Près de 1 000 gardes de sécurité privés armés sont déployés dans les installations du service postal américain (USPS) dans les dernières semaines précédant les élections de mi-mandat du 3 novembre. Frank Albergo, président de la Postal Police Officers Association (association des policiers postaux), a déclaré à Raw Story que le syndicat avait été informé d’environ 39 000 heures de travail par semaine pour 972 gardes armés à temps plein répartis dans 54 sites de USPS, dont 18 qui n’en avaient pas auparavant.
Invité à expliquer l’objet de l’opération, Brian Benson, porte-parole du service d’inspection postale à Denver, s’est montré d’une franchise inhabituelle. Les gardes, a-t-il dit, sont déployés « pour assurer la sécurité et jouer un rôle dissuasif à l’égard des criminels ou des employés qui voudraient compromettre l’acheminement du courrier ».
Les gardes sont arrivés au plus grand complexe de tri du Colorado moins d’une semaine après que la Cour suprême a refusé d’autoriser l’administration Trump à appliquer une nouvelle règle du service postal imposant des restrictions aux bulletins de vote par correspondance avant les élections de mi-mandat, et moins de deux semaines avant l’envoi de plus de 4 millions de bulletins dans cet État.
Le service d’inspection postale affirme que ce déploiement s’inscrit dans un plan de sécurité « pluriannuel » sans rapport avec une menace précise. Mais lorsque des journalistes ont demandé à consulter ce plan, Benson leur a dit de déposer une demande d’accès aux documents publics.
Ce déploiement intervient dans le contexte des attaques incessantes de Trump contre le vote par correspondance. Un décret signé par Trump le 31 mars a chargé le service postal de mettre au point un système dans lequel les États fourniraient une « liste de participation au vote par correspondance et au vote des électeurs absents » recensant les électeurs appelés à recevoir un bulletin par la poste, USPS étant habilité à rejeter des lots entiers de milliers de bulletins dès lors qu’un seul bulletin prélevé dans l’échantillon ne correspondait pas à la liste. Un lanceur d’alerte de USPS a averti que ce dispositif pourrait empêcher « potentiellement des millions d’électeurs américains » de recevoir leurs bulletins à temps.
Le 14 septembre, la Cour suprême a rejeté la tentative de l’administration de faire entrer en vigueur, avant les élections de mi-mandat, la règle d’application du service postal, laissant en place les injonctions prononcées par des juridictions inférieures contre cette règle. Mais la volonté d’installer des forces de police et des agences de sécurité fédérales au cœur du processus électoral se poursuit. La Maison-Blanche a auparavant refusé d’exclure catégoriquement la présence d’agents de l’ICE près des bureaux de vote, même si le département de la Sécurité intérieure (DHS) a déclaré par la suite qu’il ne prévoyait pas d’opérations d’immigration visant les lieux de vote.
Parallèlement, le directeur du FBI, Kash Patel, a refusé d’exclure la présence d’agents du FBI dans les bureaux de vote le jour du scrutin. Le 25 septembre, la Cour suprême a par ailleurs suspendu une décision d’une juridiction inférieure qui avait bloqué la base de données élargie de vérification de la citoyenneté SAVE de l’administration, permettant ainsi au système de rester en service tant que la procédure judiciaire se poursuit.
S’il n’y a aucun signe que les gardes sous contrat aient reçu l’ordre de manipuler des bulletins ou de faire respecter des règles électorales, leur déploiement ajoute néanmoins une nouvelle couche de sécurité privée armée à l’intérieur d’installations qui traiteront des millions de bulletins. Dans le même temps, l’administration poursuit d’autres mesures visant à accroître l’implication du gouvernement fédéral dans l’administration des élections.
Un travailleur des postes de Springfield, dans le Massachusetts, membre du Comité de base de USPS, a déclaré au WSWS que des pièces vides de l’établissement étaient en cours d’aménagement et qu’elles seraient, selon la rumeur, des « bureaux pour les employés de la sécurité ou des salles pour fouiller les gens ».
Cette personne a déclaré : « L’APWU se montre extrêmement réticente à en parler avec nous et a affirmé ne disposer d’aucune information solide, même si un article là-dessus a été publié par Raw Story. [...] Apparemment, le syndicat n’a quasiment rien fait pour exiger des réponses à ce sujet depuis deux mois.
« Rien n’a été clarifié concernant la formation et les qualifications de ces personnes, la hiérarchie dont elles relèvent, la manière de signaler les fautes ou la façon dont elles interagiront avec les employés postaux », a déclaré le travailleur. Un audit de l’inspecteur général réalisé en 2022 a constaté que 30 pour cent des gardes de l’échantillon avaient travaillé sans les habilitations de sécurité requises, et que les auditeurs n’avaient pas pu vérifier la formation exigée pour certains des gardes retenus.
Le travailleur a poursuivi : « Chez nous, la direction viole systématiquement les droits Weingarten des employés, sans que personne n’ait à en répondre et sans la moindre résistance de la part de la section locale de l’APWU. Il est très probable que la direction des postes se servira de la sécurité pour faire sortir des gens du bâtiment sans représentation syndicale, à titre de sanction disciplinaire. »
Le témoignage du travailleur montre avec quelle brutalité le dispositif de sécurité nationale est mis en œuvre à Springfield, en dépit de l’affirmation du service d’inspection postale selon laquelle elle s’inscrit dans un plan pluriannuel. « Il n’y a pas eu de sécurité dans notre établissement depuis au moins 7 ans, et le fait que la sécurité soit imposée à la hâte moins de 5 semaines avant les élections de mi-mandat est inquiétant. »
Les policiers postaux, qui assurent normalement la sécurité de ces installations, sont des employés fédéraux dotés de pouvoirs de police conférés par la loi et relèvent de la chaîne de commandement du service d’inspection postale.
Les gardes privés, en revanche, ne disposent pas des pouvoirs de police conférés par la loi aux policiers postaux. Le service d’inspection postale supervise le contrat de surveillance, tandis que les responsables postaux décident où les gardes sous contrat sont affectés et quelles fonctions de sécurité ils exercent.
Le développement de la sécurité privée sous contrat fait suite à une réduction de longue date des effectifs de la police postale. Dès 2023, seuls quelque 370 policiers postaux protégeaient 33 sites postaux dans l’ensemble du pays.
En 2023, les gardes sous contrat n’étaient généralement pas armés. En juillet 2026, USPS était en train d’accroître fortement le recours à des gardes armés sous contrat, Raw Story faisant état de gardes armés dans 18 sites. En septembre, le service postal a reconnu que des gardes sous contrat, armés ou non, étaient déployés dans des « installations clés » à travers le pays pour prêter main-forte aux policiers postaux.
L’appareil syndical a depuis longtemps cessé d’être un instrument de la lutte des travailleurs pour devenir un instrument de collaboration de classe : il discipline les effectifs, canalise leurs griefs vers des procédures qui ne mènent nulle part et empêche toute organisation indépendante des travailleurs. Face aux graves attaques contre le droit de vote, ainsi qu’aux coupes historiques dans USPS prévues pour le début de l’année prochaine, l’APWU et d’autres syndicats ont détourné les travailleurs vers des campagnes sans issue d’envoi de lettres au Congrès.
La seule réponse des démocrates à l’attaque contre le droit de vote consiste à exprimer leurs inquiétudes et à intenter des poursuites devant les tribunaux. Ils redoutent davantage une mobilisation de masse de la classe ouvrière qu’une dictature de Trump. Dans le même temps, ils souscrivent pleinement à la nécessité de l’austérité à USPS lors des auditions à la Chambre des représentants et au Sénat plus tôt cette année.
La seule force capable d’y mettre un terme est la classe ouvrière elle-même, organisée indépendamment des deux partis du grand patronat et de leurs hommes de main dans les syndicats. Dans sa déclaration du 13 septembre, « Travailleurs des postes : refusez de retenir les bulletins de vote ! Défendez le vote par correspondance et la poste ! », le Comité de base de USPS a appelé les travailleurs des postes à faire savoir clairement dès maintenant qu’ils ne participeraient à aucune tentative d’entraver l’acheminement des bulletins :
« Notre réponse est déjà donnée : nous ne le ferons pas. Nous refusons d’exécuter tout ordre visant à retenir, retarder ou “vérifier” des bulletins de vote par correspondance. Nous ne serons pas l’instrument de la privation du droit de vote du peuple américain. »
La déclaration concluait que cette lutte ne pouvait rester confinée au service postal : « Nous devons nous unir aux travailleurs de toutes les villes et de tous les quartiers où nous effectuons nos livraisons – travailleurs fédéraux, enseignants, ouvriers de l’industrie – pour construire un mouvement de classe unifié contre la dictature. »
