À la veille de la Révolution française, la malheureuse reine Marie-Antoinette aurait réagi à la nouvelle que la paysannerie n’avait plus les moyens d'acheter du pain par cette remarque: «Qu’ils mangent de la brioche». L’histoire est presque certainement apocryphe, mais elle saisit l’instant — l’arrogance et l’inconscience d’une aristocratie qui avait perdu tout lien avec les conditions de vie des masses, alors même qu’elle présidait à une misère sociale croissante et à l’approche d’une révolution.
La déclaration de Donald Trump cette semaine appartient au même registre historique. Interrogé pour savoir s’il tenait compte de l’impact de la guerre des États-Unis contre l’Iran sur la «situation financière des Américains», le président-gangster bouffi a répondu: «Pas le moins du monde».
Il y a des moments où la réalité des rapports sociaux apparaît clairement, et cette déclaration de Trump est l’un d’entre eux. Il a tenu ces propos alors qu’il quittait la Maison-Blanche pour se rendre à Pékin, à un sommet avec le président chinois Xi Jinping.
Trump a tenté de placer ses remarques dans le contexte du danger que représentait l'arme nucléaire iranienne. «La seule chose qui compte quand je parle de l’Iran, c’est qu’ils ne peuvent pas avoir d’arme nucléaire. Je ne pense pas à la situation financière des Américains. Je ne pense à personne», a-t-il déclaré.
La menace imminente d’une bombe atomique iranienne est le «gros mensonge» colporté par la Maison-Blanche depuis le début de la guerre. Cette menace est universellement rejetée par les commentateurs ayant la moindre connaissance de l’Iran, ainsi que par l’appareil militaire et de renseignement américain. Il n’y a aucune raison de croire que Trump croit lui-même à ce conte de fées — d’autant plus qu’il a affirmé que les frappes aériennes de l’été dernier sur les installations nucléaires iraniennes les avaient «totalement oblitérées».
Il reste que la déclaration de Trump selon laquelle il se fiche de l'impact de la guerre en Iran sur le coût de la vie des travailleurs américains est valide en soi. Il l'a dit, et il le pensait. La classe dirigeante américaine exige que la classe ouvrière paie le prix de cette guerre.
L’affirmation de Trump qu’il ne pensait à la situation financière d’aucun Américain est bien sûr un mensonge. Il se préoccupe constamment de la situation financière des oligarques milliardaires, son unique électorat, la classe sociale qui l'a fait naître. Cela s'est manifesté clairement lors de l'atterrissage d'Air Force One à Pékin, transportant Trump et plusieurs de ses principaux conseillers, ainsi qu'un véritable gratin du capitalisme américain: Elon Musk, Tim Cook d'Apple, Jensen Huang de Nvidia, Larry Fink de BlackRock, Stephen Schwarzman de Blackstone, Robert Ortberg de Boeing, Jane Fraser de Citigroup, et les PDG de Cargill, GE Aerospace, Goldman Sachs, Micron Technology, Qualcomm, Visa et bien d'autres.
La fortune cumulée de l'entourage d'oligarques de Trump, qui a nécessité deux avions pour être transportée, dépasse les 1 000 milliards de dollars.
Pendant que Trump cherche à conclure des accords qui enrichiront Wall Street et la Silicon Valley, les travailleurs sont écrasés par une nouvelle flambée du coût de la vie. Les salaires réels ont chuté en avril, les prix ayant dépassé les fiches de paie. Les coûts de l’énergie — poussés en grande partie par la guerre contre l’Iran et la perturbation de la navigation dans le détroit d’Ormuz — ont été un accélérateur majeur. L’inflation globale est passée à 3,8 % en avril, contre 3,3 % en mars, son niveau le plus élevé depuis 2023. Le prix de l’essence a bondi de 28 % et celui du fioul domestique de 54 %. Même en excluant l’alimentation et l’énergie, l’inflation sous-jacente a grimpé à 2,8 %, contre 2,6 % le mois précédent.
Le choc se répercute désormais sur l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement et sur le panier de la ménagère. Le ministère du Travail a indiqué que les prix de gros avaient augmenté de 6 % en avril, la plus forte hausse en trois ans, la hausse des coûts du carburant et du transport étant répercutées avant d'atteindre les consommateurs. Les prix à la production de base, hors alimentation et énergie, ont augmenté de 5,2 % par rapport à l'année précédente. Le prix du diesel, élément vital du transport routier et maritime, a bondi de 12,6 % en avril. L'inflation alimentaire (NBC signale un bond des prix alimentaires en avril) a entre autre fait grimper les prix des légumes frais, qui sont plus de 44 % plus chers qu'il y a trois mois, en rythme annualisé.
Ces hausses de prix galopantes viennent s’entrechoquer avec une accélération des licenciements, notamment de ceux liés aux restructurations induites par l'intelligence artificielle — un mélange inquiétant historiquement associé à la « stagflation ». La crise est encore aggravée par la guerre tarifaire menée par Trump contre pratiquement tous les pays du monde, qui perturbe les chaînes d'approvisionnement et fait grimper le prix des produits importés.
Même dans ses brèves remarques aux journalistes mardi, Trump a clairement indiqué que sa seule préoccupation en matière d’économie sont les marchés financiers. «La chose la plus importante de loin — y compris que notre marché boursier, qui soit dit en passant est à un niveau record — y compris que notre marché boursier monte ou descende un petit peu, la chose la plus importante de loin est que l’Iran ne peut pas avoir d’arme nucléaire », a-t-il dit, ajoutant: «Chaque Américain comprend cela».
En réalité, les sondages d’opinion montrent une opposition populaire écrasante à Trump, tant sur la guerre contre l’Iran que sur le désastre économique qui en découle. Deux tiers des Américains s’opposent au déclenchement de la guerre par Trump, tandis que 70 % ont déclaré lors d’un sondage CNN-SSRS qu’ils désapprouvaient sa gestion de l’économie — 20 points de plus qu’à n’importe quel moment de son premier mandat. Quelque 77 % ont déclaré que la politique de Trump était responsables de la hausse du coût de la vie, dont une majorité d’électeurs républicains.
Les démocrates du Congrès se sont emparés des propos de Trump avec l'indignation convenue de ceux qui considèrent la politique comme une forme de théâtre. Le chef de la minorité à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, a déclaré mercredi: «Donald Trump a clairement indiqué que lui et le Parti républicain se moquent éperdument des finances personnelles des Américains. C'est un aveu stupéfiant.» Le chef de la minorité au Sénat, Charles Schumer, sénateur de Wall Street, a ensuite posé devant une reproduction géante de la citation de Trump pour dénoncer le président comme «insensible», comme si le problème était un manque d'empathie.
Personne ne devrait se laisser berner par ce spectacle. C'est bien l'administration démocrate de Joe Biden qui a contribué à déclencher une inflation galopante en injectant des milliers de milliards dans le système financier pour renflouer les banques et les spéculateurs au plus fort de la pandémie de COVID-19, tout en consacrant des centaines de milliards à la guerre menée par les États-Unis et l'OTAN contre la Russie en Ukraine. Les démocrates ne sont pas horrifiés par cette politique. Ils sont agacés que Trump mette des mots sur ce que tout le monde pense en silence.
S’il existe des divergences tactiques au sein de la classe dirigeante, notamment sur certains points de la politique étrangère, il n’y a aucun désaccord entre les deux partis capitalistes sur le fait de faire payer à la classe ouvrière la crise et l’escalade de la guerre.
Trump a fait des promesses démagogiques de freiner la hausse des prix et la diminution des salaires lors de sa campagne présidentielle de 2024, et les démocrates cherchent à faire de même pour les élections de mi-mandat de 2026. Mais les deux partis défendent les intérêts des grandes entreprises, des banques et des oligarques milliardaires, et non ceux des travailleurs qui constituent l’immense majorité du pays.
L'oligarchie est déchaînée. L'indifférence flagrante de Trump est l'expression même d'une vision de classe et d'un programme de contre-révolution sociale. Toutes les options sont envisageables. Début avril, il avait déclaré: « N'envoyez pas d'argent pour les garderies», car «nous sommes en guerre». Washington, a-t-il insisté, devrait cesser de se préoccuper de «Medicaid, Medicare, toutes ces choses individuelles» et se concentrer sur «une seule chose: la protection militaire».
Trump parle au nom d’un ordre politique imprégné de part en part par l’oligarchie. Comme le WSWS l’a remarqué à propos du Met Gala, infesté par la richesse, au début du mois: «L'expropriation des méga-millionnaires et des milliardaires est une nécessité sociale. Les États-Unis sont contrôlés par une classe dirigeante oligarchique aussi impudente que brutale. Par son propre comportement, elle s'est rendue intolérable. La société ne peut plus se permettre les riches. »
Une immense colère sociale explose aux États-Unis et à l’international — face à la flambée des prix, aux licenciements massifs, à la guerre et au mépris affiché de l’oligarchie pour la vie des travailleurs. Ce déchaînement de l’oligarchie a son corollaire. Les historiens de demain décriront celui-ci comme une inévitabilité: la révolution sociale.
