a invoqué les pouvoirs d'urgence pour rediriger les approvisionnements en gaz de pétrole liquéfié (GPL) des utilisateurs industriels et commerciaux vers les ménages, qui l'utilisent pour la cuisson. Nombre de ces établissements commerciaux sont de petites entreprises familiales qui ont dû réduire leurs heures d'ouverture ou fermer, au moins partiellement.
Une fermeture prolongée du détroit d'Ormuz et la perturbation des économies de la région entraîneront non seulement une forte hausse des coûts de l'énergie en Inde, impactant le prix des denrées alimentaires et autres produits de première nécessité, mais aussi une augmentation du prix de l'urée, un produit d'importation essentiel pour les pays du Golfe et un intrant agricole important. Il en résultera probablement une forte baisse des 50 milliards de dollars de transferts de fonds que les millions de travailleurs indiens employés dans le Golfe envoient chaque année à leurs familles.
Pour détourner la colère populaire, le gouvernement, avec la complicité de médias bourgeois dociles, propage le mensonge selon lequel l'Inde serait une tierce partie neutre, œuvrant pour la paix et le respect des principes du droit international, notamment la souveraineté des États.
Démasquer le rôle criminel de l'Inde en tant qu'alliée de l’impérialisme est également crucial pour briser l'influence politique néfaste de la « gauche » stalinienne indienne, menée par le Parti communiste d'Inde (marxiste) ou CPM, et le Parti communiste d'Inde (CPI).
Cela est fondamental pour le développement d'un véritable mouvement anti-guerre, fondé sur la classe ouvrière et un programme socialiste-internationaliste visant à mettre fin à l'impérialisme et au système capitaliste en crise.
Les staliniens prétendent que la bourgeoisie indienne et son État peuvent jouer un rôle « progressiste » sur la scène politique mondiale, si ce n’est sous Modi, du moins sous un autre gouvernement capitaliste de droite, dirigé par le Parti du Congrès.
Leur première réaction à la guerre fut d'appeler le gouvernement Modi à la condamner en tant que violation du droit international – comme s'il le ferait, compte tenu de son rôle dans le renforcement considérable des liens militaro-sécuritaires de l'Inde avec les États-Unis et Israël – et même s'il l’avait fait, ce n’aurait été qu’un geste creux.
Une déclaration plus substantielle du Politburo du CPM, défendant le point de vue de la bourgeoisie indienne, avertit par la suite que l'alignement du gouvernement Modi sur l'impérialisme américain nuit à la poursuite par l'Inde de ses propres « intérêts nationaux ».
Au début de la guerre, le gouvernement du BJP est resté quasiment silencieux. Son unique commentaire fut une déclaration cynique de trois phrases qui omettait toute mention des États-Unis ou d'Israël, et toute condamnation de leur agression flagrante contre l'Iran. Il a exhorté toutes les parties à « faire preuve de retenue » et à « éviter l'escalade » : appelant en réalité Téhéran à subir passivement l'offensive américano-israélienne.
Ni à ce moment-là, ni dans les jours qui suivirent, New Delhi ne condamna la frappe qui décapita l'ayatollah Khamenei, chef d'État iranien et guide spirituel vénéré par des dizaines de millions de musulmans chiites à travers le monde. Elle ne condamna pas non plus la frappe américaine qui tua 175 écolières et leurs enseignantes dans une école primaire de Minab.
Il fallut cinq jours avant que le gouvernement du BJP n'envoie un haut fonctionnaire, le secrétaire aux Affaires étrangères Vikram Misri, à l'ambassade d'Iran à New Delhi pour signer le registre de condoléances pour Khamenei. Ce n'est qu'après cela que le ministre indien des Affaires étrangères, S. Jaishankar, s'entretint par téléphone avec son homologue iranien, Seyed Abbas Aragchi. Il est probable que New Delhi ait compris, ou qu'on lui ait fait comprendre, que sans ce geste symbolique minimal, tout contact de haut niveau serait impossible.
Tout cela contraste fortement avec la réaction du gouvernement du BJP aux frappes de représailles iraniennes contre des bases américaines dans les pays du Golfe. Le dimanche 1er mars, Modi a publié une déclaration condamnant l'attaque perpétrée le même jour aux Émirats arabes unis, qui aurait fait quatre morts, après avoir appelé le président des Émirats arabes unis pour lui présenter personnellement ses condoléances. « J'ai parlé avec le président des Émirats arabes unis, mon frère Cheikh Mohamed ben Zayed Al Nahyan », a écrit Modi sur X. « J'ai fermement condamné les attaques contre les Émirats arabes unis et présenté mes condoléances pour les pertes en vies humaines. L'Inde est solidaire des Émirats arabes unis en ces moments difficiles. Je l'ai remercié de prendre soin de la communauté indienne résidant aux Émirats arabes unis. Nous soutenons la désescalade, la paix régionale, la sécurité et la stabilité. »
De même, New Delhi n'a jamais condamné l'attaque-surprise menée par un sous-marin américain contre le navire amiral IRNS Dena, qui a coûté la vie à 150 marins iraniens. Ces derniers auraient dû moralement, sinon légalement, bénéficier de la protection du gouvernement indien, puisqu'ils venaient de participer à un exercice naval conjoint des forces armées indiennes avec des marins du monde entier.
Au sein des milieux militaires et de sécurité nationale indiens, l'action américaine suscite la consternation. Mais uniquement du point de vue où Washington a choisi d’agir comme bon lui semblait au large des côtes indiennes, plutôt que de consulter la marine indienne, que le Pentagone aime flatter en affirmant qu’elle est son partenaire de confiance pour assurer la « sécurité » dans l’océan Indien.
