Cinéma, télévision et tendances et événements dans le domaine de l'art et de la culture en 2025

Aussi contradictoire et même alambiqué que soit le processus, l'évolution du monde détermine l'évolution de l'art. Étant donné l'état général explosif des choses, l'agression et la violence impérialistes atteignant de nouveaux sommets et une opposition à grande échelle émergeant des politiques de pratiquement tous les gouvernements capitalistes, il était inévitable que de nouvelles tensions trouvent leur expression dans le travail des artistes et éclatent également au sein des industries et des institutions existantes.

Basel Adra, à gauche, et Yuval Abraham acceptent le prix du meilleur documentaire pour « No Other Land » lors de la cérémonie des Oscars, le dimanche 2 mars 2025, au Dolby Theatre à Los Angeles. [AP Photo/Chris Pizzello]

Le WSWS a rendu compte de plusieurs tendances et événements en 2025. Les manifestations contre le génocide à Gaza et les conflits qui en ont résulté entre des dizaines de milliers d'artistes, de cinéastes, d'acteurs et d'autres personnes indignées, d'une part, et les autorités des studios, des musées et des festivals de cinéma, d'autre part, ont attiré une grande partie de notre attention. La révolte et la colère face à la criminalité israélienne, soutenue à bout de bras par les États-Unis et les autres grandes puissances, a été un facteur de radicalisation du monde de l'art, ainsi que de l'industrie du cinéma et de la télévision. Les puissances culturelles ont, dans l'ensemble, pris le parti de leurs gouvernements, c'est-à-dire des complices de massacres.

L'année écoulée a vu une augmentation significative du nombre de films et de séries télévisées tentant de faire face à une réalité sociale convulsive. Le danger de la dictature et du fascisme, les attaques contre les immigrés et le règne des oligarques milliardaires sont apparus comme des thèmes dans de nombreuses œuvres. Le style et la qualité de ces œuvres sont très variables, mais Andor, One Battle After Another, Mountainhead, The Phoenician Scheme, L'Histoire de Souleymane, Bugonia et Anniversary reflètent tous ces préoccupations générales. Les films du Moyen-Orient, qu'il s'agisse de fictions ou de documentaires, abordent directement des questions de vie ou de mort : Vers un pays inconnu, Put Your Soul on Your Hand and Walk, Yalla Parkour, Palestine 36, The Voice of Hind Rajab et bien d'autres encore.

« Put Your Soul on Your Hand and Walk »

Les batailles de censure dans les musées et avec les gouvernements, les efforts désespérés pour réprimer les sentiments anti-establishment et anticapitalistes qui grandissent chez les jeunes en particulier, l'expression ouverte de la protestation lors des festivals de musique et de cinéma et des cérémonies de remise de prix... de tels épisodes se sont produits régulièrement en 2025. Des artistes comme le groupe irlandais Kneecap et d'autres ont entraîné des foules de dizaines de milliers de personnes dans des chants «Free Palestine», à la grande horreur collective des élites dirigeantes et de ceux qui les soutiennent.

La victoire de No Other Land, qui documente la terreur sioniste en Cisjordanie, aux Oscars 2025 dans la catégorie du meilleur documentaire, et l'apparition émouvante des coréalisateurs Basel Adra et Yuval Abraham lors de la cérémonie du 2 mars, ont révélé au grand jour les tensions explosives. Les hautes sphères d'Hollywood, qui ont tenté à maintes reprises de mettre sur liste noire les artistes opposés au génocide de Gaza, n'ont pu que grincer des dents de fureur. Lorsqu'un troisième coréalisateur de No Other Land, Hamdan Ballal (qui était également monté sur scène le 2 mars), a été sauvagement agressé par des colons israéliens trois semaines après la cérémonie de remise des prix, les dirigeants de l'Académie ont révélé leur véritable attitude, en restant essentiellement silencieux face à l'agression brutale d'une personne qu'ils venaient officiellement d'honorer.

« Andor »

Quelques semaines plus tôt, au festival du film de Berlin, l'actrice britannique Tilda Swinton, récompensée pour l'ensemble de sa carrière, avait dénoncé le «génocide perpétré par l'État et rendu possible par la communauté internationale» et la campagne actuelle d’expulsion de masse de réfugiés, dans le contexte de l'assaut israélien contre la population de Gaza.

En septembre, ce que l'un des organisateurs a décrit comme «probablement la plus grande manifestation jamais vue lors d'un événement cinématographique majeur» a eu lieu au festival du film de Venise. Portant une mer de drapeaux palestiniens, des milliers de manifestants ont scandé «Free, Free Palestine» et «End the Genocide», accompagnés par des cornes de brume et de la musique diffusée par des haut-parleurs.

L'effervescence et l'agitation politiques s'entrecroisent avec l'assaut permanent contre les emplois et les conditions de travail des artistes et des travailleurs de l'industrie cinématographique et télévisuelle. Challenger Gray rapporte que plus de 17 000 emplois ont été supprimés dans les secteurs de la télévision, du cinéma, de la radiodiffusion, de l'information et de la diffusion en continu au cours des 11 premiers mois de 2025, soit une augmentation de 18 % par rapport à l'année dernière. Entre 2024 et 2025, 32 000 emplois ont été supprimés dans le secteur. Les principales forces motrices ont été les fusions et acquisitions d'entreprises, l'IA et l'automatisation, ainsi que la perte constante d'emplois vers des sites à bas salaires en dehors des États-Unis. L'émergence de Paramount, sous la propriété des réactionnaires brutaux Ellison, en tant que puissance de studio majeure, illustre la crise économique, sociale et intellectuelle combinée.

En outre, la perte de 17 000 emplois ne donne pas une image complète de la dévastation économique. Selon le Bureau of Labor Statistics, environ 100 000 personnes étaient employées dans l'industrie cinématographique du comté de Los Angeles, où les salaires sont les plus élevés et les avantages les plus généreux, à la fin de l'année 2024. Ce chiffre s'élevait à 142 000 deux ans plus tôt, soit une baisse de près de 30 %, qui n'est pas près de s'arrêter. Les statistiques relatives à la production télévisuelle sont encore plus stupéfiantes. La région de Los Angeles a atteint un pic de 18 560 jours de production télévisuelle en 2021. Trois ans plus tard, le nombre de jours de tournage n'était plus que de 7716, soit une baisse de près de 60 %.

La réponse des syndicats du spectacle au massacre de l'emploi a été de s'associer aux conglomérats, qui comptent parmi les entreprises les plus impitoyables de la planète, dans le cadre de la campagne corporatiste «Stay in LA», liant l'avenir de leurs membres aux studios et aux réseaux et abandonnant effrontément les travailleurs d'autres villes et d'autres pays.

Une nouveau nom, The Donald J. Trump and The John F. Kennedy Memorial Center For The Performing Arts, est dévoilé au Kennedy Center, le vendredi 19 décembre 2025, à Washington DC. [AP Photo/Jacquelyn Martin]

La radicalisation mondiale croissante, qui annonce des bouleversements sociaux imminents, terrifie et consterne les classes dirigeantes, et les pousse à une action préventive frénétique. Le fer de lance de la contre-révolution est l'administration Trump, qui a déclaré la guerre à la culture et à la pensée critique, qualifiant de «folie», d'«extrémisme» et de «marxisme» tout signe de résistance à ses politiques barbares. Sur divers fronts en 2025 (le Kennedy Center, le Smithsonian, la radiodiffusion publique, l'élimination des subventions et des aides fédérales, le «Jardin national des héros américains», «Rendre l'architecture fédérale à nouveau belle», le tarif sur les films étrangers et ainsi de suite), elle a poursuivi des tentatives grossières, brutales et stupides d'annuler les deux derniers siècles ou plus de progrès social et culturel. Rien de tout cela n'a suscité d'opposition sérieuse de la part du Parti démocrate ou des médias.

Les gouvernements de tous les pays n'ont d'autre réponse à la montée de l'opposition que la répression et la censure, et ce processus ne fera que s'aggraver de manière de plus en plus sinistre et dictatoriale. Des processus similaires se répètent aux États-Unis, en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Australie et ailleurs. Les artistes devront apprendre que les appels aux autorités, aux partis «de gauche» et aux syndicats sont vains. Il faut se tourner vers la base de la classe ouvrière et son potentiel révolutionnaire. L'art ne peut pas se sauver. Il ne peut ni se soustraire à la crise générale de la société ni s'en isoler. Son avenir est entièrement lié au destin de la révolution sociale.

Dans les films mentionnés ci-dessus, les scénaristes et les réalisateurs ont affronté les immenses problèmes sociaux avec plus ou moins de profondeur, mais le sérieux accru représente un changement positif. Ce qui fait encore le plus cruellement défaut aux cinéastes, c'est la connaissance et la compréhension historiques et sociales, surtout en ce qui concerne les événements marquants du XXe siècle : le destin de la première révolution socialiste en Russie, la montée du stalinisme et la lutte de Trotsky contre lui, la nature du fascisme, le caractère et la crise de l'impérialisme américain.

À cet égard, l'un des développements culturels les plus cruciaux de 2025 s'est produit à la fin de l'année, en décembre : le lancement de Socialism AI, l'application du développement technologique avancé à l'éducation politique et à la mobilisation de la classe ouvrière internationale. Cette initiative a déjà donné lieu à une discussion importante avec des artistes et des intellectuels sur la signification de l'intelligence amplifiée.

« To a Land Unknown »

Il n'est évidemment pas nécessaire que les cinéastes se limitent à des problèmes sociaux ou à un ensemble particulier de «bandes numérotées». Un travail intime, lyrique et poétique est plus que jamais nécessaire, mais ce travail n'aura de sens et ne durera que s'il tient compte des conditions générales dans lesquelles l'humanité vit et lutte, s'il s'efforce, en fait, de «sentir le monde d'une nouvelle manière». Un grand nombre de scénaristes et de réalisateurs (et de critiques) veulent encore se regarder, eux et leurs amis, dans le miroir – un miroir petit, rétréci et brouillé, pourrait-on ajouter – mais c'est ainsi que cela doit être. Nous les laissons à leurs activités.

Voici quelques-uns des films, tous avec des faiblesses ou des insuffisances, qui nous ont semblé être orientés dans les directions les plus prometteuses.

Les meilleurs films de 2025, selon les critiques du WSWS :

L'Histoire de Souleymane (Boris Lojkine)

Vers un pays inconnu (Mahdi Fleifel)

Une bataille après l'autre (Paul Thomas Anderson)

Put Your Soul on Your Hand and Walk (Sepideh Farsi)

La disparition de Josef Mengele (Kirill Serebrennikov)

Palestine 36 (Annemarie Jacir)

Riefenstahl (Andres Veiel)

Bugonia (Yorgos Lanthimos)

The Phoenician Scheme (Wes Anderson) (Kirill Serebrennikov)

[Nous n'avons pas vu The Voice of Hind Rajab (Kaouther Ben Hania), sur l'assassinat par les forces de défense israéliennes d'un enfant de six ans, Hind Rajab, à Gaza en janvier 2024, mais nous supposons qu'il a de la valeur.]

« Une bataille après l'autre »

Digne de mention :

The Settlement (Mohamed Rashad)

The German People (Marcin Wierzchowski)

Le temps des moissons (Huo Meng)

Where the Wind Comes From (Amel Guellaty)

Yalla Parkour (Areeb Zuaiter)

Au rythme de Vera (Ido Fluk)

Leibniz: Chronicle of a Lost Painting (Edgar Reitz)

Palliative Care Unit (Philipp Döring)

Les lettres de Moelln (Martina Priessner)

Les Feux sauvages (Jia Zhang-ke)

Le Tableau volé (Pascal Bonitzer)

À feu doux (Sarah Friedland)

Aucun autre choix (Park Chan-wook)

Anniversary (Jan Komasa)

On Falling (Laura Carreira)
Xoftex (Noaz Deshe)

« The Pitt »

Télévision et miniséries:

Andor (Tony Gilroy)

The Eternaut (Bruno Stagnaro)

The Pitt (R. Scott Gemmill)

Louis Theroux : The Settlers (Louis Theroux)

Suspect: The Shooting of Jean Charles de Menezes (Jeff Pope-Paul Andrew Williams)

Adolescence (Jack Thorne-Stephen Graham)

Mountainhead (Jesse Armstrong)

Toxic Town (Jack Thorne)

Lockerbie (Otto Bathurst-Jim Loach)

Gaza: Doctors on the Frontline (Alex Crawford)

Stefan Steinberg : Films et télévision

Liste de films : [La plupart des films de cette liste ont déjà fait l'objet d'une critique sur le WSWS]

De la fin de l'année dernière à aujourd'hui :

1) Riefenstahl : un nouveau documentaire sur la propagandiste nazie

La 75e édition du Festival international du film de Berlin a été marquée par...

... deux films traitant du racisme et du fascisme :

2) Les lettres de Moelln

3) Das falsche Wort [The Lie] (Katrin Seybold, Melanie Spitta, 1987)

... et trois films de Palestine et d'Allemagne :

4) Yalla Parkour

5) Au rythme de Vera
6) Leibniz: Chronicle of a Lost Painting

Plus récemment :

7) La disparition de Josef Mengele

Également dignes d'intérêt:

8) A House of Dynamite (Kathryn Bigelow)

9) Une bataille après l'autre

10) The Studio (Evan Goldberg, Alex Gregory, Peter Huyck)

11) Adolescence

12) Un parfait inconnu (James Mangold) : le drame sur le chanteur Bob Dylan était imparfait. Deux documentaires sur les racines de sa musique sont bien meilleurs:

No Direction Home (Martin Scorsese, 2005)

Down the Tracks : Bob Dylan (2008)

Un documentaire intitulé Germany's Israel Obsession mérite également d'être vu. Il décrit l'ampleur de la répression brutale exercée par l'État allemand à l'encontre de tous ceux qui s'opposent au génocide israélien à Gaza. Il comprend une interview de Sigmount Königsberg (commissaire à l'antisémitisme pour la communauté juive de Berlin) qui soutient pleinement Israël et ignore l'antisémitisme de la droite. Il affirme au contraire que les principaux ennemis des Juifs sont les musulmans et l'extrême gauche.

Une autre personne interrogée, membre éminent du parti fasciste Alternative pour l'Allemagne, est d'accord avec Königsberg et déclare que l'AfD (truffée de vrais antisémites !) travaille avec Israël pour combattre les musulmans et l'extrême gauche. Le film peut être visionné ici.

« L'Histoire de Souleymane »

Richard Phillips : Les meilleurs films et émissions de télévision de 2025

Films

Une bataille après l'autre (réalisé par Paul Thomas Anderson, inspiré du roman de Thomas Pynchon, Vineland, 1990) – États-Unis

L'Histoire de Souleymane (réalisé par Boris Lojkine) – France

The Phoenician Scheme (réalisé par Wes Anderson) – États-Unis

Les Feux sauvages (réalisé par Jia Zhangke, scénario de Wan Jianhuan et Jia Zhangke) – Chine

Deux sœurs (écrit et réalisé par Mike Leigh) – Royaume-Uni

Je suis toujours là (réalisé par Walter Salles, scénario de Murilo Hauser et Heitor Lorega) – Brésil

Télévision et miniséries

Adolescence (réalisé par Philip Barantini, écrit par Jack Thorne et Stephen Graham) – Royaume-Uni

Le Léopard (réalisé par Tom Shankland, Giuseppe Capotondi, Laura Luchetti, d'après le roman du même titre de Giuseppe Tomasi di Lampedusa) – Italie

Documentaires

La Révolution américaine (réalisé par Ken Burns, Sarah Botstein et David Schmidt) – États-Unis

Louis Theroux : The Settlers (Louis Theroux) – Royaume-Uni

(Article paru en anglais le 31 décembre 2025)

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